Le tribunal de Sidi M’hamed à Alger ouvre une information judiciaire sur le transfert de 10 millions de dollars opéré au profit d’un cabinet de lobbying US.

Derrière les barreaux depuis plusieurs mois, Ali Haddad continue néanmoins d’alimenter la chronique judiciaire donnant lieu à un feuilleton qui s’éternise, cumulant les affaires au moment où son procès en appel est prévu pour aujourd’hui.
Sa condamnation en juillet dernier par le Tribunal de Sidi M’hamed à 18 ans de prison ferme, 8 millions de dinars d’amende et la saisie de ses biens dans une affaire de corruption, est manifestement loin de signifier la fin des ennuis judiciaires pour l’ancien président du Forum des chefs d’entreprise (FCE).
Une information judiciaire, relative à l’affaire de transaction de 10 millions de dollars transférés au profit d’un cabinet de lobbying vient, en effet, d’être ouverte par le même tribunal, selon un communiqué du Parquet général près la Cour d’Alger.
Dans le cadre de l’affaire Haddad Ali relative à la transaction de 10 millions de dollars transférés au profit d’un cabinet de lobbying, une information judiciaire a été ouverte par le Parquet de Sidi M’Hamed contre le sus-indiqué ainsi que la dénommée Sabrina Ben», a indiqué la même source, qui précise que le juge d’instruction en charge de ce dossier a décerné des commissions rogatoires». Cette annonce constitue visiblement une accélération dans l’affaire diversement appréciée à son éclatement, mais qui semble promettre de nouvelles révélations. Il convient de noter que le Parquet général près la Cour d’Alger a annoncé, début août, l’ouverture d’une enquête préliminaire suite aux informations relayées par certains titres nationaux au sujet d’un contrat conclu par des représentants du prévenu Ali Haddad avec une société américaine d’un montant de 10 millions de dollars.
L’enquête préliminaire, ouverte conformément aux dispositions de l’article 11 du code de procédure pénale, vise à déterminer les circonstances de conclusion de ce marché et en définir le véritable objectif», avait expliqué alors le Parquet d’Alger.
Tout a commencé, dans cette affaire, à partir de l’information révélée par un média américain et selon laquelle Ali Haddad s’est payé, à partir de la prison, le 26 juillet dernier, les services d’un cabinet de lobbying américain répondant au sigle SPG (Sonoran Policy Group), dirigé par Robert Stryk, pour fournir des services de conseil aux entreprises et aux particuliers» ainsi que d’autres services sur une base convenue sur une année». Le contrat, signé avec Sonoran Policy Group, une firme de lobbying fondée par Robert Stryk, qui a occupé le poste de conseiller du président américain Donald Trump lors de sa campagne présidentielle victorieuse en 2016, a comme objectif principal d’obtenir sa libération sous la pression internationale», selon le média américain.
Signé par la nommée Sabrina Ben, au nom d’Ali Haddad, présentée comme conseillère principale» de l’ex-président du FCE et établie en France, le contrat prévoit notamment que Haddad rembourse tous les frais raisonnables et habituels et les frais de déplacement engagés par la firme dans le cadre de l’exécution du présent contrat».
Le média américain a donné par la suite la parole à William Lawrence, ancien diplomate américain et observateur de l’Afrique du Nord, pour faire sa lecture des faits, mais dont le propos est beaucoup plus proche de la déduction de la conclusion fiable basée sur des vérités. Je soupçonne que parce que le nouveau régime algérien est relativement faible, et parce qu’ils vont à un moment donné chercher à s’attirer les faveurs des Etats-Unis, l’objectif d’Ali Haddad serait de s’attirer les faveurs des Américains les plus puissants afin que son sort soit inclus dans la conversation avec l’Algérie sur la suite des évènements», a-t-il dit. L’ancien diplomate américain avance, selon sa logique, que si les procès sont vus comme équitables, il n’y aura même pas de discussion. Mais si les procès sont considérés comme inéquitables, avec une opération de nettoyage sans vrai nettoyage, alors une réévaluation de l’affaire Haddad ferait partie de ce processus», estimant que c’est ce que Haddad espère» à travers cette démarche.
Il convient de souligner que Haddad est attendu aujourd’hui devant le juge dans le procès en appel dans l’affaire pour laquelle il a été condamné à 18 ans de prison. Ce procès en appel avait été renvoyé le 6 septembre en cours suite à la demande de la défense d’Ali Haddad, motivée par l’absence de certains accusés», une ligne de défense déjà utilisée en première instance quand les avocats avaient demandé la comparution de l’ancien chef de l’Etat, véritable détenteur, selon eux, des pouvoirs de décision durant ces deux dernières décennies.
L’instruction du dossier, où le principal accusé et ses frères ont répondu des chefs d’accusations de corruption, obtention de privilèges et d’avantages en violation de la législation» mais, également, de dilapidation de deniers publics, abus de fonction et conflit d’intérêts et corruption» dans la conclusion de marchés publics, s’était transformée en un véritable scandale politico-financier avec des ramifications au plus haut niveau de l’Etat.
L’enquête du Parquet, qui avait ainsi conclu à la complicité de plusieurs ministres, a en ce sens abouti, le 1er juillet dernier, à la condamnation des deux anciens Premiers ministres Abdelmalek Sellal et Ahmed Ouyahia à 12 ans de prison ferme assortis d’une amende de 1 million de DA.