L’Exécutif va bientôt examiner un projet de loi instituant une «allocation chômage». Ce texte, une fois adopté, s’ajoutera aux «formules d’allocations de chômage adoptées dans d’autres secteurs», a-t-on appris du Conseil des ministres, dimanche 22 août. Initié par le chef de l’Etat, son contenu devrait répondre aux besoins des centaines de milliers de jeunes qui sont sans emploi. Sa bonne application sur le terrain demeure suspendue au recensement équitable des bénéficiaires, ainsi qu’au financement surtout de ses formules dans un contexte économique déprimé.

Par Khaled Remouche
L’annonce de ce projet de loi au dernier Conseil des ministres confirme et complète la déclaration du chef de l’Etat, dimanche 8 août 2021, instituant une allocation chômage pour les jeunes. Ce jour-là, Abdelmadjid Tebboune, avait assuré devant des représentants des médias, qu’il reçoit traditionnellement pour faire passer des messages ou des informations à l’opinion, qu’il a «décidé d’augmenter l’allocation chômage» et que sa décision – ce qui a été fait – allait être annoncée en Conseil des ministres.
L’allocation chômage telle qu’elle a été pratiquée depuis les années 1990 existe sous la forme d’une aide sociale modeste de 3 000 à 4 000 dinars distribuée mensuellement par l’Agence de développement social (ADS) aux jeunes sans revenus, rappelle des spécialistes du monde du travail dans notre pays pour expliquer la manière dont le discours du chef de l’Etat a évolué à son sujet. Il ne s’agit donc plus d’une augmentation de cette allocation, mais de la mise en place du dispositif légal permettant sa création et sa mise en opération, son objectif étant déjà connu. Dimanche 8 août, en effet, le président de la République a expliqué son initiative par le souci de son gouvernement de «préserver la dignité du jeune algérien et interdire à toute partie de l’instrumentaliser à des fins politiques». «Les jeunes savent que nous sommes mobilisés dans leur intérêt», avait-il soutenu, ouvrant au passage la porte à la curiosité de voir comment ce futur texte de loi va être pensé, rédigé et surtout appliqué.
La raison, toute simple, de ce besoin de connaissance, est que, histoire et réalités du pays obligent, toute intention du gouvernement de créer une allocation chômage reste fortement connotée. Pour beaucoup, l’annonce de la réactivation sous une forme juridiquement et légalement plus claire d’un instrument, déjà testé il y a une trentaine d’années, rappelle le souvenir du plan d’ajustement structurel du FMI qui avait entraîné, en Algérie, le licenciement de 400 000 travailleurs et leur prise en charge par le système d’assurance-chômage géré par la Caisse nationale d’assurance-chômage (Cnac).
Pour d’autres, il y a lieu de s’appesantir sur le «rapport potentiel» entre l’annonce de la création de l’allocation chômage des jeunes et la perspective annoncée par le chef de l’Etat de l’ouverture du capital des entreprises publiques. Selon les tenants de cet avis, cette forme de privatisation pourrait conduire à des licenciements dans la mesure où les entreprises publiques souffrent toutes d’un personnel pléthorique et inexploité. Le repreneur ne peut se résoudre à garder tout le personnel au risque de compromettre la pérennité ou la rentabilité de l’entreprise. On peut se demander, disent-ils à cet égard, si cette allocation chômage n’est pas instituée en particulier pour favoriser la réussite des opérations d’ouverture du capital des entreprises publiques.
Où et comment financer l’allocation ?
Et si l’on peut ne pas trop prêter attention aux connotations politiques, forcément discutables, il reste l’argument économique et la manière dont le gouvernement Benabderrahmane, déjà confronté à une crise économique aiguë, de surcroît aggravée par les conséquences des incendies de forêt et leur facture éco-environnementale, va devoir financer ce futur dispositif d’aide aux sans-emplois. Contacté, Khaled Aït Mahrez, ancien Directeur général de la Caisse nationale d’assurance chômage (Cnac), consultant et membre de Care, nous éclaire sur le sujet, non sans rappeler l’épreuve du terrain et non sans poser sur le tapis des données qui risquent de compliquer l’application véritable et sans risques de la décision du chef de l’Etat. «L’allocation chômage n’est pas contributive, elle est affectée à partir du budget de l’Etat. L’assurance chômage est financée à partir des cotisations des salariés et distribuée quand le salarié est au chômage», rappelle l’expert. La grande question qui se pose est celle du financement de cette allocation. «S’il ne se fait pas à partir du budget de l’Etat, il y a nécessité de préciser si elle sera, par exemple, compensée par de nouvelles recettes fiscales. Si ce n’est pas le cas, ce sera une nouvelle dépense budgétaire qui va aggraver le déficit du budget qui affiche déjà un record en 2021, explique-t-il.
Dans le fond, Khaled Aït Mahrez considère la mesure annoncée et voulue par M. Tebboune comme «adéquate». «La mesure destinée à instituer une allocation chômage aux jeunes, décidée par le chef de l’Etat, est très opportune dans un contexte de grande misère dans laquelle vit la majorité de la population, en particulier les jeunes. Comme beaucoup de consultants que nous avons sollicités, il reste dubitatif sur l’éternelle et épineuse question du recensement des bénéficiaires réels de l’allocation. «Le gros problème qui risque de se poser est la difficulté d’identification des bénéficiaires de cette allocation et ses conséquences» sur les ressources de l’Etat. Même s’il n’est pas éligible, un jeune qui travaille au noir et qui gagne bien sa vie peut émarger à cette allocation chômage dans la mesure où il est difficile de prouver qu’il reçoit des revenus tirés de ses heures de travail dans une activité nullement déclarée, éclaire-t-il.
Récemment, des experts ont, rappelons-le, suggéré l’institution d’un filet social dans le cadre d’un plan global de sauvegarde des entreprises en difficulté en raison des effets de la Covid-19. Il a été proposé dans cette optique l’institution d’une assurance chômage, mais ce plan global de sauvegarde des entreprises n’a, jusqu’ici, pas été retenu par le gouvernement alors que les difficultés de relancer l’économie persistent en 2021. <