La normalisation des relations entre Israël et le Soudan est un «formidable revirement» s’est félicité vendredi soir le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, tandis que les Palestiniens dénonçaient un nouveau «péché politique». Après des semaines de tractations en coulisses, qui se sont accélérées mercredi avec la visite secrète d’une délégation israélienne à Khartoum, le président américain Donald Trump a annoncé vendredi soir un accord de normalisation entre Israël et le Soudan. «Quel formidable revirement! Aujourd’hui Khartoum dit oui à la paix avec Israël, oui à la reconnaissance d’Israël et à la normalisation avec Israël», a réagi M. Netanyahu dans une déclaration en hébreu transmise par ses services à l’AFP. «Des délégations du Soudan et d’Israël se réuniront bientôt pour discuter de la coopération dans de nombreux domaines, notamment l’agriculture, le commerce et d’autres domaines importants», a ajouté M. Netanyahu qui a remercié les dirigeants soudanais et le président Trump pour ce nouvel accord de normalisation. Le Soudan devient le troisième pays arabe à annoncer depuis août la normalisation de ses relations avec Israël, après les Emirats arabes unis et Bahreïn, s’est félicité M. Netanyahu qui avait rencontré en début d’année en Ouganda le général Abdel Fattah al-Burhane, chef du Conseil souverain soudanais. Mais cette rencontre avait été mal reçue par une partie de l’opinion publique au Soudan, pays dirigé par une autorité de transition, où civils et militaires se sont partagés le pouvoir après la chute du régime islamiste d’Omar el-Béchir, au pouvoir de 1989 à 2019. Ce gouvernement de transition est confronté à de graves difficultés économiques avec une forte dépréciation de la livre soudanaise, d’où les appels de Khartoum au retrait du pays de la liste américaine des Etats soutenant le terrorisme, considérée comme une entrave aux investissements en sol soudanais. Or, en début de semaine, et c’est ce qui avait accéléré les évènements, les Etats-Unis avaient annoncé un accord dans lequel le Soudan serait retiré de cette liste en échange du paiement de 335 millions de dollars en indemnités à des victimes américains du terrorisme. Le Soudan, naguère paria de la communauté internationale pour avoir accueilli l’ex-chef d’Al-Qaïda Oussama Ben Laden dans les années 1990, avait été condamné par le passé à verser de telles indemnisations par la justice américaine. Cette normalisation des relations entre Israël et le Soudan est particulièrement symbolique au Moyen-Orient. Après la guerre des Six-Jours, qui a vu en 1967 Israël s’emparer notamment de la Cisjordanie, de Jérusalem-Est et de Gaza, la majeure partie des dirigeants arabes s’était réunie au Soudan pour adopter la résolution de Khartoum connue pour ses «trois non»: non à la paix avec Israël, non à la reconnaissance d’Israël, non aux négociations avec l’Etat hébreu.
«Douloureux»
Et sous le régime Béchir, le Soudan avait été l’un des soutiens du mouvement islamiste palestinien Hamas, dont les leaders se rendaient à l’occasion à Khartoum. Le Soudan était d’ailleurs accusé par Israël de laisser transiter sur son sol des armes venues par bateau d’Iran et acheminées par la suite jusque dans la bande de Gaza, enclave palestinienne contrôlée par le Hamas. La normalisation des relations Soudan-Israël est «un péché politique qui nuit au peuple palestinien et à leur juste cause, nuit aussi à l’intérêt national du Soudan (…) et ne bénéficie qu’à Netanyahu», a réagi vendredi soir Hazem Qassem, le porte-parole officiel du Hamas, mouvement au pouvoir dans la bande de Gaza. «C’est une annonce douloureuse qui va à l’encontre de l’histoire du Soudan, pays qui soutient la cause palestinienne», a dit à l’AFP Sami Abou Zuhri, un cadre du Hamas, alors que dans une déclaration officielle le mouvement islamiste a aussi appelé les Soudanais à «rejeter» un «accord honteux». L’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas, qui siège en Cisjordanie occupée, a elle «condamné» l’accord, estimant que les pays arabes, incluant le Soudan, ne pouvaient «parler au nom du peuple palestinien», estimant qu’une solution au conflit israélo-palestinien devait être un préalable à la normalisation entre Israël et le monde arabe, et non l’inverse. n