Le Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP) a dénoncé, vendredi dernier, lors d’une conférence de presse organisée à Alger, la situation socioprofessionnelle dans laquelle sont plongés les professionnels de la santé, faute d’un véritable dialogue efficace avec les responsables du ministère de la Santé qui continue de faire la «sourde oreille» face à leurs revendications socioprofessionnelles.

Citant notamment la problématique du retard du versement de la prime Covid, Dr Lyes Merabet, président du SNPSP, déclare : «On ne comprend pas comment des décisions prises par le président de la République, au sommet de l’autorité et de la décision politique, et sur le terrain il y a des résistances et des difficultés à les mettre en place.»
Dr Lyes Merabet précise : «Nous avons déjà un retard de deux trimestres, et nous sommes déjà au quatrième trimestre, alors que la prime du troisième trimestre n’a pas été versée à ce jour». Il ajoute que le syndicat réclame que cette prime exceptionnelle devienne «une prime spéciale pandémie» et qu’elle soit permanente. Il annonce ainsi «se donner le temps d’ici à la fin février, début mars, pour organiser une assemblée générale et évaluer la situation pour décider des actions à entreprendre».
Les familles endeuillées n’ont pas reçu la prime
En outre, le président du SNPSP déplore également le fait qu’aujourd’hui, aucune famille des professionnels de la santé qui a été endeuillée par la Covid-19, n’a reçu l’indemnisation annoncée par le président de la République.
Il affirme à ce sujet que «le président de la République a décidé d’une indemnisation symbolique de 100 millions de centimes. Mais, selon nos vérifications, aucune des familles des professionnels de la santé décédés des suites de la Covid-19 n’en a bénéficié à ce jour». Il rappelle qu’au moins 186 décès ont été enregistrés dans le corps médical sur plus de 12 000 cas de contamination, dont beaucoup ont été admis à l’hôpital.
Il rappelle également que parmi les mesures décidées par le président de la République qui tardent à être mises en place, celle de la bonification de la retraite pour le personnel de la santé qui travaille dans les services Covid. Il précise que le président avait donné des instructions pour que deux mois de travail dans les unités Covid équivalent à six mois de la retraite, ceci en geste de gratitude et aussi d’incitation pour les personnels de la santé dans la lutte anti-Covid-19.
Dr Merabet a également souligné que le Syndicat réclame depuis des mois l’inscription de la maladie Covid-19 et le «Burn out Syndrom» comme maladies professionnelles. Soulignant que la Tunisie et le Maroc ont depuis trois mois inscrit la Covid-19 comme maladie professionnelle. Par ailleurs, l’intervenant a également abordé la situation des «grands oubliés de la prime Covid», en l’occurrenc, le personnel médical exerçant dans les secteurs de l’Enseignement supérieur, de la Solidarité et de la Justice, dont les médecins et les infirmiers interviennent en milieu carcéral. Il souligne que ces derniers sont privés de cette prime, alors qu’une partie d’entre eux a été infectée par le virus car en contact direct avec les malades.

Cafouillage au niveau de la campagne de vaccination
Tout en exprimant la satisfaction de son syndicat quant au lancement officiel de la campagne de vaccination contre la Covid-19, Dr Lyes Merabet regrette toutefois un certain cafouillage au niveau du déroulement de cette campagne dans les établissements de santé, ainsi que le nombre réduit de doses de vaccin distribué aux professionnels de la santé.
Il précise à ce sujet que «certaines structures de santé n’ont eu droit qu’à 20 doses de vaccin, d’autres ont reçu jusqu’à 70 doses», estimant que cela reste très insuffisant au vu de la demande rien que pour le personnel soignant».
Concernant le déroulement de la campagne de la vaccination, le président du SNPSP appelle à une meilleure coordination de la part du ministère de la Santé, afin que les praticiens puissent avoir plus d’informations sur le déroulement de cette campagne de vaccination. En affirmant qu’«au niveau local, il y a une certaine confusion par rapport au déroulement de cette campagne de vaccination» et appelle à «une meilleure coordination dans son organisation et son déroulement au niveau des établissements de santé».
Dr Lyes Merabet explique ainsi qu’il y a eu une demande au ministère de la Santé pour clarifier les responsabilités de chacun dans le cadre de cette campagne de vaccination car, «pour le moment, il y a une situation de cafouillage et nous avons du mal à répondre aux questions des citoyens qui se manifestent et aux professionnels de la santé, y compris du secteur privé, qui se demandent comment s’inscrire pour se faire vacciner».

Des revendications toujours en attente
Dans un autre registre des revendications socioprofessionnelles, le président du SNPSP a appelé à l’urgence de la révision du dossier relatif à la mise à jour du calcul des primes destinées aux régions du Sud et de l’intérieur du pays. Il s’insurge que «cette prime est toujours calculée sur le salaire de base de 1989, alors que ce salaire a été révisé à la hausse depuis 2002».
Dr Lyes Merabet aborde également la nécessité d’une réforme en profondeur du système de santé publique en Algérie. Soulignant que depuis des années, le SNPSP appelle à la création «d’une fonction publique propre au secteur de la santé publique» qui serait plus en cohérence avec les spécificités du système de santé tant au niveau de l’organisation du travail qu’au niveau des aspects liés aux modes d’exercice et des qualifications professionnelles multiples.
Dans la liste des revendications, il a toutefois relevé une certaine éclaircie, suite à la mesure annoncée, jeudi dernier, par le ministre de la Santé, Pr Abderrahmane Benbouzid, sur la promotion de près de 65 000 employés du secteur de la santé, tous corps confondus, durant cette année. Pour le SNPSP, c’est une bonne chose et cela répond à une des revendications principales du syndicat réclamées depuis des années. Toutefois, le SNPSP réclame que les autres revendications dans le même registre soient prises rapidement en charge telles que l’autorisation de transformation automatique des postes budgétaires pour le grade de praticien médical généraliste principal et le grade de praticien médical généraliste en chef. Le SNPSP demande également le règlement d’un dossier qui est en attente depuis 2012, en l’occurrence la classification des nouveaux diplômes de doctorat en médecine dentaire et de doctorat en pharmacie sur la grille des salaires de la Fonction publique.
Il dénoncera également le «harcèlement» des syndicalistes à travers notamment des «mesures de répression administrative à l’encontre des délégués syndicaux affiliés aux SNPSP. Et ce avec le recours à la justice dans certains cas et en violation des lois de la République et en contradiction flagrante avec les instructions du ministère de tutelle». Le président du SNPSP a cité à titre d’exemple, les cas ayant touché des délégués du syndicat dans plusieurs wilayas, notamment Blida, Boumerdès, Tébessa et Tlemcen et dont «le cas le plus édifiant est la suspension d’un délégué syndical dans la wilaya de Relizane».