Avant-hier, lundi, la ministre de l’Education nationale a annoncé l’entrée en vigueur d’un « plan national » de formation destiné à « toutes les catégories du secteur », notamment les enseignants et les inspecteurs.

Il accorde une « importance primordiale aux apprentissages et à l’acquisition de connaissances dans un environnement scolaire adéquat », a-t-elle dit et sera « dès cette année au cœur des priorités du secteur ». Ce plan sera valable jusqu’à l’horizon 2020 avec l’objectif de répondre aux besoins des fonctionnaires de l’Education nationale.
53 thèmes de formation ont été sélectionnés, a précisé Nouria Benghebrit et le premier porte sur le traitement pédagogique à travers l’utilisation des Technologies de l’information et de la communication (TIC) pour accorder des sessions de formation sur le WEB via la plate-forme numérique de formation à distance, a-t-elle fait savoir. Et si la ministre de l’Education s’est montrée enthousiaste et confiante en la pertinence de ce plan tant au plan pédagogique qu’à celui de la gouvernance des établissements scolaires, les syndicats du secteur se montrent, eux, davantage dubitatifs, voire franchement critiques. A ce sujet, le porte-parole du Conseil des lycées d’Algérie (CLA), Idi Achour, a qualifié le «programme national » de formation de « flou ». « Il est vrai que le constat de la tutelle est imparable, on le partage tous depuis des années. Il est vrai aussi que la formation des cadres est importante surtout dans le contexte actuel mais d’où va-t-on ramener les formateurs ? », s’est-il interrogé. « L’autre constat sur lequel on ne s’attarde pas aujourd’hui est que même les formateurs sont d’un niveau faible ».
Ironie ? Le porte-parole du CLA dit répondre à la ministre qui considère que le niveau des élèves reflète le niveau des enseignants. Il a ajouté que « la faiblesse de l’école n’est pas due automatiquement aux enseignants » qui n’auraient pas les compétences nécessaires, «mais aux conditions de travail ». « 50% des infrastructures scolaires dans le pays sont beaucoup plus l’image d’une prison que d’une école ou d’une structure éducative. Cela ne donne pas envie à l’élève d’apprendre ni à l’enseignant de faire apprendre ».
« Le programme scolaire en cours, même s’il est bien enseigné, ne fera pas sortir des génies », ajoute Idir Achour. En appelant à rendre ce programme « plus adapté aux réalités ainsi qu’aux besoins algériens ». Pour ce syndicaliste, « si nos élèves obtiennent de mauvaises notes en mathématiques, par exemple, c’est parce que c’est la méthode d’enseignement qui n’est pas la bonne en termes pédagogique et académique ».
Son avis est partagé par le porte-parole de l’Unpef, Laamri Zeddar, qui a ironisé sur la réussite du « plan national » de formation quand les classes croulent sous des effectifs pléthoriques. « Il arrive que les enseignants se retrouvent avec 48 élèves par classe. Quelle pédagogie peut-elle être performante dans ces conditions ?», s’est-il demandé. « Dans les régions montagneuses et isolées, les problèmes socioprofessionnels des enseignants sont d’un autre âge», a-t-il renchéri. M. Zeddar reconnaît, cependant, que la ministre de l’Education s’inquiète du niveau de compétence des enseignants qu’il s’agit de mettre à niveau. « Avec les départs massifs à la retraite, les besoins continus en ressources humaines, des enseignants sont recrutés sans avoir subi une formation spécialisée et cela se répercute sur le rendement », a-t-il expliqué. « En tant que syndicalistes, on est pour un programme de formation de qualité, mais ce plan national risque d’être du bricolage en l’état actuel. A nos yeux, actuellement, la seule formation qui va avoir des résultats, c’est celle prodigués par les ENS. »