Les appels de spécialistes de la santé à surseoir au rituel du sacrifice de l’Aïd El-Adha en ces temps de pandémie due à la propagation du nouveau coronavirus se suivent à mesure que l’on se rapproche de la journée de célébration de cette fête prévue vendredi.
Un groupe d’experts algériens de diverses spécialités de la santé, et ayant de riches parcours professionnels en Algérie comme à l’étranger, a indiqué dans une tribune publique avoir joint sa voix à celle du Collectif des Professeurs en sciences médicales, qui a plaidé le 15 juillet auprès des hautes autorités du pays en faveur d’une renonciation au sacrifice du mouton cette année.
Il s’agit, selon le collectif, «de retenir des leçons des récents revers subis dans notre combat contre la Covid-19 si l’on souhaite en toute responsabilité éviter une nouvelle flambée, qui compliquerait singulièrement la riposte et annihilerait tous les efforts d’endiguement entrepris jusque-là». Par le vocable «revers», le collectif désigne les regroupements créés par les évènements à caractère familial (mariages, funérailles…) ou religieux (Aïd) pointés comme facteurs directement responsables de la flambée épidémique, anéantissant tous les efforts et sacrifices consentis depuis le début de la riposte.
«Dans toutes les wilayas remontent les exemples nombreux de familles entières atteintes par l’infection avec parfois, hélas, une issue fatale pour les membres les plus fragiles», note le collectif. Ce dernier énumère, dans son plaidoyer, plusieurs arguments de nature à donner de la force et de la consistance à cette idée de surseoir au sacrifice de l’Aïd au nom de la prévention sanitaire et de la préservation des vies en cette période de pandémie.
Au-delà des vies humaines qui peuvent être épargnées par cette sage et raisonnable décision, il s’agira «d’alléger la charge de travail des personnels soignants et de les préserver sachant que près d’une centaine ont perdu la vie en accomplissant leur noble mission et plusieurs centaines d’entre eux ont été affectés, selon le ministère de la Santé, sans oublier le préjudice moral qu’ils subissent du fait de la dangerosité de leur métier les obligeant à vivre séparés de leur famille et à repousser indéfiniment leur période de congé», soulignent les experts.
Ce scénario va permettre également «aux autres malades notamment les malades chroniques, de pouvoir renouer avec les services de santé car obligés de renoncer aux soins durant cette longue période, de même pour les enfants et nourrissons devant subir leur vaccination et aux mères de pouvoir fréquenter les structures de protection maternelle». Il s’agira aussi «d’atténuer les conséquences socio-économiques et financières subies par de nombreux ménages du fait des stratégies de confinement si la pandémie venait à se prolonger indéfiniment», relève-t-on. Sur le plan de la symbolique, les experts de la santé estiment que «surseoir à la célébration du sacrifice du mouton sera un geste de respect à la mémoire des victimes de la Covid-19, dont le sacrifice n’aura pas été vain». Ce sera aussi un geste de «solidarité» vis-à-vis des personnels soignants qui ont droit au répit, car épuisés par les gardes médicales et la séparation avec leurs familles, mais aussi travaillant avec l’angoisse de la contamination et risquant leur vie au quotidien, lit-on dans le même communiqué.
Les experts signataires considèrent que ce renoncement «réconciliera le peuple algérien tout entier avec la tradition des sacrifices historiques qui ont jalonné son histoire et l’ont sorti grandi dans le combat pour son indépendance (1954-1962) comme pour son développement au moment de la dure sécheresse qui avait sévi et sévèrement affecté le cheptel (1966), ce qui ne peut que renforcer la nécessaire cohésion nationale».
Dans son introduction, le collectif d’experts s’appuie sur les données du ministère de la Santé sur le nombre de cas de décès et de contaminations enregistrés, avec une augmentation des cas graves nécessitant une réanimation et des soins intensifs pour conclure à une «alarmante persistance de la circulation du virus» dans la population, ce qui met à mal l’organisation du système de soins comme l’attestent les pénuries d’intrants divers, signalés ici et là.

Déclaration faite le 27 juillet 2020 et signée par
Pr Khaled Bessaoud, épidémiologiste, expert (ancien staff OMS)
Dr Sidi Allel Louazani, épidémiologiste, expert (ancien staff OMS)
Pr Leïla Houti, épidémiologiste, Hospitalo-Universitaire Oran
Pr Noureddine Zidouni, expert en pneumo-phtisiologie, hospitalo-universitaire, Alger
Pr Mohamed Belhocine, médecine interne, expert (ancien staff des Nations unies)