Par Khaled Remouche
Les pays exportateurs de pétrole et de gaz comme l’Algérie, l’Arabie Saoudite, le Qatar, l’Irak, le Koweït et l’Iran seront les grands gagnants de la guerre Russie-Ukraine, pronostique Noureddine Legheliel, spécialiste pétrolier, ancien analyste financier à la banque suédoise Carnegie. Au déclenchement de la guerre, on a assisté à une action du marché pétrolier. Le Brent, mercredi dernier, a atteint son plus haut niveau depuis sept ans. Il était coté à 105 dollars le baril pour le contrat d’avril, 102 dollars pour le contrat de mai. Vendredi dernier, au troisième jour de l’offensive russe, il était à plus de 94 dollars pour le contrat de mai. C’est une hausse à court terme et ne tient pas sur le long terme. Les prix du pétrole vont revenir au niveau des 90 dollars. Pour l’expert pétrolier, la moyenne sur l’année des prix du baril de brut ne dépassera pas les 100 dollars en 2022. Elle se situera entre 87 dollars et 93 dollars.
Cela pourrait s’expliquer politiquement : la Guerre Russie-Ukraine est, selon lui, une Brixt Krig en allemand, c’est-à-dire une guerre éclair. Elle ne durera pas. L’objectif principal de la Russie est, ajoute-t-il, de forcer les dirigeants ukrainiens à la négociation. Mais l’expert souligne qu’il ne peut analyser l’impact de cette guerre que sur le plan économique. Principal argument : les marchés financiers internationaux n’ont pas réagi. S’il y avait le risque d’une troisième guerre mondiale, le Nasdaq, le marché américain des valeurs électroniques, subirait une chute de 20%. Mercredi, toutes les Bourses du monde ont baissé. Mais le lendemain, Wall Street a connu une hausse. Vendredi, Wall Street a clôturé à + 2%.
Y aura-t-il une pénurie de blé, impact de la guerre, la Russie et l’Ukraine étant de gros exportateurs de blé ? Une situation qui pourrait inquiéter l’Algérie, gros importateur de céréales. Dans sa réponse à cette question, Noureddine Legheliel s’appuie sur des graphiques retraçant l’évolution des cours du blé sur les marchés au cours de ces trois premiers jours de la guerre Russie-Ukraine. « S’il y a un risque de pénurie de blé, les prix auraient explosé», avance-t-il. Le jour du déclenchement des hostilités, le prix du blé a augmenté de + 5%. Mais le lendemain, sur le marché de Chicago, il a baissé de – 2%. Cela veut dire que selon les prévisions actuelles de ces marchés boursiers, la guerre n’aura pas de répercussions sur les prix du blé.
Revenons aux prix des hydrocarbures. Les prix du gaz ont augmenté, conséquence de la guerre. Mais l’Algérie profitera-t-elle pleinement de cette hausse des prix ? Noureddine Legheliel ne le pense pas, les prix du gaz algérien ne sont pas des prix spot. La seule possibilité pour profiter pleinement de cette flambée des prix du gaz est d’exporter davantage de GNL. Mais la question est de savoir si l’Algérie a des capacités ou des volumes supplémentaires de GNL à exporter. Ce qui veut dire une augmentation de la production des complexes de liquéfaction de GNL. L’Algérie va cependant profiter de la hausse des prix du pétrole. Les prix du pétrole en 2022 ne vont pas descendre sous la barre des 70 dollars ; ils vont se situer en moyenne entre 80 et 90 dollars le baril, insiste Noureddine Legheliel. <