Par Fazil Asmar
L’organisation d’un nouveau gouvernement doit passer, selon l’expert international en économie, Abderrahmane Mebtoul, sur une nouvelle vision territoriale et ministérielle s’insérant dans le cadre d’une planification stratégique et surtout, par une réduction du nombre des départements ministériels et de micro-institutions dont la plupart, d’après lui, sont «sources d’inefficacité et d’incohérence». «Le gouvernement Djerrad a déposé sa démission et un nouveau gouvernement devrait être mis prochainement en place, en espérant que l’efficacité sera privilégiée et non la pléthore de ministres pour satisfaire des appétits partisans», souligne-t-il.
Pour lui, avant la composition de ce gouvernement, il y a lieu de procéder sans complaisance à un examen très lucide de la situation pour mieux réagir dans plusieurs segments de la vie économique et sociale, afin de mettre fin notamment aux déséquilibres régionaux et aux inégalités sociales. «Rapprocher l’Etat du citoyen se pose d’urgence. C’est à nos gouvernants de comprendre le fonctionnement de la société loin des bureaux climatisés. Avec toutes ces tensions budgétaires et géostratégiques, l’Algérie n’a pas besoin d’une pléthore de 40 ministères qui se télescopent et qui souffrent d’un déficit dans le management stratégique. C’est aussi le cas pour les collectivités locales», estime-t-il en appelant à la mise en place de grands ministères homogènes et de 5/6 grands pôles régionaux pour faire face à la crise économique tout en redonnant confiance aux citoyens,
Toujours dans ce contexte, il fera remarquer que le changement perpétuel d’organisation économique est source de «démobilisation». Les changements périodiques de cadres juridiques démobilisent, poursuit-il, les cadres du secteur économique public, les investisseurs privés nationaux et internationaux, montrant clairement la dominance de la vision administrative et non économique liée à l’absence de visibilité dans la démarche de la réforme globale. Pour toutes ces raisons, recommande-t-il, la nouvelle organisation ministérielle et locale doit être facteur de cohérence et de croissance.
«L’Etat doit réduire son train de vie, donner l’exemple de rigueur, éviter en cette période de crise des dépenses inutiles de prestige sans impacts véritables sur le devenir économique du pays. D’ailleurs, un regroupement des ambassades, excepté pour des pays avec qui l’Algérie entretient d’importantes relations commerciales, devrait rentrer dans cette réorganisation», estime-t-il.
Par ailleurs, soutient-il, du point de vue des réformes territoriales, l’objectif est de s’orienter vers une réelle décentralisation et non la déconcentration en créant d’autres entités administratives bureaucratiques. Les nouvelles technologies, rappelle-t-il, facilitent la mise en place de réseaux décentralisés efficaces, afin de rapprocher l’Etat du citoyen et accroitre l’efficacité économique. «Il ya urgence de créer un grand ministère de l’économie couplant le ministère des Finances, le ministère du Commerce et le ministère des Investissements de l’Industrie, de la PMI /PME tout en lui rattachant les Mines, segment stratégique de la relance industrielle. Les directions de wilayas qui sont budgétivores devront être regroupées en adéquation avec ceux des ministères», suggère-t-il.
De même, signale-t-il, que le secteur du tourisme qui devrait être couplé avec celui de l’artisanat et de la culture et le ministère du Travail avec celui de la Solidarité nationale et toutes les caisses de sécurité sociale. «Toute cette organisation doit reposer sur la maitrise du système d’information en temps réel, sans laquelle aucune prévision n’est possible. Pis, on risque de continuer à assister à des déclarations contradictoires de ministère à ministère. Le renseignement étant la base de toute action, le gouvernement doit se baser sur une structure indépendante à l’image de ce qui se passe dans les pays développés», conclut-il. n