La réunion gouvernement-patronat et partenaire social dédiée au plan de la relance socio-économique a débuté hier à Alger, mais sans la participation de syndicats autonomes qui n’ont pas été conviés à ce rendez-vous.
De l’avis de Nourredine Bouderba, syndicaliste et consultant en questions sociales et observateur du monde de travail, la relation qui lie l’exécutif aux syndicats autonomes n’a pas changé : «Elle est restée la même depuis que le pluralisme syndical est instauré, faisant que ces syndicats autonomes, censés être un partenaire social, demeurent exclus d’un rendez-vous qui intéresse la masse des travailleurs», estime M. Bouderba.
Cependant, poursuit M. Bouderba, cette exclusion ne devrait pas empêcher les organisations syndicales de se rendre au lieu où se déroule la réunion de la tripartite pour soumettre leurs propositions.
«Bien qu’ils ne soient pas invités, les syndicats autonomes devraient soumettre leurs propositions aux décideurs», explique M. Bouderba.
A ses yeux, les syndicats autonomes ont le droit de prendre part à cet événement, car ils s’imposent comme un «interlocuteur incontournable du dialogue social», dit Nouredine Bouderba.
«Contrairement à la centrale syndicale, les syndicats autonomes ont gagné en puissance revendicative et en capacité de mobilisation. Donc, ils devaient être autorisés à prendre part aux négociations avec le gouvernement», ajoute notre interlocuteur.
Ce dernier est convaincu que nombre de dossiers, y compris ceux liés à l’impact négatif de la crise sanitaire et qui continue de se faire ressentir dans tous les secteurs d’activité et dans l’ensemble du marché du travail, implique «l’association» et l’implication des organisations syndicales autonomes dans la prise de décision.
En cette période de confinement qui a perduré pendant plusieurs mois, des travailleurs se sont retrouvés sans ressources, d’autres ont subi un retard dans le versement des salaires, tandis que d’autres se sont retrouvés au chômage technique, énumère M. Bouderba.
«C’est aux syndicats autonomes jouissant d’une large représentativité dans tous les secteurs de soulever ces problématiques et de les accompagner de propositions que seules les organisations syndicales peuvent formuler et mettre sur la table du gouvernement», estime le spécialiste des questions sociales.
Il serait judicieux que ces syndicats proposent la création d’un Fonds d’aide aux travailleurs et entreprises fortement impactées par la crise économique amplifiée par la pandémie.
La centrale syndicale a, de son côté, prouvé son incapacité à représenter et mobiliser les travailleurs, a-t-il asséné.
«L’UGTA est absente sur le terrain et elle ne peut à elle seule traduire les préoccupations des travailleurs», relève Nourredine Bouderba, qui estime qu’il y a des dossiers qui ne peuvent être résolus que dans le «cadre d’un dialogue social inclusif», associant les syndicats autonomes et constituant ainsi une rupture avec l’ancien système. Les participants à cette rencontre, la première sous le règne d’Abdelmadjid Tebboune, ont tenté d’apporter les réponses idoines à la situation économique nationale fragilisée par la chute des prix du pétrole et par les méfaits de la crise sanitaire.
Il y a lieu de noter que la Confédération des syndicats algériens (CSA) a dénoncé hier son exclusion de la réunion entre le gouvernement et les partenaires socio-économiques et a exprimé «sa solidarité» avec les travailleurs «impactés» négativement par la crise sanitaire liée au coronavirus. La Confédération des syndicats algériens a également appelé à la création d’un «Observatoire national du pouvoir d’achat et de l’indice de la cherté de la vie», comme elle juge «urgent» dans ce contexte de réviser la politique salariale nationale afin de garantir un équilibre du pouvoir d’achat et de préserver la dignité des salariés.<