Dans cet entretien, l’expert financier souligne que plusieurs pays de l’OCDE prévoient une récession de l’économie. Mais la question est de savoir si cette récession mondiale sera temporaire ou durable. 

Reporters : Comment analysez-vous cette chute très brutale des prix du pétrole ?
Noureddine Legheliel : Le Coronavirus, l’effondrement des bourses, cette guerre des prix du pétrole engagée par l’Arabie Saoudite et la Russie sont les causes de ces chutes verticales (fortes). Ajoutez à cela le nouveau modèle de trading introduit sur les marchés pétroliers internationaux, mené par des supers ordinateurs guidés par une intelligence artificielle. Ces ordinateurs sont pour la plupart du temps des suiveurs de tendance. Ce qui en résulte des baisses verticales ou des hausses euphoriques (importantes). Mais il y a eu un renversement de tendance qui s’est opéré jeudi 19 mars, les cours sont orientés vers la hausse dorénavant. 

Pensez-vous que la chute des prix du pétrole va se poursuivre au cours du second semestre, voire d’ici à la fin de l’année ?
Non, je ne pense pas. Le pire est derrière nous. 
Quel est, selon vous, l’avenir de l’alliance Opep-non Opep destinée à stabiliser les cours du brut ?
La Russie comme l’Arabie Saoudite ont subi des désastres suite à la guerre des prix qu’ils ont eux-mêmes déclenché. Je pense que les intérêts communs des uns et des autres ramèneront ces deux pays à la table des négociations. 
 
Le krach boursier, effet du coronavirus, est-il un signe avant-coureur d’une récession économique mondiale ? 
 Plusieurs pays de l’OCDE ont revu à la baisse leur PIB pour l’année 2020. Mais est-ce que cette future récession économique sera durable ou temporaire ? Il est encore trop tôt pour répondre à cette question. 
 
En cas de poursuite de cette tendance baissière, que préconisez-vous pour faire face aux répercussions de ce choc pétrolier sur l’économie nationale ? 
Comme je l’ai dit précédemment, je ne pense pas que cette tendance baissière continue.
Mais cela dit, un prix du baril de 30 à 40 dollars n’arrange pas l’économie algérienne. Je pense qu’il est temps de penser à un grand plan de rationalisation des dépenses, une politique fiscale, une relance du marché financier (boursier) et supprimer quelques subventions qui profitent aux gens aisés. 

 Le secteur des hydrocarbures connaît des difficultés de gouvernance. Comment voyez-vous les meilleures voies pour améliorer la gestion de la compagnie pétrolière nationale ? 
 Pour la Sonatrach, il faut compter sur la compétence des Algériens résidant en Algérie et à l’étranger, créer un fonds pour rapatrier en Algérie les cadres de Sonatrach qui sont partis travailler à l’étranger dans les compagnies étrangères.  Je suggère une large autonomie pour le ministre de l’Energie et le PDG de Sonatrach et de s’attaquer aux résultats hors exploitation de Sonatrach qui affichent des chiffres rouges depuis 2007. Je préconise également la création d’un bureau de trading de pétrole et de ses produits dérivés ainsi que du gaz naturel. Le rapport financier de Sonatrach devrait être, en outre, analysé et certifié par des analystes financiers réputés et non par des comptables. 
 
Pensez-que vous que la nouvelle loi sur les hydrocarbures soit attractive pour les investisseurs étrangers ?
Oui, cette loi est intéressante pour les investisseurs étrangers à condition que ces étrangers ne subissent pas le diktat de l’administration algérienne. Cette administration est un handicap pour le développement économique du pays. 

 L’Algérie doit-elle exploiter ses richesses gazières non conventionnelles ?
Contrairement à la France, les gisements de gaz de schiste en Algérie se trouvent dans des endroits désertiques, ce qui réduit potentiellement le risque écologique. Il convient de signaler sur ce point que l’inconvénient réside dans les frais d’exploration et d’exploitation de ce gaz de schiste qui sont élevés aujourd’hui. Ce qui pose le problème de rentabilité de son exploitation. Il faut donc attendre une remontée des cours du gaz naturel sur les marchés internationaux. Il convient d’ajouter que cette richesse naturelle qui classe l’Algérie troisième dans le monde pour son importance, il faudra bien l’exploiter un jour.n