Après près d’un mois, une nouvelle monarchie du Golfe vient de rejoindre les Emirats en normalisant ses relations avec Israël. Il s’agit de Bahreïn qui va signer un « accord de paix » avec l’Etat hébreu. La nouvelle a été donnée vendredi 11 septembre par le président américain Donald Trump qui a salué ce rapprochement diplomatique et commercial en déclarant que « c’est une journée véritablement historique! » et qu’« il se passe des choses au Moyen-Orient que personne n’aurait même pu envisager ». Un succès diplomatique pour lui et son administration certes, mais dont on ne sait pas pour l’instant quel effet il aura dans moins de huit semaines sur l’élection présidentielle aux Etats-Unis. Bahreïn a fait savoir dans une déclaration commune qu’il avait accepté de formaliser l’accord avec Israël lors d’une cérémonie prévue mardi à la Maison-Blanche, où les Emirats arabes unis signeront également leur normalisation des relations avec Israël annoncée à la mi-août. Il devient ainsi le quatrième pays arabe à établir des liens diplomatiques avec l’Etat hébreu, après la Jordanie (1994) et l’Egypte (1979).

Synthèse Kahina Terki
La normalisation des relations entre Israël et les alliés des Etats-Unis au Moyen-Orient, y compris les riches monarchies du Golfe, est un objectif clé de la stratégie régionale de M. Trump, qui brigue un second mandat de quatre ans à la tête de la Maison-Blanche, pour contenir l’Iran, ennemi intime de Washington et d’Israël. « Au fur et à mesure que d’autres pays normalisent leurs relations avec Israël, ce qui arrivera, nous en sommes convaincus, assez rapidement, la région deviendra plus stable, plus sûre et plus prospère », a poursuivi le président américain. Au moment où le tweet présidentiel était envoyé, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu faisait la même annonce depuis Jérusalem. « Ce soir, nous parviendrons à un autre accord de paix avec un autre pays arabe, Bahreïn. Cet accord s’ajoute à la paix historique avec les Emirats arabes unis », a-t-il déclaré dans un communiqué. Bahreïn et Israël partagent la même hostilité à l’égard de Téhéran, que Manama accuse d’instrumentaliser la communauté chiite de Bahreïn contre la dynastie sunnite au pouvoir. Pour Khaled al-Khalifa, un conseiller du roi de Bahreïn, cet accord contribue à « la sécurité, la stabilité et la prospérité » de la région. Cette initiative « envoie un message positif et encourageant au peuple d’Israël, qu’une paix juste et globale avec les Palestiniens est la meilleure voie », a-t-il ajouté dans un tweet. Côté palestinien, on crie à la trahison. On rappelle que, lors d’une visite du chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo à Manama fin août, le roi de Bahreïn avait réaffirmé que son pays soutenait la création d’un Etat palestinien. On affirme également que « l’accord entre Bahreïn et Israël est un coup de poignard dans le dos de la cause palestinienne et du peuple palestinien », selon une déclaration à l’AFP d’Ahmad Majdalani, ministre des Affaires sociales de l’Autorité palestinienne. Le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, a dénoncé une « agression » portant un « grave préjudice » à la cause palestinienne. Depuis son arrivée au pouvoir, le président Trump a multiplié les décisions favorables à Israël. Le communiqué commun diffusé par la Maison-Blanche précise que Bahreïn se joindra à la cérémonie de signature prévue mardi à la Maison-Blanche en présence du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Cet accord fera des Emirats et de Bahreïn les troisième et quatrième pays arabes à établir des liens diplomatiques avec l’Etat hébreu, après les traités de paix conclus avec l’Egypte (1979) et la Jordanie (1994).

Colère et refus de l’opposition bahreïnie
En réaction, l’Iran a accusé Bahreïn d’être « complice des crimes » d’Israël après l’accord de normalisation. Téhéran a accusé Manama d’attiser l’instabilité dans la région. « Les dirigeants de Bahreïn seront désormais complices des crimes du régime sioniste, comme une menace constante pour la sécurité de la région et du monde musulman », a affirmé le ministère iranien des Affaires étrangères dans un communiqué. La Turquie a également critiqué l’accord de normalisation, y voyant un nouveau revers pour les Palestiniens. « Ceci est un nouveau coup porté aux efforts pour défendre la cause palestinienne, et qui va renforcer Israël dans ses pratiques illégales envers la Palestine et ses tentatives de rendre permanente l’occupation des territoires palestiniens », a déclaré Ankara dans un communiqué. En revanche, le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, a salué un accord « historique » et une étape importante pour la stabilité et la paix au Moyen-Orient « qui permettra de trouver une solution juste et permanente à la cause palestinienne ». Au Bahreïn, les opposants à l’accord de normalisation avec Israël dénoncent une « trahison ». Sur les réseaux sociaux, les hashtags « Des Bahreïnis contre la normalisation » et « La normalisation est une trahison » sont devenus très populaires dès que le président américain Donald Trump a annoncé un accord entre leur pays et Israël. Contrairement aux Emirats arabes unis, l’opposition à la normalisation est profonde au Bahreïn, dont la société civile est active, malgré la répression ces dix dernières années. L’ancien député Ali Alaswad a écrit sur Twitter que l’annonce d’un accord avec Israël « était un jour noir dans l’histoire de Bahreïn ». Le royaume, petit archipel situé entre les rivaux régionaux que sont l’Arabie saoudite et l’Iran, a été frappé par des troubles en 2011, lorsque les forces de sécurité ont réprimé les manifestations de musulmans chiites réclamant des réformes. Des centaines de citoyens ont depuis été emprisonnés et certains déchus de leur citoyenneté pour ce que le gouvernement considère comme leur implication dans des actes de « terrorisme » liés à l’Iran. Les autorités ont dissous les deux principaux groupes d’opposition, le chiite Al-Wefaq, qui était représenté au Parlement jusqu’en 2011, et la formation laïque de l’Action démocratique nationale, ou Al-Waad, en raison de liens présumés avec des « terroristes ». Le leader d’Al-Wefaq, cheikh Ali Salmane, est derrière les barreaux depuis 2014. « L’accord entre le régime despotique de Bahreïn et le gouvernement d’occupation sioniste est une trahison totale de l’islam et de l’arabisme et une rupture du consensus islamique, arabe et national », a écrit Al-Wefaq sur Twitter. Pour Hussain Aldaihi, son secrétaire général adjoint, « la normalisation confirme ce qui est certain, à savoir que les régimes (qui s’y engagent) constituent une menace pour leurs pays, leurs peuples et la nation et mettant en oeuvre des programmes contraires aux intérêts des peuples arabes et musulmans ».n