« Nous fixons un objectif de zéro émission nette d’ici 2050 au plus tard pour toutes les entreprises », a déclaré hier dans un communiqué Carine Smith Ihenacho, directrice de la gouvernance et de la conformité du fonds souverain de la Norvège, en présentant le nouveau plan climatique de l’énorme bas de laine.

Synthèse Kahina Sidhoum
« Nous nous impliquerons auprès des entreprises pour atteindre cet objectif en fixant des objectifs préliminaires crédibles et en mettant en place des plans pour réduire leurs émissions directes et indirectes de gaz à effet de serre », a-t-elle ajouté dans ce communiqué. Le plus gros fonds souverain de la planète va ainsi exiger des 9.000 entreprises dans lesquelles il a investi dans le monde qu’elles parviennent à zéro émission nette de carbone d’ici à 2050. Une annonce qui intervient au moment où les Nations unies tiennent leur assemblée générale annuelle, moment propice pour les alertes contre les atteintes au climat et à l’environnement. Elle arrive à quelques semaines également du sommet mondial sur le Climat prévu en Egypte en novembre prochain. Selon les experts de l’ONU sur le climat (Giec), atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 est une condition sine qua non de la limitation du réchauffement climatique à 1,5°C conformément aux objectifs de l’Accord de Paris. Alimenté paradoxalement par les revenus pétroliers de l’Etat norvégien, le fonds souverain norvégien, qui pèse aujourd’hui plus de 12.000 milliards de couronnes (près de 1.200 milliards d’euros), est présent au capital de plus de 9.000 entreprises dans 70 pays. A ce jour, seules 10% d’entre elles environ se sont fixé un objectif de neutralité carbone. Le fonds ambitionne désormais de les accompagner afin qu’elles se dotent d’un plan climatique: il entretiendra un dialogue avec elles, usera de son droit de vote aux assemblées générales et, « en ultime recours », se désengagera de leur capital, a expliqué sa directrice de la gouvernance et de la conformité, Mme Ihenacho, lors d’une conférence de presse hier. Le fonds est régi par des règles éthiques qui lui interdisent notamment d’investir dans les sociétés coupables de dégâts environnementaux ou climatiques graves et dans le charbon, mais il peut aussi de sa propre initiative exclure les « cancres » en la matière sur des critères purement financiers. « La durabilité est une condition pour de bons rendement à l’avenir », a noté Øystein Børsum, le vice-gouverneur de la Banque de Norvège qui chapeaute le fonds. Pour l’heure, celui-ci est sorti du capital de quatre entreprises dont les émissions de gaz à effet de serre, responsables du changement climatique, étaient jugées excessives. Outre l’équivalent de 1,3% de la capitalisation boursière mondiale, le fonds norvégien est investi dans des placements obligataires, dans l’immobilier et dans des projets d’énergies renouvelables non cotés. En dévoilant ce nouveau plan d’action climatique, il se conforme à une décision du Parlement norvégien qui avait fixé plus tôt cette année cet objectif de zéro émission nette d’ici à 2050.
Au premier semestre, le fonds a perdu 1.680 milliards de couronnes à cause, en particulier, des turbulences boursières. Le seul secteur ayant dégagé un rendement positif a été celui de l’énergie, qui inclut les compagnies pétro-gazières et qui a bénéficié de la flambée des cours dans le sillage de la guerre en Ukraine. n