Après avoir entamé une grève illimitée, il y a près d’un mois, six étudiants de l’Ecole supérieure des Beaux-arts d’Alger ont décidé de durcir leur mouvement en optant pour une grève de la faim.

L’un d’entre eux a été évacué en urgence, hier après-midi, vers l’hôpital Mohamed-Lamine-Debaghine d’Alger suite à la dégradation de son état de santé, nous a affirmé une source proche.

Après le très médiatisé mouvement de protestation baptisé Infidjarte, qui a eu lieu en 2015, les étudiants des beaux-arts sont revenus à la charge cette année avec les mêmes revendications. Placés sous double tutelle, celle du ministère de la Culture et celui de l’Enseignement supérieur, les étudiants dénoncent les mauvaises conditions d’hébergement des internes. «La rentrée 2016/2017 a été retardée plusieurs fois le temps que l’administration trouve un lieu d’hébergement pour les internes. Finalement, ils ont été orientés vers la cité de Zéralda, où ils sont privés de restauration alors que le transport est assuré par un seul bus », nous a déclaré une étudiante de l’ESBA. Avant d’ajouter : « La plupart des internes n’ont pas de quoi se payer un dîner puisqu’ils en sont privés à la cité U. Ils ont dû faire des collectes pour manger ! Aussi, si un étudiant rate l’unique bus mis à la disposition des étudiants, il devra faire le trajet Zéralda-Alger par ses propres moyens ! » En plus de ces revendications, les étudiants dénoncent la qualité de leur formation et réclament l’équivalence de leur diplôme. « Notre diplôme n’est pas reconnu par le ministère de l’Education, ce qui nous empêche d’accéder aux concours d’enseignement et à la post-graduation», nous explique notre interlocutrice. Depuis le lancement de l’action de débrayage, l’administration de l’Ecole supérieure des beaux-arts tente d’étouffer le mouvement, d’après les témoignages des étudiants. «L’administration n’est pas de notre côté et fait tout pour nous dissuader de poursuivre la grève », nous a déclaré Amine, un jeune étudiant rencontré aux alentours de l’établissement, puisque nous n’avons pas pu accéder dans l’enceinte de l’école. Amine ajoute : « Les portes sont fermées à 17H et les étudiants qui sortent ne peuvent plus rentrer sachant que nous occupons l’école de jour comme de nuit. C’est vraiment du sabotage. » Porte principale fermée, accès refusé à la presse, l’administration de l’école tente tant bien que mal de calmer les choses pour ne pas attirer les médias sur place et refuse de dialoguer avec les grévistes. Concernant les autorités, les étudiants ont reçu la visite, lundi dernier, du Secrétaire général du ministère de la Culture qui les a accusés de « dramatiser la situation », selon notre interlocutrice. « Le responsable a jugé que nous avons poussé les choses trop loin pour de simples revendications. Mais le hic, c’est que ce sont des problèmes récurrents chaque année. Il n’y a aucune volonté d’améliorer les choses », a déclaré notre source. Dernière information, le ministère de la Culture a annoncé qu’il œuvrait à trouver une solution définitive au problème de l’hébergement des étudiants de l’Ecole des beaux-arts tout en maintenant le dialogue pour l’examen les revendications pédagogiques, et ce, en réponse aux préoccupations des étudiants en grève. Dans un communiqué, rendu public hier, il a promis qu’« il assurerait l’accompagnement des étudiants pour l’organisation de leur assemblée générale et l’élection de leurs représentants dans les plus brefs délais et œuvrerait à la prise en charge des préoccupations soulevées », rapporte le document. La tutelle « accompagnera également l’administration de l’école lors du dialogue avec les étudiants pour la prise en charge de leurs revendications socio-pédagogiques », ajoute-t-on de même source.