«Halte à la censure », « Laissez-nous travailler », « Une presse libre et démocratique » sont les slogans scandés, hier, par une poignée de journalistes et de travailleurs de l’ENTV qui tiennent leurs 16e sit-in de protestation depuis le déclenchement du mouvement populaire du 22 février.
Sous un soleil de plomb et une ambiance tendue, une dizaine de protestataires se sont positionnés devant l’entrée de l’entreprise publique sous les regards inquisiteurs des agents postés sur place. Arborant des pancartes sur lesquelles on pouvait lire des appels à la libération des médias et la dénonciation de la censure, «journalistes unis pour la dignité et la liberté d’expression», «Dérapage, surenchère, le service public est bafoué. Nous disons stop !», «Halte à la désinformation », les protestataires ont appelé à l’unanimité à un service public libre et à l’arrêt de la censure. «Laissez-nous tranquilles, nous ne voulons plus de vos appels téléphoniques », a lâché un journaliste à l’égard du pouvoir. Parmi les présents, la jeune animatrice et réalisatrice Yasmine Chouikh a indiqué que, malgré le changement opéré à la tête de la direction de l’entreprise, les choses sont restées telles qu’elles étaient. «Ce que nous voulons, c’est assurer le service public et dire ce que veut dire le peuple, ouvertement, loin de la manipulation. Mais, hélas, nous constatons qu’il n’y a eu aucun changement au sein de l’entreprise et ce qui se passe est bien pire », a-t-elle dit.
A ses côtés, la productrice de cinéma Amina Haddad a, pour sa part, tenu à dénoncer l’atteinte portée à l’encontre du combattant Lakhdar Bouregaâ par l’ENTV. « J’ai soutenu l’action des professionnels de la Télévision, tenue de manière hebdomadaire devant le siège de l’entreprise, pour appeler à la libération des médias publics de la mainmise du pouvoir actuel. J’ai tenu à être là aujourd’hui particulièrement, parce que nous enregistrons une dérive de plus suite à ce qui a été diffusé hier à l’ENTV concernant la personnalité du moudjahed Lakhdar Bouregaâ. C’est une escalade dans la désinformation puisqu’elle touche maintenant l’histoire de notre Révolution et celle de notre pays, sans compter le préjudice causé à la personne de Bouregaâ», a indiqué la productrice. Un avis partagé par Abdelmadjid Benkaci, journaliste à Canal Algérie, qui a tenu à souligner la détresse des travailleurs de l’entreprise publique.
« Jusqu’à présent, aucune de nos revendications n’a été satisfaite. Il y a eu un semblant d’ouverture, il y a trois mois, mais qui n’a duré qu’environ trois semaines, où nous avons pu transmettre des directs des marches du vendredi et animer des émissions de débats. Mais nous sommes très vite revenus en arrière pour faire carrément dans la désinformation», a-t-il regretté. Concernant les informations diffusées par la chaîne nationale suite à l’arrestation du moudjahid Lakhdar Bouregaâ, le journaliste les a qualifiées carrément de «honteuses».
«Ce qui s’est passé avant-hier est une ignominie pour tous les journalistes qui se respectent. Nous sommes désemparés car nous n’aimons pas ce que nous faisons. Nous le faisons malgré nous, mais nous allons continuer le combat pour faire changer les choses. Il y a des collègues qui pensent déjà à démissionner de leur poste. Nous sommes au 16e sit-in, au début nous avons réussi à réunir plus de 300 signatures et à tenir des sit-in avec 80 à 100 personnes, mais les choses se sont corsées et le mouvement a faibli. Mais nous n’avons pas encore dit notre dernier mot », a-t-il affirmé.