Les «accords d’Abraham» ont été scellés. Les Palestiniens se retrouvent davantage abandonnés à leur sort. Les Emirats arabes unis, Bahreïn et Israël ont paraphé un triple accord, de paix, économique, et politique, qui permettra aux trois pays de normaliser leurs rapports qui, en fait, le sont depuis des lustres.

Le chantage sur les Palestiniens avec la suppression de l’aide américaine d’un demi-million de dollars et les ambassades ouvertes à Jérusalem n’ayant pas donné de résultats probants, ce sont des pays arabes, considérés comme les maillons faibles de la région, qui ont été agités pour forcer la main, prochainement, aux Palestiniens pour certifier le plan de Jared Kushner, un adolescent en politique, mais conseiller et gendre du pensionnaire de la Maison-Blanche.
Une Maison-Blanche qui, pour la cause palestinienne, s’est assombrie un peu plus ce mardi. Les accords «historiques» entre Israël, d’une part, et Bahreïn et les Emirats arabes unis, de l’autre, attendus depuis des mois, n’ont pas été une grande surprise, tant l’on savait que cela allait se faire et qu’il n’y avait que la date qui était recelée.
Cette normalisation entre deux pays arabes, qui ont joué au tu quoque me fili, et l’Etat d’Israël, n’a pas eu le même écho ni le retentissement de celle de l’Egypte de Sadat, et encore moins des poignées de mains, vraiment historiques, entre Arafat et Rabin, sous l’égide de la Maison-Blanche qui avait comme locataire un certain Bill Clinton. C’étaient l’aboutissement des accords d’Oslo qui devaient déboucher sur la création d’un Etat palestinien aux côtés de celui d’Israël.

Un coup de poignard dans le dos
Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts de l’histoire et de sang sur des terres qui furent palestiniennes. Depuis, plusieurs pays «fantoches» ont vu le jour, des pays qui n’existaient pas, tels qu’on les connaît, à la dernière guerre entre Israël et les Arabes. C’était en 1973. Ce sont ces mêmes pays qualifiés de «sous-marins» de l’Arabie Saoudite qui ont écarté d’un revers de main le préalable à toute normalisation avec Israël, tant que la carte de la région d’avant la guerre de 1967 n’est pas normalisée, et que Jérusalem ne revient dans le giron musulman et arabe et accède à une «capitale éternelle» de l’Etat palestinien.
Le discours de Trump, en face du jardin de la Maison-Blanche a été aussi indigent que les accords clownesques, car si Israël a été représenté par son Premier ministre, Bahreïn et les Emirats arabes unis ne l’ont été que par leurs ministres des Affaires étrangères. Le Président américain, triomphant, a aussi assuré que «cinq ou six pays arabes» allaient aussi se mettre à la table de la normalisation avec Israël. Tout comme Netanyahu qui était «très content» de l’accord historique, mais qu’il excluait de mettre un terme au phagocytage des restes des territoires palestiniens et que c’était uniquement reporté. Tout comme il refusait la vente d’avions F35 à son partenaire du jour, les Emirats arabes unis. La confiance a des limites…
Cet accord ne change rien à la situation des Palestiniens ni à celle, explosive, du Moyen-Orient, sauf que pour le peuple spolié de ses terres depuis 1948, il est plus que temps de compter sur soi-même. Le parrainage arabe et musulman a échoué lamentablement.
Ignorant, comme toujours, superbement le coronavirus, Trump a donc organisé une cérémonie en grande pompe dans les jardins de la présidence au cours de laquelle le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a établi des relations diplomatiques entre l’Etat hébreu et ces deux pays arabes, une première de ce genre depuis les traités de paix avec l’Egypte et la Jordanie, en 1979 et 1994, et les accords d’Oslo. La «vision pour la paix» présentée en janvier par Donald Trump, qui visait à mettre fin au conflit israélo-palestinien, est loin d’être une panacée, tant les accords de ce mardi ne résolvent en rien le problème historique, l’occupation de la Palestine.
D’ailleurs, l’Autorité palestinienne l’a rejeté dans la forme et dans le fond, et disconviens au Président américain le rôle même de médiateur. Les Palestiniens, qui dénoncent un «coup de poignard dans le dos» de la part de ces pays accusés de pacifier avec Israël, sans attendre l’historique préalable, la naissance de leur Etat, ont appelé à des manifestations mardi, un «jour sombre» dans l’histoire du monde arabe.
En arrière-plan de cet accord entre deux pays arabes et Israël, se profile l’Iran considéré comme un épouvantail par l’administration Trump, et d’ennemi irréversible par l’Eta hébreu, mais aussi et surtout les pays sunnites du Golfe, et à leur tête l’Arabie Saoudite, qui ne pouvait pas, du moins pas encore, s’asseoir à la table de la reddition, mais se permettait de déléguer deux de ses pays satellites, moins enclin à des critiques que le gardien des Lieux sacrés de l’Islam.