A l’heure où le nouveau gouvernement Djerad continue de susciter à chaud des remarques et des observations sur sa constitution et la démarche qu’on présume le voir suivre – en attendant que le Premier ministre s’exprime officiellement à ce sujet, peut-être aujourd’hui à Hassi Messaoud pour l’anniversaire du 24 février 1971 -, une immense question continue d’être posée : mais pourquoi donc Abdelmadjid Attar, ex-ministre de l’Energie, a-t-il été remplacé ?

Par Salim Dali et Halim Midouni
On attendait une réponse de l’intéressé lors de la passation de consigne et le solennel passage de relais à son successeur Mohamed Arkab, mais il s’est contenté de la réaction suivante : «Je pars tranquille et serein», a-t-il glissé dans une phrase qui a rendu encore plus crédibles l’étonnement et les interrogations qui ont suivi son départ de l’immeuble du Val d’Hydra.
M. Attar a derrière lui une longue carrière qui se confond avec l’histoire du secteur depuis la nationalisation, il y a cinquante ans, des hydrocarbures en 1971. Il a surtout dans le dernier gouvernement Djerad de bons résultats à l’échelle interne et des réussites à l’international dans un contexte pétro-gazier mondial marqué par le choc pandémique et par la nécessité pour l’Algérie de s’affirmer sur le plan géopolitique et géo énergétique à l’occasion de son mandat de présidente en 2020 de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP).
«J’ai travaillé pendant huit mois et j’ai obtenu quand même des résultats», s’est-il lui-même rendu justice avant de passer la main. En ce qui concerne le grand chantier lancé par le chef de l’Etat de faire sortir des zones d’ombre les territoires du pays qui n’ont pas eu leur part de développement socio-économique, il a fait de ce dossier une priorité au même titre que le raccordement en énergie des exploitations agricoles, si l’on se fie aux déclarations de parlementaires lors de son passage devant la commission «finances et budget» de la défunte APN en décembre 2020 déjà.
Quelle est donc alors la raison qui a conduit à sa destitution ? Le départ de M. Attar, selon une source du secteur, est à expliquer par la détérioration des rapports de l’ex-ministre avec les PDG de Sonatrach et de Sonelgaz Tewfik Hakkar et Chaher Boulakhras, qui ont réussi à obtenir des soutiens et des arbitrages en leur faveur au sein de l’Etat, affirme notre source.

Désaccords avec les PDG de Sonatrach et Sonelgaz
A l’origine du premier différend, la décision prise par Abdelmadjid Attar, conformément au plan d’action du gouvernement, de revoir à la baisse le programme d’investissement de Sonelgaz dans la réalisation de nouvelles centrales électriques, pour donner de la place aux énergies renouvelables, qui devront avoir une part plus importante dans le bilan énergétique national. L’homme qui avait déclaré que l’Algérie avait raté le virage de la transition énergétique souhaitait lancer des initiatives pour rattraper le retard accusé.
Le gouvernement Djerad table, en effet, sur une production de 4000 MW à l’horizon 2024 à partir d’énergies renouvelables, essentiellement à partir de la réalisation de centrales photovoltaïques. Dans cette optique, Abdelmadjid Attar avait affirmé qu’il devient nécessaire de revoir le projet d’usine de montage de turbines à gaz de Batna réalisé en partenariat avec Général Electric. Cette installation a une capacité de réalisation de turbines pour des centrales électriques pouvant produire au total 1500 MW/an. Or, avec les investissements qui seront engagés par Sonelgaz d’ici à 2025, l’Algérie aura une capacité de production électrique de 30.000 MW/an contre des besoins domestiques estimés à 15.000 MW/an seulement. Une surcapacité qui devait inviter à revoir l’utilité de cette usine qui a démarré le montage des turbines. Selon notre bonne source, le PDG de Sonelgaz est monté au créneau pour contredite son ministre : «L’usine de Batna est un bon projet», avait-il lui-même déclaré la presse, provoquant l’effarement des observateurs.
Avec le PDG de Sonatrach, M. Hakkar, le désaccord a pour source la nouvelle loi sur les hydrocarbures. Abdelmadjid Attar a décidé de reprendre les prérogatives du ministère en matière de pilotage des travaux d’élaboration des textes d’application de cette loi. C’est au ministère, souligne notre source, que revient cette prérogative et il aurait été normal de décharger le groupe de ce fardeau de pilotage et le laisser s’occuper de ses métiers. Abdelmadjid Madjid Attar avait constitué à ce sujet, rappelons-le, un comité technique présidé par le ministre et composé en particulier de cadres du ministère et des agences Alnaft, et ARH. En sept mois, le ministère a ainsi finalisé une trentaine de textes d’application dans des délais «pour la première fois» aussi rapides, assure notre source qui soutient qu’«auparavant, il fallait parfois trois à quatre ans pour finaliser les textes d’application des lois sur les hydrocarbures».
Un an et trois mois après la promulgation de la nouvelle loi sur les hydrocarbures, ses textes d’application ne sont pas encore entérinés totalement et sont encore au niveau du Secrétariat Général du Gouvernement (SGG) pour leur validation. Ce qui a pour conséquence de retarder le lancement d’appels d’offres d’exploration et la signature de contrats de partenariat pour le développement de gisements. Cet appel à concurrence attend son lancement depuis plusieurs années. Une explication «en partie», selon notre source, de la baisse des investissements étrangers dans le secteur des hydrocarbures enregistrée ces dernières années.