Le personnel naviguant d’Air Algérie renoue avec les mouvements de protestation. Hier, les stewards et les hôtesses de la compagnie aérienne nationale ont déclenché une grève surprise qui a laissé cloués au sol les avions et retardé les vols vers plusieurs destinations.

En plus des épais brouillards qui lui ont imposé un réaménagement de son plan de vol hier, Air Algérie s’est retrouvée face à un débrayage dont elle n’a pas été avisée préalablement. « Une grève sans préavis réglementaire de la corporation du personnel navigant commercial (PNC) de la compagnie aérienne nationale Air Algérie a été enclenchée ce lundi matin », a indiqué le porte-parole de la compagnie, Amine Andaloussi, ajoutant que ce mouvement social a occasionné « plusieurs retards sur les vols de la compagnie ». « Aucune annulation de vol n’est pour le moment à déplorer », a précisé le même responsable.
Toutefois, si les vols n’ont pas été annulés, les retards occasionnés par cette grève sans préavis ont suffi pour provoquer l’ire des centaines de passagers bloqués aussi bien dans les différents aéroports locaux qu’étrangers à destination de l’Algérie. A l’aéroport Houari-Boumediène, sur fond de pagaille, les voyageurs bloqués n’ont pas hésité à monter au créneau d’une seule voix pour dénoncer le mode opératoire du personnel naviguant. Le tout dans un sit-in improvisé qui semble avoir été inspiré par des scènes du Hirak.
A l’aéroport français d’Orly, des passagers bloqués ont, eux aussi, exprimé leur désarroi face au piège de la grève surprise. « Nous sommes coincés sans perspectives à Orly. Vols de 13H et de 15H55 retardés sans annonce de durée. Motif météo et grève, selon l’hôtesse », écrivait une passagère d’Air Algérie sur son compte Facebook. La colère des passagers d’Air Algérie est d’autant compréhensible que le personnel naviguant de cette compagnie semble prendre goût aux grèves surprises. Pour preuve, avant le débrayage non annoncé d’hier, le même personnel avait décrété un arrêt de travail sans préavis il y a à peine quelques jours, soit le 30 janvier dernier. Une opération inscrite dans le cadre du bras de fer entre la direction de la compagnie et le PNC qui s’éternise et a donné naissance à un mouvement de protestation cyclique dont les voyageurs ne cessent de subir les conséquences bien souvent insoutenables. Pour justifier ses grèves répétitives, le PNC pointent à chaque fois la direction et l’accusent de ne pas avoir tenu ses promesses quant à l’amélioration des conditions de travail et le rehaussement des salaires qu’ils revendiquent. Lors de sa grève de la fin janvier, les grévistes avait rendu public un communiqué dans lequel ils dénonçaient « les conditions de travail déplorables, avec des lieux de travail insalubres, moyens de travail inexistants, absence de procédures préventives vis-à-vis du coronavirus, les programmes où on dénonce une non-application du régime de travail, équipage réduit, favoritisme et passe-droits, cumuls des congés non apurés, dimensionnement hasardeux, la formation avec des moyens pédagogiques et humains insuffisants » ou encore «l’absence d’un plan d’action relatif à l’évolution du métier PNC, qui se répercute inévitablement sur la qualité de service et la sécurité à bord, d’une part, ainsi que l’absence d’un dialogue sincère afin d’aboutir à des solutions durables aux préoccupations sus- citées, d’autre part ».
Après avoir jugé la grève d’hier « illégale », la direction d’Air Algérie aurait décidé de suspendre les stewards et hôtesses de l’air concernés, selon une source responsable. La vacance des postes de ces derniers a même été constatée par un huissier de justice, ajoute notre source, précisant que ce sont une centaine de PNC qui ont fait grève, soit la moitié du personnel utilisé en une journée.