La fête de Yennar, appellation du nouvel an berbère, qui avait durant ces quelques années perdu un peu de son prestige et de son attraction, reprend ses couleurs et étale ses racines millénaires.

Correspondance particulière de Rachid Hamatou, Batna
L’éclipse a surtout été observée dans les villes et les agglomérations, jamais dans les espaces ruraux ou chez les montagnards qui, de l’avis des locaux comme des gens de passage, n’ont jamais raté le rendez-vous de saluer l’arrivée du cycle de vie nouveau. Une fidélité qui fera dire à une fine tête du cru que « les douars ont la culture du temps long » que perdent les villes « en trouble d’urbanisme comme de mémoire ». Il ajoute que « partout ailleurs en Algérie, Yennar dans les villes où la notion du groupe n’a pas le même sens que dans les villages, c’est avant tout dans les maisons et chez les familles. Dans les plats qu’on prépare et les costumes que portent les femmes au foyer et les enfants chez eux »… Il n’empêche qu’à Batna, pour rester dans le calendrier officiel du pays, les préparatifs au nouvel an berbère 2973 sont visibles sur les murs des maisons de la culture, de quelques bâtiments officiels et les banderoles installées sur certaines grandes artères de la cité aurésienne. Actualité du ciel oblige, on l’observe, on le scrute et on s’inquiète de l’absence de pluies, très marquée en ce début du mois de janvier. Alors, on espère… Et on reparle de Yennar. Le festin à cette occasion, c’est souvent le couscous au poulet, qu’on déguste chez soi ou en groupe dans les quartiers qu’anime un mouvement associatif, présent chaque année pour organiser des méga repas et des galas artistiques dans des messes populaires. Omniprésente, la chanson chaouie retrouve son temps par son art musical et sa poétique orale que des chercheurs d’ici et d’ailleurs s’emploient à transcrire et à étudier, comme nous le rappelle Nadir Jebbar, un artiste et enseignant de tamazight. L’existence des maisons d’édition a pu aider à prendre en charge l’édition et la publication de ce patrimoine fabuleux qui reste encore à interroger. Le Haut-Commissariat à l’Amazighité s’y emploie en apportant une aide à la publication et aux auteurs spécialisés dont certains travaillent à longueur d’années en tant que chercheurs au département de langue et culture amazighe de l’université de Batna. n