La wilaya de Mila, comptabilisant plus de trois-cents sites archéologiques de différentes époques, véritable musée à ciel ouvert, est encore une fois victime d’atteinte à son patrimoine matériel. En effet, les travaux d’aménagement d’un lotissement destiné à l’auto-construction dans la commune de Hamala ont endommagé un site archéologique de la période romaine, a indiqué dimanche dernier, le président de l’APC de cette collectivité locale, Zohir Bezzaraïb. « Le site archéologique se trouve sur un terrain privé que le propriétaire a divisé en lots et les travaux d’aménagement ont fait apparaître des pièces de pierre et de poterie ainsi que des parties d’une mosaïque », a affirmé à l’APS le même élu.

Par Sihem Bounabi
Il a par ailleurs assuré que des mesures ont été prises en coordination avec la Gendarmerie dont l’arrêt immédiat des travaux et la direction de wilaya de la culture a entamé une inspection du site qui se trouve au chef-lieu de commune, a précisé le président de l’APC, qui a relevé qu’au cours d’une sortie de constatation effectuée le 26 février passé avec les parties concernées, le service du patrimoine culturel de la direction de la culture a relevé « la nécessité de suspendre immédiatement les travaux ». Selon le chef de ce service, Chayaba Lezghab, les travaux ont détruit le site qui figure sur la liste des biens culturels de la wilaya et est cité dans « Atlas archéologique d’Algérie » de Stéphane Gsell. Il a aussi fait savoir que le site occupant une aire de neuf hectares remonte à la période romaine. Les vestiges trouvés comprennent des restes de construction en pierre polie de diverses formes, des poteries, des tuiles et des parties de mosaïques à dessins géométriques et floraux, a indiqué le chef du service patrimoine. Des relevés photographiques ont été menés sur le site, les services de sécurité concernés ont été informés et le ministère de tutelle a été saisi pour dépêcher une équipe de spécialistes en archéologie pour de plus amples études.
Chayaba Lezghab Chayaba a appelé à l’avenir à associer les services de la direction de la culture à l’étude
des Plans directeurs d’aménagement urbain (PDAU) et des plans d’occupation du sol (POS) pour éviter de pareilles atteintes au patrimoine culturel matériel.
Pour rappel, au mois de février dernier, lors des travaux d’extension du réseau d’approvisionnement en eau potable dans la commune de Aïn El Beïda, deux sarcophages en pierre datant de la période romaine, des restes de poteries et des ossements avaient également été endommagés lors de ces travaux. «Ces objets se trouvent dans un très mauvais état de conservation», avait affirmé le chef de service du patrimoine culturel en soulignant que «le site de la découverte ainsi que les ossements ont été réensevelis par le maître d’œuvre contrairement à la loi de protection des biens culturels 98/04 datant du 15 juin 1998. »
Sensibiliser les consciences sur
les trésors de l’antique Milev
Des mesures avaient été rapidement prises pour protéger cette découverte, les deux sarcophages ont momentanément été transférés au siège de l’annexe local de l’Office national de gestion et d’exploitation des biens culturels (Ogebco). De même, en juillet 2019, une tombe romaine avait été découverte à Aïn El Hamra dans la commune de Ferdjioua lors de l’exécution des travaux d’un chantier d’adduction d’eau potable par l’Algérienne des eaux (ADE), Suite à cette découverte, toutes les mesures nécessaires avaient été prises pour protéger cette tombe, à commencer par l’élaboration d’un nouveau tracé pour la conduite d’adduction et l’implication des services de la culture dans les futurs travaux de creusement de l’ADE pour protéger les éventuels autres objets archéologiques qui restent à découvrir sur ce site. Selon un récent inventaire préliminaire, Mila renfermerait quelque 450 biens culturels, plus de 177 ont pu être inventoriés jusqu’à présent. Par ses vestiges multiples, elle déroule l’histoire de la présence dans cette région d’Algérie de plusieurs civilisations, romaine, byzantine et musulmane.
De nombreux chercheurs universitaires et associations de protection de patrimoine ont souvent déploré l’absence d’une « véritable prise de conscience du trésor qu’est le patrimoine culturel matériel et immatériel que recèle la wilaya de Mila », en soulignant l’impérative nécessité de sa préservation et de sa valorisation dans un but touristique qui ne tardera pas à se traduire par une plus-value économique pour toute la région. Il est à noter qu’un « Plan permanent de sauvegarde et de mise en valeur du secteur sauvegardé du Vieux Mila » avait été approuvé en 2018, par la commission nationale des biens culturels du ministère de la Culture. Rappelons également que la ministre de la Culture, Malika Bendouda, avait affirmé, au mois de février dernier lors d’une visite d’inspection à la wilaya de Tébessa, secouée par de nombreux affaires de pillages et de dégradation de biens culturels et principalement des mosaïques, sur la nécessité d’accorder « la priorité à la levée de gel des projets culturels dans les wilayas marginalisées culturellement». Dans une déclaration à la presse, elle avait également souligné la nécessité de faire « la promotion médiatique du patrimoine matériel et immatériel que recèlent ces wilayas et à y investir pour générer des revenus alternatifs à ceux des hydrocarbures ».<