«La liberté d’expression est un long apprentissage, c’est un combat de longue haleine. Les libertés s’arrachent, s’arrachent difficilement, rien n’est octroyé», a déclaré, hier, Nourredine Khelassi, conseiller du ministre de la Communication.

Invité de la rédaction de l’émission de la Chaîne III, à l’occasion de la Journée internationale de la presse, il fera remarquer que la liberté de la presse est consacrée par l’article 50 de la Constitution, qui stipule que nul ne peut être emprisonné pour un délit de presse. Ainsi, c’est aux acteurs de la profession de faire en sorte «d’élargir tous les jours, centimètre par centimètre, le champ des libertés». Pour Khelassi, «la liberté de la presse n’a de limite que celle de l’éthique et du droit. Elle suppose la responsabilité, c’est-à-dire le respect du droit et le respect des autres», soulignant que nulle part au monde n’existe un exercice de la liberté d’informer et d’éclairer «en dehors des balises de la loi». «Je ne vois pas pourquoi cet exercice devrait être absolu chez nous», s’est-il interrogé. Khelassi dira que les réformes du secteur ne pourront se faire sans concertation avec les professionnels du métier, «à condition que les acteurs du secteur s’organisent». L’invité rappellera à cet effet certaines lacunes, dont le fait que la presse ne dispose pas d’association de journalistes, d’éditeurs ou de producteurs, ni de syndicats. Concernant la carte de presse, il dira qu’à l’avenir «elle ne sera pas délivrée par une quelconque autorité administrative, la qualité de journalise ne sera reconnue que par ses pairs».
Khelassi, journaliste depuis 1980, estime qu’un «vaste chantier de réformes» a commencé à être entrepris, dont celui relatif à la remise à plat, sinon de l’annulation de la loi sur l’information de 2012. Cela se fera, précise-t-il, en fonction des nouveaux paradigmes d’élargissement des champs de libertés «portés par la nouvelle Constitution». Du respect des principes de liberté et de responsabilité auxquels doit s’astreindre le journaliste dans l’accomplissement de sa mission, Khelassi admet que c’est un exercice universel «difficile partout». Concernant l’actuel champ audiovisuel, il dira que les télévisions «offshores», c’est-à-dire de droit étranger, ont fonctionné dans l’illégalité «parfaite». Ces TV ont fonctionné «en marge de la loi, dans le déni de la loi et, dans le meilleur des cas, en contournant la loi», dira le conseiller du ministre de la Communication.
«Ce sont des télévisions de droit étranger auxquelles on a accordé, et c’est là où réside toute l’absurdité de la chose, une autorisation en qualité de représentation d’un bureau de presse étranger établi en Algérie, avec le plafonnement de la ressource humaine qui ne doit pas dépasser neuf personnes. Or on a laissé s’épanouir des télévisions avec des effectifs qui vont bien au-delà de ce plafond», rappelant que «le pouvoir de l’époque avec ses différents démembrements a cautionné cette situation absolument kafkaïenne». Aujourd’hui, «il s’agit de domicilier le droit partout où il a été absent». En attendant la prochaine loi sur l’audiovisuelle, un texte réglementaire sera soumis prochainement pour permettre une mise en conformité avec la loi algérienne, souligne-t-il. Il tient, cependant, à observer que le ministère de la Communication a mission d’aider les professionnels de la presse à s’organiser pour réformer leur secteur «en profondeur» et en concertation avec eux, à condition, déclare-t-il, qu’ils s’organisent eux-mêmes. Quatorze critères d’éligibilité à la manne publicitaire publique seront incessamment mis en place comme une aide de l’Etat pour que la presse continue à jouer son rôle. «Aujourd’hui, nous sommes dans une phase historique exceptionnelle qui nous oblige à nous réformer», dira-t-il. n