La romancière et réalisatrice Nora Hamdi revient, dans cet entretien, sur les préparatifs autour de son film «La Maquisarde», en cours de tournage et adapté d’après son roman éponyme, inspiré de l’histoire de sa mère, et paru en Algérie aux éditions Sédia.

Reporters : Qu’est ce qui vous a décidé à vous tourner vers le crowdfunding pour financer votre long-métrage «La Maquisarde» ?

Nora Hamdi : La Nouvelle Productions est une jeune association qui a pour but de produire des films indépendants et exigeants. Pour cette raison, le film «La Maquisarde» en est le parfait exemple. Ainsi, nous avons besoin de beaucoup de moyens spécifiques, c’est pour cela que nous avons fait appel au crowdfunding. En outre, le choix de faire ce film est certes difficile mais nécessaire pour nos consciences, cela va permettre de mettre en lumière notre passé pour nous réconcilier avec notre Histoire et ainsi faire un film citoyen. C’est une page sombre méconnue de l’Histoire qui mérite d’être au premier plan.

Comment est né ce scénario ?

Je l’avais en tête depuis la sortie du livre, puis je suis retournée en Algérie après y avoir été pour les enquêtes pour le livre. J’ai pris part à une résidence d’écriture à Alger, avec l’AARC [Agence algérienne pour le rayonnement culturel] pour l’écriture du scénario. Je suis retournée avec les autorisations dans l’ancien camp de concentration où était enfermée ma grand-mère et d’où s’était échappée ma mère.

Avez-vous apporté des changements par rapport au roman ?

J’ai travaillé pendant trois ans sur le scénario avec une production où on me demandait d’aller plus dans la fiction. Puis, je me suis séparée de la production pour reprendre mon indépendance et réécrire le scénario comme je le pensais, proche du livre. Le cœur de l’histoire reste celui du livre, j’ai concentré l’histoire sur les femmes.

Qu’est ce qui vous a motivé à le mettre en image ?

Après avoir vu mon adaptation dénaturée à force de réécriture où on me demandait d’édulcorer et d’enjoliver ce passé-là, j’ai refusé. Puis lorsque j’ai été à la recherche de financement, les réponses données m’ont déconcertée lorsqu’on m’a dit que ce n’était pas le bon moment de faire un film sur la guerre d’Algérie à cause du terrorisme, et qu’il ne fallait pas «remuer le couteau dans la plaie». Ce genre de propos m’a attristée. Cela veut dire, à mon sens, que les familles algériennes et françaises sont privées de leur passé et condamnées au silence, ce qui n’est pas acceptable pour moi en tant que cinéaste, ou tout simplement citoyenne française. J’ai donc décidé de reprendre mon scénario pour ne pas trahir les faits historiques, et l’adapter fidèlement au livre. Ainsi, j’ai concentré l’histoire de «La Maquisarde» pour rester proche du livre.

Vous avez adapté et réalisé votre roman «Des Poupées et des hommes». Au-delà de votre passion pour le cinéma, qu’est ce qui vous anime en portant à l’écran vos romans ?

Ce qui m’anime est de mettre en scène des histoires qu’on n’a pas l’habitude de voir, d’être dans des narrations et images intimistes et sans artifices. J’aime aussi voir mes personnages, que j’ai créés incarnés en vrai par des actrices et des acteurs, que cela prenne vie. J’aime l’idée de voir mes personnages que j’avais en tête bouger, vivre…