Par Feriel Nourine
Si les priorités du nouveau gouvernement imposent automatiquement une orientation économique, comme le suggère d’emblée la désignation de l’argentier Aïmene Benabderrahmane au poste de Premier ministre, plusieurs membres de l’Exécutif concernés savent que, pour espérer remplir leur mission dans le respect de ces priorités, ils doivent d’abord s’investir dans l’apaisement du malaise social qui est en train de secouer la grande majorité des Algériens.
C’est ce qu’a, en tous les cas, souligné Abdelamdjid Tebboune, lors de la nomination du nouveau Premier ministre. «En vérité, vous êtes aptes à cette tâche, d’autant que ce qui nous attend est économique et social, et donc financier…», avait dit le président de la République.
Entre pertes d’emploi et renfort des effectifs des chômeurs par contingents entiers, inflation sans répit, pénurie de l’eau, incendies, terrorisme routier et autres actes de violence contre les personnes et les biens, le citoyen se trouve embarqué dans une crise sociale à plusieurs variantes, et plusieurs tranchants, ne sachant plus où donner de la tête ni dans quel sens il doit manœuvrer.
Ceci d’autant que ce triste tableau se déroule sur fond d’une crise sanitaire qui enregistre des records en matière de contaminations et de décès au covid-19, sous l’impact des nouveaux variants, et fait planer le spectre d’une troisième vague qui oblige les autorités sanitaires à redoubler d’efforts au profit de la prévention, et surtout de la vaccination massive comme rempart le plus indiqué pour stopper l’avancée du virus.
Mais si à la tête du ministère de la Santé, la désignation de Abderrahmane Benbouzid est synonyme d’une reconduction au même poste d’un ministre ayant suivi l’évolution de la pandémie depuis son arrivée au printemps 2020, donc jouissant d’une expérience sur ce registre, d’autres ministres impliqués dans la gestion du quotidien du citoyen font leur rentrée dans le gouvernement pratiquement en plein début des crises qui secouent leur secteur. A l’exemple essentiellement du ministre des Ressources en eau et de la Sécurité hydrique, Karim Hasni, dont l’arrivée à la tête de ce secteur coïncide avec une conjoncture de stress hydrique que l’Algérie n’a plus vécu depuis au moins vingt années, portant la crise de l’eau à son paroxysme, avec la mise en place d’un programme de rationnement dans la distribution, notamment dans la capitale. Or, bien plus que de rationnement, plus ou moins accepté au départ par le citoyen, c’est carrément de privation de cette ressource vitale qu’est porteur ledit programme dans l’ensemble des communes d’Alger où l’eau n’a jamais coulé dans le robinet dans le respect des jours et des horaires annoncées par le wali d’Alger. De nombreux foyers s’en trouvent privés pendant plusieurs jours, et les services concernés ne se gênent plus d’annoncer des améliorations qui n’arrivent jamais. Pendant ce temps, le désarroi du citoyen se laisse naturellement diluer dans une colère qui se décline en scènes de protestation observées ces derniers jours au niveau de plusieurs communes algéroises où l’eau est devenue le sujet principal des conversation.
En prenant ses fonctions, jeudi dernier, M. Hasni n’a d’ailleurs pas manqué de mettre en évidence son arrivée à la tête d’un secteur «sensible et stratégique, notamment en cette conjoncture difficile marquée par le stress hydrique et la crise sanitaire de la Covid-19». Il a, par ailleurs, affirmé que beaucoup de tâches prioritaires devraient être accomplies, citant en, premier lieu, «l’approvisionnement régulier des citoyens en eau potable et la poursuite des chantiers en cours, ainsi que la gestion rationnelle de cette ressource».
Mais la crise de l’eau semble bien n’être que la goutte qui a fini par faire déborder le vase et laisser s’exprimer le malaise du citoyen lambda un peu partout à travers le territoire national. C’est d’ailleurs bel et bien ce malaise qui s’est fait entendre une nouvelle fois dans les rues de Ouargla où les jeunes sont encore sortis protester contre le chômage et revendiquer leur droit au travail. Ces derniers ont dénoncé une énième fois ce qu’ils appellent la «maârifa» dans les recrutements effectués par l’Anem et ses antennes locales.
Pendant ce temps, nombreuses sections syndicales ne baissent toujours pas le ton et continuent à faire pression dans leurs secteurs respectifs, menaçant d’une rentrée sociale agitée au cas où leurs revendications ne sont pas satisfaites.
Du pain sur la planche pour un Exécutif appelé à faire valoir en premier, et en termes d’urgences, la carte de l’apaisement social. n