Par Nordine Azzouz
Les opérateurs français s’engageront-ils davantage à l’avenir dans le marché algérien ou continueront-ils à le regarder avec la même prudence qui leur est devenue caractéristique depuis des années ? Telle est pratiquement l’unique grande question qui animera une nouvelle fois, à l’occasion du Forum d’Affaires algéro-français qui réunit aujourd’hui et demain le MEDEF International et la Confédération algérienne du patronat citoyen (CAPC), les discussions des observateurs de l’avenir de relation économique et d’entreprise entre la France et l’Algérie. Pour le président de la CAPC, qui sourit à l’évocation de cette interrogation, il faut d’abord considérer l’évènement en tant que tel et suivant les «messages» qu’il délivre. L’arrivée à Alger d’une mission du MEDEF conduite par son chef Geoffroy Roux de Bézieux, la première depuis celle menée par son prédécesseur Pierre Gattaz en février 2018, indique que «l’Algérie intéresse toujours» les investisseurs français et qu’il y a de leur part le signal nouveau d’avoir une bonne position à l’intérieur de son marché, explique Samy Agli. Autrement, ils ne seraient pas venus dans notre pays et ne s’y seraient pas engagés «à participer avec nous à ce forum qui était programmé depuis octobre 2021 et que nous avons préparé depuis plus de six mois», insiste le président de la CAPC. Le contexte est en tout cas favorable, souligne avec une teinte de nuance le numéro 1 de la Confédération, pour que les associations patronales algériennes persévèrent dans leur demande aux partenaires français d’accorder «davantage d’intérêt à l’investissement» plutôt que de se préoccuper prioritairement de commerce avec le marché algérien. «Le code de l’investissement que nous craignions sérieusement de le voir renvoyé pour une nouvelle lecture a été heureusement adopté en Conseil des ministres. Cette évolution est une chance dans la mesure où le Forum d’Affaires algéro-français sera le premier évènement international majeur où l’on parlera du nouveau code. Elle fait partie de ce contexte positif que nous percevons au sein de notre confédération et qui représente pour nous une belle occasion pour dire à nos interlocuteurs du MEDEF que le nouveau dispositif juridique garantit et protège le libre investissement», accentue M. Agli. Aux yeux du président de la CAPC, la nouvelle loi adoptée en Conseil des ministres, jeudi 19 mai, «favorise l’investissement étranger» et «contribue à l’amélioration des affaires» moyennant la poursuite des réformes économiques promises au plus haut niveau de l’Etat algérien. «Il n’y pas de meilleur argument que celui-là pour dire à l’importante délégation des chefs d’entreprise français qu’on rencontre aujourd’hui qu’on peut faire de bonnes affaires en Algérie – comme le prouve d’ailleurs la présence sur le marché national de Belle Algérie ou de Danone – et qu’on peut performer ces bonnes affaires avec des avantages comparatifs tels par exemple le faible coût de l’énergie et la proximité des centres de production des marchés de consommation et dont la fortune a été prouvée par la pandémie du Covid-19 puis, aujourd’hui, par la guerre en Ukraine». A la remarque que cette thèse que l’Algérie est une destination éligible aux grands investissements, notamment français, est en circulation depuis le tournant des années 2000 au moins, et qu’elle n’a pas depuis semblé susciter auprès des patrons du MEDEF, qui est à plusieurs dizaines de visites en Algérie, l’enthousiasme souhaité de ce côté-ci de la Méditerranée, Samy Agli répond que «les choses changent» et que «l’entreprenariat français intéressé par le marché algérien est dans la situation de s’adapter ou de perdre des opportunités» d’investissement que d’autres acteurs internationaux sont entrain de saisir. Lesquels ? «Le premier investisseur turc à l’étranger est en Algérie. Il s’appelle Tosyali et il est le premier opérateur à l’export hors hydrocarbures dans notre pays», réplique tranquillement M. Agli qui, après avoir évoqué «l’intéressant croissant chinois», voit dans le dernier voyage du président Tebboune en Turquie, les 15, 16 et 17 mai derniers, une «donnée annonciatrice d’une mobilisation de l’investissement turc» qui ira au-delà du millier de sociétés présentes actuellement dans différents domaines d’activité sur le sol algérien.

S’adapter ou perdre des opportunités….
«Il n’y a pas d’exclusivité dans la relation entre la CAPC et le MEDEF dont le président de mission, M. Roux de Bézieux, s’entretiendra avec d’autres associations patronales algériennes qui seront présentes également dans les panels sur les sujets économiques d’intérêt commun, il y a de l’histoire et un parcours de coopération ancien (qui remonte à l’époque du FCE, ndlr) et important qui nous aide à dire la vérité à nos partenaires du MEDEF pour qu’ils donnent une nouvelle impulsion à leur approche de notre marché», glisse M. Agli en souhaitant que le Mouvement des entreprises de France encourage la co-localisation au moment où des entreprises françaises ferment leurs usines en Russie, qu’il fasse de la pédagogie auprès des membres de son immense réseau – plus de 750.000 entreprises dont celles du CAC 40 – et qu’il fasse du lobbying auprès de la Coface pour qu’elle revoie positivement son classement et sa «note Algérie» en fonction des développements positifs que connait le champ de l’investissement dans le pays. La foire internationale d’Alger dans son édition 2022 mérite selon lui que les grandes entreprises hexagonales qui, semble-t-il, la boudent cette année encore s’y intéressent de la même façon que le salon Djazagro verra cette fois-ci (31 mai au 2 juin prochain) la présence pour la première fois du MEDEF, qui aura un stand dédié. Pendant longtemps, le grief était qu’il n’y avait pas d’ancrage juridique pour la protection de l’investissement étranger en Algérie. Le code nouveau fait disparaître ce reproche et on va vers la pénalisation de la bureaucratie, vers un rôle de réelle promotion de l’investissement par l’ANDI qui devient l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (Aapi) et vers l’élargissement du champ de garantie de transfert des fonds investis et de leurs recettes pour les investisseurs non-résidents, défend en conclusion le président de la CAPC. <