«Avec la permission de Gandhi» est le troisième roman de la série «Sam Wyndham», de l’écrivain indien Abir Mukherjee, dans laquelle le capitaine Wyndham continue de lutter contre son addiction à l’opium, alors qu’il enquête sur deux meurtres, tous deux impliquant des corps mutilés de la même manière.

Par Rouchdi BERRAHMA
Malheureusement pour lui, Wyndham est face à un problème, l’un des corps est découvert dans une fumerie d’opium qu’il a visitée la nuit précédente. Dans ce troisième roman, l’Inde est sur le fil du rasoir. Nous sommes en 1921. Les stratégies britanniques pour contenir le mouvement de masse pour l’indépendance échouent et Mahatma Gandhi a réussi à faire participer les Indiens pour protester dans des manifestations non violentes à travers le pays. A leur plus grande consternation, Gandhi a coopté les musulmans dans la lutte, détruisant les plans britanniques habituels de diviser pour régner en Inde, les Britanniques sont déjoués à chaque tournant et ils ne gèrent pas bien cela. Leur pouvoir est affaibli avec les démissions massives qui ont surgi après avoir été réclamées par les dirigeants indépendantistes, exerçant une pression supplémentaire sur le Raj. Le déplacement du siège du pouvoir de Calcutta à Delhi n’a pas empêché la poursuite des soulèvements au Bengale. Bien sûr, il n’y a pas de meilleur moment pour assassiner qu’au milieu de l’agitation politique, et ce roman s’ouvre avec le capitaine Wyndham, membre de la police de Calcutta, réveillé d’une stupeur dans une fumerie d’opium miteuse, trébuchant sur un cadavre rituellement mutilé. Au moment où Wyndham échappe à ses collègues, se dessoûle et revient sur les lieux, le corps a disparu. Un autre cadavre prend rapidement sa place. Cette fois, une femme autochtone, d’origine portugaise, qui travaille comme infirmière dans une base militaire locale, a été tuée. Fait alarmant, ses blessures correspondent à celles du corps dans la fumerie d’opium. Pendant ce temps, Calcutta est devenue un point d’éclair pour le mouvement indépendantiste indien. Chitta Ranjan Das, l’un des principaux lieutenants de Gandhi, prévoit une manifestation massive qui coïncide avec une visite du prince de Galles, le jour de Noël. Les supérieurs de Wyndham veulent que lui et son partenaire, le sergent Banerjee, gardent Das et s’assurent qu’il n’attise pas davantage les tensions. Comme les deux policiers l’apprennent bientôt, les plans de Das et les meurtres bizarres ont déclenché des événements qui pourraient renverser la domination britannique et étouffer le mouvement indépendantiste.
«Avec la permission de Gandhi» est un mystère historique phénoménal. Raconté sur une période de quatre jours, le récit évolue rapidement, mais les deux protagonistes ont amplement le temps de développer leur personnage. Alors que Sam lutte pour garder secrète sa dépendance à l’opium, Banerjee doit gérer des relations familiales difficiles. Mukherjee équilibre habilement la mise à l’épreuve de ses personnages tout en écrivant un bon mystère déchirant. «Avec la permission de Gandhi» confirme Abir Mukherjee comme l’un des nouveaux auteurs passionnants de romans policiers historiques d’aujourd’hui.
L’auteur fait revivre le passé de l’Inde avec une vivacité surprenante et jette un éclairage nouveau sur une ville unique façonnée par l’influence concurrente des cultures britannique et indienne. Mukherjee fournit des descriptions riches avec son attention habituelle aux détails de la période coloniale en Inde. Cependant, il prend quelques libertés avec les événements aux fins de sa narration. «Avec la permission de Gandhi» est une lecture incontournable, évocatrice et sombrement drôle pour ceux qui aiment la fiction historique bien écrite et captivante et ceux qui s’intéressent à l’Inde de cette période avec toutes ses turbulences politiques. Un roman passionnant et étonnamment touchant avec des personnages intrigants mais imparfaits, des mystères intelligents et une histoire bien documentée. Je ne peux pas imaginer comment Abir Mukherjee surpassera ce troisième opus, mais j’ai hâte de voir ce qu’il propose dans les prochains.

Résumé de l’éditeur
Décembre 1921, le Raj tremble. Un certain Gandhi prône la désobéissance civile et des foules de manifestants pacifiques mais déterminés s’apprêtent à envahir les rues de Calcutta. Comment éviter que l’élégant prince de Galles, en visite officielle, ne soit témoin de la révolte qui gronde ? C’est à cette situation inédite que la police impériale est appelée à se mesurer alors que dans la région des meurtres inexplicables se multiplient. Le capitaine Wyndham et le sergent Banerjee n’ont pas peur de se battre sur plusieurs fronts, mais pour Wyndham s’ajoute une lutte serrée contre une addiction à l’opium de plus en plus envahissante.
Tandis que Banerjee se donne un mal de chien pour concilier l’inconciliable, sa sympathie pour les courants indépendantistes et son appartenance à la police du colonisateur honni. Malgré leur pugnacité, l’issue de tous ces combats est loin d’être acquise. <

Abir Mukherjee, né dans une famille d’immigrés indiens, a grandi dans l’ouest de l’Ecosse. Il a choisi de situer sa série policière durant les années 1920, moment où l’emprise britannique sur l’Inde commence à être mise en discussion. Après «L’Attaque du Calcutta-Darjeeling» (Prix Le Point du polar européen 2020) et «Les Princes de Sambalpur», «Avec la permission
de Gandhi» (janvier 2022) est le
troisième titre de cette série au succès grandissant.