Face au creusement des déficits jumeaux et à l’érosion des réserves de change du pays, la Banque mondiale a appelé, hier, à l’accélération des réformes économiques et budgétaires afin de renforcer la résilience de l’économie algériennes face aux chocs externes, lesquels étaient de conséquences désastreuses ces dernières années sur les positions financières internes et externes du pays.

Par Hakim Ould Mohamed
Dans sa note de conjoncture mettant sous les feux de la rampe l’évolution des agrégats économiques et financiers de l’Algérie, l’institution de Bretton Woods a indiqué que malgré la poursuite des politiques de réduction des importations visant à protéger les réserves en devises, celles-ci sont tombées fin 2020 à environ 12,8 mois d’importations de biens et services. Cela correspond à un solde global de 46,9 milliards de dollars à la fin de 2020, (soit -20,5% par rapport à fin 2019), soit 12,8 mois d’importations de biens et de services. Cette contraction des réserves de change intervient dans une conjoncture difficile marquée par la hausse des déficits, la contraction des liquidités, alors que les besoins de financement externe se sont accrus, conséquence du creusement du déficit de la balance courante, indique l’institution de Bretton Woods. Il ne faut bien évidemment pas aller par trente-six chemins pour chercher une raison à cette fonte accélérée du stock en devises – qui ne couvre désormais qu’une année d’importation – si ce n’est dans la hausse des déficits qui, eux, sont la conséquence directe de l’excès de la demande brut de l’ensemble des agents économique. Alors que l’économie algérienne était en proie à des difficultés structurelles, la baisse temporaire des prix internationaux du pétrole «a détérioré plus encore le solde budgétaire, la disponibilité de la liquidité bancaire et le solde extérieur, malgré la dépréciation du dinar algérien», écrivent les analystes de l’institution de Bretton Woods. «Le déficit budgétaire global s’est considérablement creusé en 2020, dans un contexte de forte baisse des recettes pétrolières et fiscales, et d’augmentation des dépenses budgétaires, jouant un rôle contracyclique bienvenu. La liquidité bancaire a diminué et la croissance du crédit s’est ralentie malgré des politiques d’assouplissement monétaire fortes de la part des autorités, sous l’effet de la chute des recettes extérieures, de la mobilisation des dépôts bancaires pour financer le déficit budgétaire global, et du retrait de l’épargne bancaire par les particuliers», souligne la Banque mondiale dans son rapport de conjoncture sur l’économie algérienne. Le double choc coronavirus-baisse des prix du pétrole s’est traduit, en 2020, par une forte récession ; le PIB devrait s’être contracté de 5,5 % en 2020, estime la BA.

Une éclaircie et des risques à termes
Si l’Algérie a montré des signes de reprise sur la deuxième moitié de 2020, entreprises comme travailleurs ont été profondément touchés par la récession économique, note la Banque mondiale, qui a repris à son compte certaines statistiques officielles pour dire la violence du double choc coronavirus-chute des prix du pétrole sur les entreprises et l’économie. Le nombre de chercheurs d’emploi inscrits étaient 504 400 de plus en mars 2021 qu’en mars 2020 (+29%), selon les chiffres de l’ANEM, repris par la Banque mondiale. En revanche, les entreprises de plus petite taille, celles qui se trouvent dans le segment informel de l’économie et dans les secteurs des services et de la construction ont été les plus durement impactées. Quant aux perspectives, l’institution de Bretton Woods dit entrevoir une éclaircie à l’horizon de 2021, pointant une reprise fragile, dont la durabilité «dépendra de l’accélération des réformes permettant de favoriser la croissance du secteur privé et de rétablir les équilibres macroéconomiques». L’institution de Bretton Woods table sur une croissance de 3,7% du PIB algérien en 2021 et de 2,5 % l’an prochain, retrouvant ainsi son niveau d’avant la pandémie. Cependant, l’institution financière multilatérale s’attend à ce que les besoins de financement budgétaire et extérieur restent importants, attendus à 18 et 10 % du PIB, respectivement, ce qui met le gouvernement dans l’impératif de quêter de nouvelles sources de financement à la fois en dinar et en devises.
Ce pourquoi, les experts de la Banque mondiale ont à nouveau appelé les autorités algériennes à accélérer les réformes visant à encourager le développement du secteur privé afin de diversifier l’économie. A terme, les perspectives font peser quelques risques, à en croire les analystes de l’institution de Bretton Woods, dont «la détérioration de la situation sanitaire, la reprise de la mobilisation sociale à grande échelle, des recettes en devises moins importantes que prévu et une réponse insuffisante du secteur privé au programme de réformes», lit-on dans ledit rapport. «Les ménages vulnérables requerront une attention particulière pendant la reprise, ayant subi de manière disproportionnée les effets négatifs de la COVID-19», suggère la Banque mondiale. Selon ses experts, bien qu’il n’existe pas de données permettant de mesurer l’impact de la pandémie de COVID-19 sur le bien-être de la population algérienne, des éléments probants provenant de l’ensemble de la région MENA montrent que les ménages pauvres sont plus susceptibles de signaler une détérioration de leur niveau de vie. <