L’embargo américain sur le pétrole russe n’a pas eu d’effet. Les prix du pétrole sont restés fermes, hier, en dépit d’un léger recul, 128, 129 dollars le baril.

Par Khaled Remouche
Les prix du pétrole ont paradoxalement baissé, hier, ne subissant donc pas l’effet de la décision de Washington de décréter un embargo américain sur le pétrole russe. Le baril Brent de mer du Nord était coté hier à 128,129 dollars, soit en baisse d’environ un dollar par rapport aux cours de lundi dernier. Ils avaient atteint la barre des 130 dollars, un niveau jamais atteint depuis 2007.
Pour Noureddine Leghliel, spécialiste pétrolier, l’embargo américain n’aura d’effet sur les cours pétroliers que si l’Union Européenne s’aligne sur la position américaine. Or, selon cet expert, la quasi-totalité des membres de l’UE sont contre, comme l’Allemagne, qui est fortement dépendante du pétrole et du gaz russes. Autre raison qui explique que cet embargo n’a pas eu d’effet sur les prix du pétrole, les Etats-Unis, sur des importations de brut d’environ 7 millions de barils/jour, n’achètent de Russie que 400 000 barils/jour de pétrole brut. Les Etats-Unis ont diversifié leur approvisionnement en brut. «Le Canada, l’Arabie Saoudite et le Venezuela sont ses principaux clients», ajoute Noureddine Leghliel. Un autre spécialiste européen observe que les Etats-Unis produisent 11,5 millions de barils de pétrole actuellement contre 13 millions de barils/jour avant la crise sanitaire. Les Etats-Unis, selon lui, peuvent pousser la production de pétrole brut jusqu’à ce dernier niveau. Ce qui veut dire que les Etats-Unis ne sont nullement dépendants du pétrole russe. Ils peuvent s’approvisionner auprès d’autres clients. En revanche, Nouredddine Leghliel estime que si l’UE suit les Etats-Unis en décrétant à son tour l’embargo sur le pétrole russe, les prix du pétrole pourraient atteindre la barre des 150 dollars le baril.

Le baril algérien entre 95 et 100 dollars le premier trimestre si la guerre se poursuit
L’expert estime un prix moyen du baril algérien entre 95 et 100 dollars le premier trimestre si la guerre se poursuit d’ici fin mars, le conflit a été déclenché le 24 février dernier. Le spécialiste explique pourquoi certains experts se sont trompés en pronostiquant une moyenne de prix du baril à 90 dollars sur le court terme. «On a assisté à un évènement rare que personne n’avait prévu. Les marchés pétroliers n’ont pas prévu cette guerre. Ils se sont rués sur les positions court terme pour corriger le tir. Comme lors des guerres de l’Irak, le marché a sur-réagi. Mais les marchés pétroliers lors de l’invasion du Koweït par Sadam Hussein, en août 1990, étaient mis au courant. La flambée des prix du pétrole s’est produite avant cette guerre. Il y a donc un effet surprise, le déclenchement de la guerre Russie-Ukraine que personne n’avait prévu.
En somme, les cours du pétrole flambent en cas de facteur géopolitique rare : guerre… Concernant l’impact de la poursuite d’une telle guerre sur l’économie nationale, les entrées en devises seront à l’évidence en hausse par rapport au premier trimestre 2021. Ce qui veut dire que la fiscalité pétrolière sera plus importante le premier trimestre. Quitte à le rappeler, le premier semestre, les entrées en devises seront probablement plus importantes que le premier trimestre 2021, puisque le pétrole qui est vendu sur le marché international porte sur des contrats de mai prochain. Les dépôts de Sonatrach à la BEA seront, rappelons-le, plus importants, ce qui pourrait augmenter la liquidité bancaire et donc donner plus de moyens financiers à la relance économique. Le Fonds de régulation des recettes, le premier trimestre 2022, sera alimenté au regard de l’écart entre la moyenne des prix du pétrole, le premier trimestre, et le prix de référence de 37 dollars le baril. La question reste de savoir combien de temps durera cette guerre et si la tendance haussière se poursuivra durant le restant de l’année en cours.
Pour Noureddine Legheliel, si la paix est de retour en Ukraine, les prix du pétrole pourraient plonger de 15% à 20%. Morale de l’histoire : l’Algérie reste braquée sur l’évolution des prix du pétrole. Il est donc plus qu’urgent d’accélérer la diversification de l’économie nationale.