Nouvelle opération de compression d’effectifs chez Renault Algérie Production (RAP). Ce sont, en effet, 200 salariés de l’usine de Oued Tlelat, à Oran, qui viennent de rejoindre leurs collègues déjà poussés à la sortie par la crise que vit l‘entreprise depuis l’arrêt de ses activités, il y a un plus d’une année.
Il y a eu, certes, un redémarrage du site en automne dernier, lorsque ses responsables avaient récupéré quelque 6 000 kits d’assemblage bloqués au port depuis plusieurs mois, après avoir été importés pour le compte de l’exercice 2019. Ce qui devait même permettre le rappel de quelque 200 travailleurs déjà partis dans le cadre du plan social mis en place par les dirigeants de RAP. Cependant, cette reprise n’aura duré que le temps d’écouler les quantités de kits récupérés et l’usine oranaise s’est, depuis, remise en mode arrêt.
Du coup, la poursuite du plan social adopté devenait inévitable et les 200 salariés fraîchement partis viennent inscrire leurs noms sur une liste de départs ouverte depuis déjà de nombreux mois et dont l’opération la plus en vue avait eu lieu début septembre de l’année dernière avec la mise au chômage de plus de 450 employés de RAP.
Avec les 200 nouveaux départs, l’usine de Oued Tlelat se voit désormais réduite à tout juste la moitié des effectifs qu’elle comptait auparavant. Il s’agit même carrément d’une fermeture qui ne dit pas son nom qui est en train de se produire pour RAP, alors que le secteur de l’industrie vient d’enregistrer l’arrivée d’un nouveau ministre à sa tête.
Ce qui ne signifie pas pour autant que la crise que vit cette entreprise, à travers la suppression des importations de collections SKD-CKD pour l’assemblage automobile, va s’arrêter et que la première usine automobile en Algérie va pouvoir relancer sa chaîne d’assemblage avec le même mode opérateur qui avait prévalu jusqu’à 2019, c’est-à-dire avec les mêmes avantages accordés par le régime préférentiel taillé sur mesure pour les usines automobiles.
S’il est vrai que RAP est la seule entreprise à ne pas avoir vu ses responsables traînés devant la justice pour les scandales qui ont entouré le dossier de l’industrie automobile, et mené la majorité des partons de la filière en prison, il est tout autant vrai que l’usine d’Oran est, elle aussi, appelée à se soumettre au nouveau cahier des charges élaboré en août 2020 pour l’activité d’industrie mécanique. Elle maintient ledit régime préférentiel pour les seuls opérateurs acceptant de jouer réellement le jeu de la sous-traitance locale, sinon de poursuivre leur activité d’importation de kits d’assemblage en prenant à leur compte l’ensemble des taxes douanières et autres redevances fiscales. La voie à suivre en ce sens a été tracée par le ministre de l’Industrie fraîchement limogé, Ferhat Aït Ali, et son successeur, Mohamed Bacha, n’aura visiblement d’autre choix que de s’inscrire dans le nouveau dispositif de mesures de loi élaboré pour l’activité, fixant le taux d’intégration initial de 40%.
C’est dire que la crise sera très difficile à résoudre pour le cas de RAP. Et bien plus que les employés de l’usine d’Oran, c’est aussi la filiale commerciale du groupe français qui se trouve aujourd’hui dans l’incertitude face à un cahier des charges pour l’importation de véhicules neufs élaboré pour les seuls opérateurs nationaux, auxquels les opérateurs étrangers peuvent toutefois s’associer, mais selon la règle 51/49, faut-il le rappeler.
Fruit d’un partenariat entre le Groupe Renault, l’Entreprise nationale des véhicules industriels (SNVI) et le Fonds national d’investissement (FNI), l’usine RAP a été inaugurée en novembre 2017. Le site Oued Tlelat est le premier du genre dans la jeune, plutôt courte, histoire de l’industrie automobile en Algérie, présentée comme alternative à l’économie nationale pour s’affranchir des importations de véhicules finis à plusieurs milliards de dollars annuellement, et s’orienter vers une stratégie industrielle à plus-value d’intégration locale. Un défi qui n’a jamais été réalisé, et pis encore, le «made in Algeria» n’a pas tardé à dévoiler au grand jour les pratiques d’une «importation déguisée» qui a fait encore plus de mal à l’équilibre financier du pays. n