Les attaques du procureur adjoint du tribunal de Larbaâ-Sidi Moussa (Blida) contre l’architecte du Congrès de la Soummam Abane Ramdane n’ont pas manqué de susciter des réactions.
Ainsi, le procureur a estimé, lors d’une plénière où un jeune manifestant a été jugé, que Abane Ramdane «était le premier à avoir violé le principe de la primauté de l’intérieur sur l’extérieur, puisqu’il avait fui en Tunisie». Il a ajouté qu’Abane «s’est retourné contre la Révolution». Belaïd Abane, professeur en médecine et auteur de plusieurs ouvrages sur Abane Ramdane, a estimé qu’à «l’évidence, cet individu ne sait pas de quoi il parle. Outre qu’il a outrepassé les règles du devoir de réserve que lui impose sa fonction, il parle à partir d’une position idéologique bien connue. Il s’agit de la tendance islamiste ignorante et obscurantiste pour laquelle tout ce qui est rationnel, moderne et universel est assimilé à un reniement douteux». Le Pr Abane a ajouté, dans ce contexte, que «s’il avait un minimum de connaissances en histoire de la Guerre de libération, il saurait que la décision de quitter Alger provisoirement est une décision collégiale prise par les quatre membres rescapés du CCE, à savoir Krim, Ben Khedda, Dahlab et Abane, après l’assassinat de Ben M’hidi par Aussaresses. Et cela, afin d’éviter une décapitation fatale de la Révolution. Cette décision avait été également motivée par l’arrestation des membres de la délégation extérieure, à savoir Ben Bella, Aït Ahmed, Khider, Boudiaf et Lacheraf. Il s’en est suivi un désordre anarchique aux frontières notamment pour l’acheminement des armes, ce qui a failli porter une grave atteinte à la Révolution. Il fallait remettre de l’ordre aux frontières algéro-tunisiennes par lesquelles transitaient les armes pour les maquis de l’intérieur». «C’est bien plus complexe que d’ânonner des lieux communs comme l’a fait ce sombre Procureur adjoint», a-t-il regretté, ajoutant qu’il faut «s’instruire avant d’aborder des questions aussi complexes que celles de la guerre de libération». «Signalons enfin que la mouvance dont ils se réclament et qui les amènent à proférer de telles inepties doit à Abane d’avoir échappé à l’éradication et d’avoir acquis l’honorabilité révolutionnaire. Ce sont des faits incontestables. Mais il faut s’instruire pour le savoir», a-t-il indiqué.
Pour l’Association Abane-Ramdane pour l’histoire et la mémoire, «c’est un acte inadmissible». Dr Kamel Daoudi, premier vice-président de l’Association a estimé que «vraisemblablement, le cas du directeur de la culture de M’sila n’a pas servi de leçon à ces commis de l’Etat, qui pensent pouvoir attenter à la mémoire de Abane impunément». Il a ajouté que les déclarations du procureur «relèvent d’une atteinte grave à un symbole national et aux idéaux de la Révolution». Tout en condamnant «énergiquement» ces propos, le Dr Daoudi a estimé qu’une «réaction est attendue pour mettre fin à ces agissements». «La logique veut qu’un commis de l’Etat est soumis à l’obligation du droit de réserve devant toute situation qui risque de porter atteinte aux idéaux de la Nation», a-t-il encore dit, annonçant qu’une réunion du bureau de l’Association est prévue dans les jours à venir afin de débattre des suites à donner à cette «nouvelle escalade de haine contre Abane Ramdane». Le Dr Daoudi n’a pas écarté la possibilité d’un dépôt de plainte contre le procureur adjoint. n