L’aggravation du chômage et déficit de la balance des services sont passés sous silence. La majorité des opérateurs se plaignent encore d’un climat des affaires délétère et d’une administration guère à l’écoute de l’entreprise.

Par Khaled Remouche
La dernière note de conjoncture du ministère des Finances, qui affiche une amélioration de la situation économique et financière, l’année en cours ne représente-t-elle que la face émergée de l’iceberg ? Rebond de l’activité économique en Algérie qui autorise une prévision de croissance de 4,2% en 2021, tirée par les hydrocarbures (croissance de 10,1%) et du secteur de la construction (3,2%)° et des services (3,6%) manifestée par un solde positif de la balance des paiements en mai, une croissance de 32,7% des exportations hydrocarbures et 81,71% des exportations hors hydrocarbures, une baisse de 68% du déficit de la balance commerciale (-1,3 milliards de dollars), un recul des importations. Tout cela au cours des cinq premiers mois de 2021. Autant d’indicateurs qui montrent une indéniable amélioration de la situation financière du pays à la faveur de la bonne tenue des prix du pétrole au cours de cette période. Mais ce que ne montrent pas ce tableau optimiste de la conjoncture actuelle, ce sont les clignotants qui traduisent l’extrême vulnérabilité de l’économie nationale, telle que le déficit de la balance des paiements, le flux des IDE. Ce sont aussi les indicateurs qui affichent une situation sociale préoccupante qui sont occultés, aggravation du taux de chômage, nombre d’entreprises qui ont mis la clé sous le paillasson en raison des effets de la crise sanitaire. L’autre face négative de cette situation économique occultée est bel et bien le déficit de la balance des services qui plombe le déficit du compte courant, l’aggravation de l’endettement intérieur sous l’effet des énormes déficits du budget affichés par la loi de finances et la loi de finances complémentaire insuffisamment financé par les ressources du Trésor. Ce qu’il convient de noter également c’est que les 4% de croissance espérés sont insuffisants pour inverser la tendance en matière d’emploi. Il faudrait minimum 7%. Ce taux de croissance n’est aussi élevé également qu’en raison en partie de la forte contraction de l’économie nationale en 2020 en raison de la crise sanitaire.
La question est de savoir si le niveau d’activité en 2021 rejoindra celui d’avant la crise sanitaire, voire celui de l’avant-Hirak, c’est-à-dire de 2018. ll ne faut pas oublier que l’amélioration de la situation financière est due en partie aux restrictions à l’importation dont les effets sont le reflux des secteurs électronique-électroménager et automobile. Le retard dans l’octroi des agréments à l’importation de véhicules favorise une réduction de la facture des importations, relève un économiste. Si on considère qu’il faut en moyenne cinq mois entre l’octroi de l’agrément, la domiciliation bancaire, la commande des véhicules, la prise en charge de la commande par la chaîne de production à l’étranger, l’embarquement du véhicule et sa réception, il se pourrait que le premier véhicule importé soit livré en novembre, voire le premier trimestre 2022, soit un facteur de contraction de la facture importations en 2021 à ne pas négliger. Quel serait alors le déficit commercial en mode économique ouvert ?
Manque de suivi de la politique de substitution aux importations
L’autre facteur de consistance ou non du rebond de l’économie nationale est le climat des affaires. La majorité des opérateurs se plaignent de l’environnement des affaires, en particulier de la bureaucratie et de la faible écoute de l’administration aux préoccupations des entrepreneurs. Le président du patronat CAPC, Sami Agli, ira jusqu’à demander la sanction des fonctionnaires qui bloquent les projets d’investissements. Surmonter la fragilité de l’économie nationale représentée par le déficit récurrent de la balance commerciale suppose aussi une véritable politique de substitution aux importations. Si la volonté de mettre en oeuvre cette politique est affichée au plan du discours, sur le terrain, les projets qui entrent dans le cadre de cette politique souffrent d’un manque de suivi reportant leur lancement ou l’accélération des travaux de réalisation ou d’achèvement du projet. Tel est le cas des investissements dans la production d’aciers plats notamment par le complexe d’El Hadjar, de la trituration des graines oléagineuses, de la sous-traitance, notamment mécanique ou automobile, de la pétrochimie.
Un économiste ayant requis l’anonymat a, pour montrer l’importance de cette politique, proposé ce remède : «J’irai jusqu’à instituer zéro impôt pour tous les opérateurs qui investissent ou qui produisent des biens en substitution des importations et dont la balance devises est excédentaire !»