Par Nadir Kadi
La grève «illimitée» des journalistes d’El Watan lancée dès vendredi et plus exactement les conditions dans lesquelles s’est engagée cette action de protestation ont suscité hier une vive réaction du Parti des Travailleurs (PT) qui parle de «tournure gravissime».
Le PT, dans une déclaration diffusée sur son compte officiel, a dénoncé en effet ce qui s’apparenterait à un «… coup de force opéré par un groupe d’actionnaires retraités de l’entreprise pour briser la grève des travailleurs et confectionner le journal…». La veille, les journalistes et travailleurs grévistes avaient fait savoir, par voie de presse, qu’un «groupe d’actionnaires-retraités de l’entreprise» avait tenté de «confectionner le journal à la place des journalistes et travailleurs en grève», ce qui contrevient au droit de grève.
Le conflit entre les travailleurs et la direction du quotidien El Watan remonte au début de l’année 2022, avant d’éclater au grand jour en juillet, au moment où les journalistes ont entamé un mouvement de «grève cyclique». Le motif du «conflit» reste, pour rappel, le non-paiement des salaires depuis le mois de mars. En ce sens, le communiqué du PT, signé du Secrétariat du Bureau politique, précise : «Le PT est inconditionnellement du côté des travailleurs et journalistes de la SPA El Watan qui se battent pour leur dignité (…) La solution à ce conflit passe inexorablement par la satisfaction des revendications socioprofessionnelles des travailleurs et journalistes, à commencer par le règlement des salaires impayés». Le même document de parti politique ajoute que la tentative d’entrave du droit de grève décrite par les journalistes grévistes est un comportement qui «déshonore» la profession et qui porte atteinte au sérieux et à la crédibilité du journal, «d’autant plus que ses auteurs sont d’anciens journalistes».
Quant aux motivations derrière cette décision de «grève illimitée», qui intervient après une interruption du mouvement durant le mois d’août, les grévistes expliquent que la Direction du journal n’a pas trouvé de solution à la question du versement des salaires. Pire encore, ils dénoncent des tentatives qui auraient visé à «briser» le mouvement de prostration. L’une des dernières en date, selon la même source, étant des «intimidations» afin que certains journalistes participent à la confection du journal. De son côté, la Direction du journal, qui compterait près de 150 travailleurs, avait expliqué au tout début du mouvement de protestation qu’elle était dans l’incapacité de verser les salaires suite au «blocage» de ses comptes dans le cadre d’un litige avec le Crédit populaire d’Algérie (CPA) et l’administration des impôts.
En ce sens, la situation du journal El Watan apparaît aujourd’hui de plus en plus incertaine, entre une direction qui avait sollicité l’intervention des pouvoirs publics pour l’établissement d’un échéancier de paiement de sa dette, et des travailleurs qui n’écartent pas le recours au «droit de saisir la justice».