«L’Algérie a disposé de 1 400 milliards de dollars, n’a presque pas de dette externe, et n’est pas pour autant un pays développé» (Lachemi Siagh, Algérie : les voies de la re-naissance, Casbah Editions, 2021).

«Il est grand temps de concevoir et de mettre en œuvre une nouvelle organisation politique et un nouveau paradigme en réalisant un véritable re-engineering de l’Algérie»


(Lachemi Siagh, op.cit). Par Arezki Ighemat, Ph.D en économie Master of Francophone Literature (Purdue University, USA)
L’ouvrage de Lachemi Siagh, «Algérie : les voies de la re-naissance», paru ce mois-ci aux Editions Casbah, arrive au bon moment. Au moment où l’Algérie est traversée par trois crises quasi existentielles — crise économique, crise politique et crise sanitaire. Il arrive également au moment où de nombreuses propositions provenant de différentes sphères de la société — partis politiques, organisations de la société civile, universitaires — avancent un certain nombre de solutions à ces différentes crises. L’objectif de cet article est de présenter les éléments saillants de l’ouvrage et de voir dans quelle mesure il contribue au débat actuel sur ces crises et leurs remèdes. Pour rendre compte de la véracité de l’ouvrage, nous allons d’abord donner une brève présentation de l’auteur car, pour mieux comprendre une œuvre, il est toujours utile de connaître son auteur. Pour les gens de ma génération (les 70+ ans), notamment le milieu académique et professionnel, Lachemi Siagh n’est pas à présenter. Cependant, pour la nouvelle génération (ceux nés dans les années 1990 et 2000), son nom peut être inconnu. Le deuxième point de l’article portera sur le plan/contenu de l’ouvrage. Ce plan donnera d’emblée une idée des grands sujets abordés par l’auteur. Dans la troisième partie, nous entrerons dans le vif du sujet de l’ouvrage qui sera analysé sous un double aspect — conformément au plan de l’ouvrage : d’un côté, le diagnostic économique (ce que Siagh appelle le «SyndromeDZ») et les solutions qu’il propose pour en sortir et qu’il appelle «les voies de la re-naissance» ; de l’autre, le diagnostic politique et les propositions qu’il avance dans le cadre de ce qu’il appelle «le re-engineering de l’Algérie Nouvelle».

Qui est Lachemi Siagh ?
Comme nous l’avons indiqué ci-dessus, Lachemi Siagh n’est pas un inconnu pour les gens de ma génération (les septuagénaires). Ceux-là le connaissent bien à travers ses contributions au niveau algérien et au niveau international.
C’est donc surtout pour la nouvelle génération (les trente-ans et moins) — la génération sur laquelle Siagh compte pour «re-engineerer» le pays — que cette présentation est d’un intérêt. Par ailleurs, comme il est impossible, dans un article de cette longueur, de présenter de façon exhaustive l’auteur, qui a une carrière de plusieurs décennies derrière lui, carrière non encore finie, pour preuve son nouvel ouvrage, nous ne donnerons que les éléments essentiels, mais suffisants pour comprendre le profil académique et professionnel de l’auteur.
Sur le plan académique d’abord, nous commencerons par indiquer les diplômes qu’il a obtenus en Algérie puis ceux acquis à l’étranger, ce qui revient aussi à présenter ses diplômes du niveau le plus bas au niveau le plus haut. Siagh est titulaire d’un diplôme en science politique et d’une licence en interprétariat de l’Université d’Alger. Il possède un MBA (Master of Business Administration) et un Ph.D en Management Stratégique de HEC (Hautes Etudes Commerciales) de Montréal (Québec, Canada). Siagh a aussi effectué plusieurs formations à l’ESSEC (Ecole des Sciences Sociales et Economiques et Commerciales) de Paris.
Au plan professionnel, retracer tout le chemin parcouru par l’auteur serait long et fastidieux. C’est pourquoi nous ne donnerons que les étapes majeures de sa carrière : (1) fondateur de «Strategica-Finance (Alger), société spécialisée dans le domaine de «Investment Banking», des acquisitions et les fusions d’entreprises ; (2) fondateur de l’IAHEF (Institut Algérien des Hautes Etudes Financières) ; (3) fondateur et directeur de la Revue «Strategica-Business Finance» ; (4) Chef de cabinet au Ministère de l’Industrie Lourde (Algérie, 1977-1980) ; (5) Enseignant à l’IAHEF, à l’Ecole de Management de Strasbourg (France), et à Paris-Dauphine (en Finance Islamique).
Les publications de Siagh sont également nombreuses et variées. Nous ne citerons donc que quelques-unes : (1) Encyclopédie de la Stratégie (ouvrage collectif, 2014) ; (2) Les arcanes de la Finance Islamique (2012) ; (3) Les 36 façons d’être éthique au travail (2009) ; (4) Les hommes et le management : réponses à la crise (2009) ; (5) La compétence culturelle (2008) ; (6) Environnement intense et choix stratégiques (2007).



Plan/contenu de l’ouvrage
L’ouvrage de Lachemi Siagh comprend deux parties : première partie : L’Algérie mise à genoux. Cette parte est elle-même divisée en trois chapitres : Chapitre l : L’expérience socialiste de l’étatisme et de la centralisation ; Chapitre 2 : Histoire économique depuis la loi de finances complémentaire 2009 ou le «patriotisme économique» ; Chapitre 3 : Impact économique et social du «patriotisme économique». La deuxième partie, intitulée «Construire une «Nouvelle Algérie» est divisée également en trois chapitres : Chapitre 1 : Nouveau paradigme politique et économique ; Chapitre 2 : Proposition d’une vision et d’un projet de société ; Chapitre 3 : Les réformes bancaires et financières à mener. L’ouvrage se termine par un certain nombre de «Préconisations» que fait l’auteur pour construire la Nouvelle Algérie qu’il projette pour le pays de sa naissance. Dans la suite de cet article, nous essaierons d’analyser chacun de ces points plus en détail, en prenant soin de rester le plus fidèle possible à son argumentation. Pour ce faire, et chaque fois que possible, nous citerons l’auteur lui-même et ses sources. Nous commencerons, conformément au plan de l’ouvrage, par le diagnostic économique (le Syndrome DZ) et les mesures pour en sortir. Nous analyserons ensuite le diagnostic politique fait par l’auteur ainsi que ses propositions pour une «Nouvelle Algérie».

Le diagnostic économique :
le «Syndrome DZ» et comment en sortir
Lachemi Siagh commence par faire un diagnostic de la situation économique du pays qu’il caractérise par le «Syndrome DZ» avant de proposer un certain nombre de mesures visant à en sortir. Nous verrons donc successivement ce que c’est que ce syndrome et quelles sont les propositions qu’il avance pour en sortir.

(A) Qu’est-ce que le «SyndromeDZ» ?
Pour Siagh, ce syndrome est «la résultante du mode de gestion de la rente pétrolière à travers un étatisme outrancier, le centralisme et l’autoritarisme qui constituent, avec une touche de populisme, ce que le Pouvoir appelle le «Patriotisme Economique». Selon l’auteur, «à mesure que la rente provenant des hydrocarbures augmente, la sphère publique explose, le pays régresse sur le plan politique, économique et social et développe une situation atypique» qu’il appelle «Syndrome algérien» ou «Syndrome DZ». Siagh indique et analyse ensuite un certain nombre de symptômes de ce syndrome dont les principaux, selon lui, sont : (1) les institutions sont dépossédées de leur pouvoir ; (2) le pays est géré par des lois de finances complémentaires prises par des ordonnances en périodes de vacance du Parlement ou par circulaires et directives ; (3) l’Etat est devenu le seul entrepreneur (le secteur privé national a été marginalisé et l’investisseur étranger diabolisé ; (4) la priorité est donnée aux importations sur la production nationale ; (5) l’informel a tendance à se généraliser ; (6) l’évasion fiscale, la surfacturation et la corruption sont devenues une pratique nationale ; (7) les décideurs… ont tendance à privilégier les mégaprojets qui permettent de camoufler et de recueillir plus facilement des pots-de-vin et évitent des investissements productifs à long terme plus transparents ; (8) l’Etat augmente les salaires sans contrepartie de productivité (il a pérennisé l’assistanat et a tué l’«entrepreneurship» : (10) les revenus de l’exploitation du pétrole vont directement au gouvernement sous forme de redevances ou de loyers payés par les compagnies pétrolières, sous forme d’impôts et bénéfices gagnés par des entreprises publiques ; (11) les responsables politiques qui contrôlent les caisses de l’Etat n’ont pas besoin de faire payer d’impôts à la population ou n’ont pas d’incitatifs à les collecter, ce qui vient briser un lien crucial entre fiscalité, représentation et responsabilité de l’Etat : (12) la dépendance vis-à-vis du pétrole agit comme un obstacle de rendre des comptes pour répondre aux exigences du contribuable ; (13) les importations ont augmenté de façon faramineuse, passant de 20,4 milliards de $ en 2006 à 39 milliards de $ en 2010 et à environ 60 milliards de $ quatre ans plus tard [2014] ; (14) les volumes exportés ont connu une baisse de 26,1 %… ; (15) l’activité industrielle manufacturière a reculé de 50 % depuis 1989, l’industrie manufacturière a reculé de 50 % depuis 1989 suite à ses contre-performances et aux liquidations et à la privatisation des entreprises… la désindustrialisation du pays s’accélère ; (16) avec le modèle algérien, il est plus facile de dépenser la rente que d’innover et de créer de la richesse par l’entreprise. L’auteur termine ce diagnostic en disant : «C’est ainsi que le modèle économique algérien a produit la pauvreté salariale et une concentration excessive des revenus». Tout cela constitue la recette idéale pour l’irruption du mouvement du 22 février 2019 appelé «Hirak».

(B) Quels sont les remèdes proposés par Siagh pour sortir du syndrome ?
Les principaux remèdes concrets proposés par Siagh pour sortir du Syndrome DZ sont : (1) mettre fin à l’utilisation des ordonnances pour faire passer les lois de finances complémentaires durant les vacances du Parlement ; (2) le gouvernement doit rendre compte au Parlement qui aura à approuver son programme d’action ; (3) rendre à la Banque d’Algérie son indépendance que le Président Bouteflika lui a confisquée ; (4) mettre fin à la paralysie de la Cour des Comptes et de tous les organismes de contrôle ; (5) le Conseil National Economique et Social doit être redynamisé, doté de meilleures compétences et écouté ; (6) au niveau bancaire et des entreprises publiques, appliquer le principe de séparation de la gestion et de la détention du capital ; (7) mettre fin aux injonctions de l’exécutif en matière de gestion et de prise de décisions relatives au crédit ; (8) en matière de transparence financière, il convient de réhabiliter les activités du marché financier ; (9) réformer le Code Civil et le Code de Commerce pour permettre le développement d’un marché financier et de redonner vie à la COSOB, l’Autorité du Marché, la Bourse, etc., qui sont restés des coquilles vides ; (10) relancer les formations dans les différentes branches du marché financier (traders, analystes des titres, gestionnaires d’actifs, equity managers, etc. ; (11) privilégier la méritocratie par rapport à la docilité, le népotisme, le régionalisme, et le clientélisme ; (12) mettre fin à l’exode forcé des cadres qui coûte très cher à l’économie nationale ; (13) renforcer les agences telles que l’ANSEIJ en les dotant de programmes de formation à «l’entrepreneurship» et à la création d’entreprises viables et compétitives capables de résorber le chômage ; (14) articuler une vision et un projet de société… qui fasse rêver la jeunesse, mobiliser le peuple et mettre au travail l’ensemble de la nation… et faire passer le pays d’une «population assistée» à une «population industrieuse… ouverte sur le savoir et le monde… Pour Siagh, «il s’agit de mettre l’humain et non la production au cœur de l’approche du développement économique ; (15) ne plus se contenter de mesurer le revenu national, mais développer un indice du développement humain qui intègrerait la santé, l’éducation, les services sanitaires, etc. L’Algérie doit en particulier développer son infrastructure de santé pour pouvoir éviter l’exode de ses meilleurs médecins ; (16) en matière d’éducation, il faut sortir de la vocation de pays à «culture orale» pour se hisser au niveau d’un pays à haut niveau d’enseignement où les Algériens seront encouragés à lire davantage et à être soucieux de la rigueur et ne plus se contenter d’approximations… Pour cela, ils doivent être au diapason des nouveaux modèles, scénarios développés dans le monde et être en mesure de créer leurs propres modèles et leurs «business plans».

Le diagnostic politique ou «Comment bâtir une Algérie Nouvelle»
Le diagnostic que fait Siagh dans le domaine politique peut être résumé comme suit (ses termes) : «Un immuable mode de gouvernance qui a généré un immobilisme politique et économique qui perdure depuis plusieurs décennies et se manifeste dans des partis politiques de façade tant du côté du Pouvoir que de celui de l’opposition ; un Parlement aux ordres de l’exécutif et dont un certain nombre de membres ont acheté leur siège ; une justice uniquement exécutante ; et une presse muselée et sujette au chantage par le biais des subsides et de la publicité». Cependant, avant d’arriver à cette caractérisation de la gouvernance algérienne, Siagh fait le tour des principales théories du Pouvoir et de la gouvernance. Nous commencerons donc par rappeler ces théories pour finir avec les propositions que fait l’auteur pour, comme il le dit, procéder au «ré-engineering» de la gouvernance en Algérie dans le but de bâtir la Nouvelle Algérie demandée par le peuple.

(A) Les théories du pouvoir pour expliquer la gouvernance algérienne
Ces théories, selon l’auteur, «ont pour objet d’apporter des réponses aux questions que chacun se pose sur la nature du Pouvoir en Algérie, ses véritables détenteurs et également comment s’opère le passage à un autre mode d’organisation et de gouvernance». La première théorie passée en revue par Siagh est celle d’Ibn Khaldoun. Selon ce penseur, «le chef met au pas les différents clans et ne permet à personne de partager son autorité […] Cette caractéristique décrite par Ibn Khaldoun au Moyen-Age demeure un fait dominant dans tous les systèmes politiques du monde arabe aujourd’hui, qu’ils soient monarchiques ou républicains. Pour Siagh, «l’Algérie ne fait pas exception». Siagh ajoute : «La configuration de l’Etat algérien et les lois qui la sous-tendent s’inspirent fidèlement des pays développés, mais l’exercice du pouvoir est d’inspiration khaldounienne absolutiste et moyennageuse». […] Durant l’ère Boumediène, l’esprit de corps était incarné par la «famille révolutionnaire. Avec l’arrivée de Bouteflika, le clan familial a remplacé la famille révolutionnaire». La deuxième théorie examinée par Siagh est celle de Max Weber. Comme Ibn Khaldoun, Weber a observé que toute société devrait reposer sur un type de domination, mais se démarque de lui… [en précisant] que cette domination doit être reconnue et légitime […] C’est la légitimation qui induit l’acceptation de l’ordre, faute de quoi, la situation n’est pas à proprement parler «d’autorité», mais d’affrontement des pouvoirs. Weber distingue trois types de légitimités : (1) la légitimité charismatique : reposant sur la croyance dans les qualités exceptionnelles d’un individu ; (2) la légitimité traditionnelle reposant sur la croyance que l’ordre établi par des traditions qui justifient cet ordre (une sorte d’ordre divin) ; et (3) la légitimité rationnelle reposant sur la conviction que les procédures par lesquelles des règles sont fixées sont légales et l’obéissance est basée sur la loi ou le règlement. Siagh souligne que, en Algérie, la légitimité se veut de type rationnel mais, dans les faits, elle est charismatique, voire même quasi monarchique. Selon Siagh, pour sortir du système existant, il faudra jeter les bases visant à substituer aux légitimités charismatiques et de type traditionnel informel, qui semblent coexister, une légitimité de type rationnel. Pour ce faire, le candidat à la législature suprême ne doit plus être coopté par un groupe influent, mais être une véritable émanation du peuple. L’auteur termine sur ce point en disant que «pour créer un ordre nouveau, l’Algérie a besoin d’un véritable contrat de société». La troisième théorie étudiée par Siagh est celle de Thomas Hobbes. Pour Hobbes, dit l’auteur, «les deux caractéristiques du contrat [social] sont : (1) le fait que la soumission doive être totale, et (2) le fait que le maître lui-même ne soit pas lié par ce contrat (son pouvoir est absolu). La seule condition que Hobbes exige des citoyens est l’obéissance. Mais en contrepartie, les citoyens gagnent la sécurité et le respect de leurs biens. La quatrième théorie sur laquelle s’appuie Siagh est celle de John Locke. Pour Locke, «dans l’Etat civil, la règle est celle de la majorité et non de l’autorité absolue d’une instance toute puissante». La cinquième théorie majeure qu’utilise Siagh pour déterminer les caractéristiques de la gouvernance algérienne est celle de Jean-Jacques Rousseau. Selon Rousseau, il s’agit de «trouver une forme d’association par laquelle chacun s’unissant à tous n’obéisse pour autant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant». Pour Rousseau toujours, «dans un contrat social, l’individu doit se soumettre à la volonté générale : il perd sa liberté naturelle, mais gagne la liberté sociale (liberté d’autonomie)». Selon Rousseau, «l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est la liberté».

(B) Pour un véritable «ré-engineering» de la Nouvelle Algérie : les propositions concrètes de Siagh
Pour Siagh, il est nécessaire que le Pouvoir algérien instaure un type de contrat social. L’auteur considère qu’«il est absolument nécessaire que toutes les forces vives de la nation sans exclusive — étudiants, jeunes, syndicalistes, intellectuels, artistes, hommes politiques de l’opposition et représentants du Pouvoir actuel, militaires, avocats, journalistes, Algériens vivant à l’étranger sans exclusive, participent à la conception d’un nouveau contrat de société». Il ajoute : «Il faudra faire émerger des panels d’une centaine de personnes parmi ces différentes forces vives dans chaque village qui débattront et enrichiront les propositions de grandes réformes comme la Constitution, le système politique qui convient au pays, la politique énergétique, les retraites, les subventions, etc. Pour cela, préconise Siagh, «il convient d’instaurer une méthodologie «bottom-up» au lieu de l’approche «top-down» [actuelle]. Siagh dira encore : «Une évidence s’imposera d’emblée, à savoir qu’il est illusoire de s’attendre à ce que les personnes qui, pendant cinquante-six ans, ont minutieusement construit ce système, basé fondamentalement sur l’étatisme, le centralisme et le contrôle outrancier, puissent seules réformer le système de gouvernance politique et économique du pays». Il ajoute : «Il s’agit donc de substituer à la souveraineté de l’Etat et de la nation, la souveraineté du peuple (articles 7 et 8 de la Constitution actuelle) tout en garantissant toutes les libertés individuelles et la liberté de conscience». Quelles sont les propositions concrètes de Siagh pour ce «re-engineering» de l’Algérie Nouvelle ? Les principales, selon l’auteur, sont : (1) réhabiliter les institutions qui doivent être le reflet d’élections libres et propres ; (2) faire de la reddition des comptes [ce que les anglo-saxons appellent «accountability»] et de la transparence des principes fondamentaux et inviolables ; (3) favoriser les partis politiques qui tirent leur légitimité de la volonté populaire et qui respectent le jeu démocratique (4) mettre en place une véritable séparation des pouvoirs impliquant une authentique indépendance du pouvoir judiciaire ; (5) instaurer des contre-pouvoirs à tous les niveaux ; (6) limiter les mandats présidentiels à deux mandats quinquennaux ; (6) autoriser les médias privés libres à côté des médias publics. En particulier, les médias lourds doivent accorder le même temps aux différents candidats en période d’élection ; (7) promouvoir la méritocratie en matière de choix des hommes à la place du clientélisme et de l’obéissance ; (8) mettre en œuvre une décentralisation qui donne plus de pouvoirs et de moyens fiscaux aux wilayas pour qu’elles soient maîtresses de leur développement. Pour Siagh, toutes ces mesures ont pour objectif de «dé-Boutefliker» le système de gouvernance en place basé sur l’absence d’une «accountability», de contre-pouvoirs, d’indépendance des institutions, de transparence et qui privilégie le clientélisme et le régionalisme à la méritocratie. Pour Siagh, afin de réaliser cet objectif, «une structure de préparation, d’organisation et de contrôle des élections doit être mise en place. Celle-ci, selon l’auteur, «doit être autonome et staffée par la société civile».

Conclusion
L’ouvrage de Lachemi Siagh, comme nous l’avons dit plus haut, arrive au moment opportun où l’Algérie a besoin de panser ses plaies (économique, politique et sanitaire) et de trouver un système politique et économique qui projette le pays dans le prochain millénaire. Dans cet ouvrage, Siagh donne des pistes à suivre pour sortir l’Algérie de la léthargie dans laquelle elle se trouve depuis plusieurs décennies et de la hisser au niveau des pays émergents. Pour Siagh, l’Algérie a toutes les ressources nécessaires — naturelles et humaines — pour relever ce double défi. Il suffit que le gouvernement et le peuple trouvent le type de «contrat social» qui convienne. Cependant, si l’Algérie rate le train cette fois-ci, il se peut qu’elle se retrouve au rang des pays qui ne peuvent plus répondre aux demandes de leurs populations et encore moins rejoindre le concert des pays qui comptent sur la scène internationale.