La tendance haussière des cours du brut a de fortes probabilités pour qu’elle se poursuive l’an prochain. Cette prévision optimiste est confortée par la perspective d’une augmentation des exportations d’hydrocarbures de l’Algérie qui pourraient atténuer les graves difficultés financières du pays.
La tendance à la hausse des prix du pétrole se poursuit. Les prix du baril de pétrole Brent étaient cotés vendredi dernier à 51 dollars. Nourredine Legheliel, spécialiste pétrolier, contacté par Reporters, estime que cette tendance haussière des prix du pétrole va se poursuivre en 2021. «La tendance haussière avait commencé lorsque les prix du pétrole Brent avaient atteint 34 dollars après avoir grimpé à 45 dollars. Puis, il s’est opéré un renversement de tendance avec le retour de l’optimisme sur les marchés pétroliers. Cette tendance haussière a continué son chemin vers les 51 dollars. Il y a de grandes chances qu’elle continue durant les deux premiers trimestres de 2021. «L’expert cite les causes de ce cycle haussier des cours du brut : «La première cause de cette poursuite de la tendance haussière est que la reprise économique a déjà été intégrée par les marchés financiers (marché des actions). Il existe une corrélation positive actuellement entre le marché des actions et le marché pétrolier avec un décalage de quelques mois donnant une marge de manœuvre au prix du baril d’atteindre les 60 dollars. Il est à mentionner que les indices des Bourses américaines ont battu des records historiques (All Time High ou pic historique). Le deuxième facteur est la baisse des cours du dollar américain. Il existe une corrélation négative à 67 % entre le cours du dollar américain et les cours du pétrole. Cette baisse du dollar américain explique la hausse des prix du pétrole. Le troisième facteur est la cohésion et la fermeté des membres de l’Opep et non Opep. Le silence observé par les membres des pays Opep et non Opep à l’issue de la réunion récente Opep+ est, selon la psychologie des marchés, un facteur positif pour le prix car des déclarations fracassantes des ministres auraient déclenché une incertitude sur le marché avec comme résultat une prise massive de bénéfices et, par conséquent, une baisse des prix. La hausse modérée de la production pétrolière des pays Opep et non Opep, 500 000 barils seulement, qui s’est produite sur une tendance haussière des prix était du coup ignorée par les acteurs du marché.
Concernant Sonatrach, ajoute Noureddine Legheliel, la baisse de son chiffre d’affaires prévisible de 33% en 2020 est en ligne avec les résultats des autres compagnies internationales, notamment les cinq majors Exxon Mobil, Chevron, Shell, Total et BP. «Cette dernière a accusé une perte de 16,7 milliards de dollars au deuxième trimestre 2021», a-t-il ajouté. Il faut rappeler que le PDG de Sonatrach Toufik Hakkar avait récemment déclaré que les recettes hydrocarbures de Sonatrach se chiffreraient à 20 milliards de dollars en 2020 contre 31 milliards de dollars en 2019, soit en deçà des prévisions initiales, 23 à 25 milliards de dollars.
Dans un entretien accordé à l’agence américaine Bloomberg, Abdelmadjid Attar, ministre de l’Energie, après avoir estimé la chute des recettes de Sonatrach autour de 10 milliards de dollars en 2020, conforte cet optimisme : «Pour l’année 2021, une production d’hydrocarbures de près de 188 millions de TEP (tonne équivalent pétrole) et un niveau d’exportations de l’ordre de 92 millions de TEP. Les exportations d’hydrocarbures seront en hausse de 12% par rapport aux volumes exportés en 2020, a-t-il souligné. Il a précisé que 30 millions de tonnes de pétrole seront exportés en 2021 après satisfaction des besoins domestiques (quota Opep de l’Algérie 912 000 barils/jour), soit un tiers des exportations globales de Sonatrach. Concernant les exportations de gaz, elles se situeront à 51 milliards de milliards de mètres cubes l’an prochain dont 37 milliards seront vendus via les gazoducs et 14 milliards de mètres cubes sous forme de GNL. Sonatrach s’attend l’an prochain, a-t-il ajouté, à la mise en service de projets gaziers en cours de réalisation qui permettront d’exporter 10 milliards de mètres cubes de gaz supplémentaires. Le ministre de l’Energie a relevé dans la foulée que des prix du pétrole entre 45 et 55 dollars sont acceptables pour l’Algérie.
Toutes ces prévisions optimistes ne doivent pas faire oublier qu’il faut un prix du baril entre 90 et 100 dollars selon les institutions financières internationales pour parvenir à équilibrer le budget de l’Etat. Ce qui veut dire qu’avec cette tendance haussière des prix du pétrole et ce niveau d’exportation en hausse, si tout se passe bien, augurent une atténuation des graves difficultés financières du pays. Sans doute modestement. Tant que les processus de diversification de l’économie et de rationalisation des finances publiques progressent à un rythme très en deçà des attentes. <