Longtemps attendue, la révision du point indiciaire dans la fonction publique n’a pas eu l’effet escompté et les différents syndicats se sont dit insatisfaits, qualifiant «d’insignifiante» l’augmentation de d’indice minimal de 50 points.

PAR INES DALI
Noureddine Bouderba, militant syndicaliste, expert des questions sociales et du monde du travail, soutient que la nouvelle grille indiciaire, publiée dans le Journal officiel de jeudi dernier, a d’abord déçu «la population concernée, c’est-à-dire les salariés de la fonction publique eux-mêmes».
La population concernée est déçue pour deux raisons, dit-il. «D’abord, le niveau de l’augmentation est insignifiant. Il varie entre 2200 DA pour les basses catégories qui sont au début de leur carrière, à un maximum de 4300 DA». Tout ceci, selon lui, traduit «un niveau d’augmentation insignifiant par rapport à l’érosion du pouvoir d’achat, alors que les fonctionnaires avaient fondé beaucoup d’espoir sur une hausse conséquente. En deuxième lieu, «la désillusion a été beaucoup plus importante car les représentants des travailleurs sont allés chacun de sa propre revendication, parlant de doubler ou tripler le point indiciaire, etc.», selon notre interlocuteur.
Pour lui, la population concernée par l’augmentation du point indiciaire s’attendait à bien plus que ce qu’elle a eu, aussi bien de la part des responsables gouvernementaux que des syndicats eux-mêmes. «La déception des fonctionnaires est d’autant plus grande qu’aussi bien le gouvernement que les syndicats avaient laissé entendre que cette augmentation sera conséquente. Ce qui, malheureusement, n’a pas été le cas», a affirmé M. Bouderba. Ceci devrait servir de leçon à l’avenir afin que ne soient pas répétées les mêmes erreurs. «De mon point de vue, il appartient aux syndicats de donner, à l’avenir, beaucoup plus d’importance à la construction de leurs revendications et à la communication avec les travailleurs qu’ils représentent», a-t-il souligné.
Donnant plus de détails sur la nouvelle grille, il a indiqué que l’augmentation n’a pas consisté en la revalorisation du point indiciaire qui demeure inchangé à 45 DA, mais sur le nombre de points octroyés à chaque poste qui a été augmenté. «Cette hausse n’a pas touché uniquement l’indice minimal, mais a également touché horizontalement tous les indices d’échelons : à chaque fois que le salaire passe à l’échelon supérieur, il engrange d’autres points indiciaires qui serviront au calcul de son salaire de base», a-t-il expliqué, précisant que le gain sur le salaire de base brut varie de 2250 DA à 3600 DA correspondant à l’indice d’échelon 12 quelle que soit la catégorie».
M. Bouderba poursuit en relevant que toutes les catégories n’auront cependant pas le même gain lorsqu’on intègre les primes et indemnités. La raison est que «ces primes et indemnités sont définies par un pourcentage du salaire de base brut qui diffère entre les catégories de travailleurs, avec un minimum de 30 à 33% pour les catégories basses, de 60 à 66% pour les cadres moyens et, enfin, dépassent les 100% pour les postes de cadres supérieurs». Ainsi, au bout du compte, en prenant en considération dans les calculs les primes et indemnités, «le gain en salaire brut est de 2990 DA pour un salaire bas, de 5980 DA pour un salaire de cadre moyen et de 7200 DA pour un salaire de cadre supérieur». Le gain net variera, quant à lui, de «2720 DA pour le plus bas salaire (débutant, indice minimal) à 4390 DA pour un haut salaire classé dans une catégorie supérieure», a détaillé M. Bouderba.
Rappelons que la révision du point indiciaire est le troisième acte du gouvernement tendant à rehausser les salaires. Le premier a été l’exemption de l’IRG de tous les salaires inférieurs à 30000 DA l’été 2020, le deuxième s’est traduit par la réduction de l’IRG à partir de janvier dernier à actuellement la révision du point indiciaire. Pour Nouredine Bouderba, l’Algérie pourrait faire bien mieux, car la situation financière du pays le permet. «L’Etat a beaucoup de moyens et beaucoup de potentialités à faire valoir pour pouvoir rattraper les inégalités et, surtout, faire face à l’érosion du pouvoir d’achat des Algériens», soutient le militant syndicaliste. «L’augmentation du salaire national minimum garanti (SNMG) et de tous les salaires est une urgence nationale», a insisté notre interlocuteur. Dans ce sens, il a évoqué les «40 milliards de dollars de réserves de changes» dont dispose le pays, outre «le baril de pétrole qui est à plus de 100 dollars» et le fait que «l’Algérie est un pays qui n’a pas de dettes». «Tout ceci pour dire que non seulement nous avons des réserves en dollars, mais aussi des matières premières et nous ne sommes pas endettés. Sans compter que nous avons des marchés énormes concernant les recettes fiscales potentielles», d’où «l’Algérie peut donc augmenter les salaires».
Il relève dans ce sens, que les travailleurs du secteur économique public et privé ainsi que les retraités ne bénéficient pas d’augmentation alors qu’ils subissent la même érosion du pouvoir d’achat, ceci au moment où même la révision du point indiciaire pour les fonctionnaires reste sans grand impact, selon leurs affirmations. Rappelant qu’une bonne partie des retraités ont un revenu inférieur à 30000 DA, il revient sur le fait que pour leur part, «ils n’ont bénéficié d’aucun gain ni lorsqu’il s’agissait de l’abattement de l’IRG ni actuellement avec l’augmentation du nombre de points indiciaires». Il insiste, encore une fois, sur «la hausse du salaire minimum, de tous les salaires du tissu économique et des retraites qui est une urgence nationale». C’est de la sorte que nous pourrons maintenir «la cohésion nationale et sociale», a conclu le spécialiste des questions sociales et du monde du travail. <