Par Feriel Nourine
Les transporteurs de marchandises sont, depuis quelques jours, la cible de nombreuses critiques émanant de leurs partenaires, comme les producteurs de ciment, ou carrément des pouvoirs publics, et à leur tête le ministère de tutelle.
Après les transporteurs de ciment, accusés par cinq producteurs de cette matière de «faire du chantage» et «d’entraver la voie» de leurs marchandises vers l’exportation, aujourd’hui, c’est l’ensemble de la corporation, évoluant dans le segment du poids-lourd qui est pointée du doigt par les services du ministère des Transports. Lesquels reprochent à «la plupart» des transporteurs de faire fi des dispositions du code de la route relatives à la charge à laquelle ils ont été soumis dans le cadre de leur activité.
Ce constat a été établi lors d’une réunion de coordination entre les mêmes services et les représentants des ministères de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire, des Travaux publics, de l’Energie et des Mines, du commandement de la Gendarmerie nationale, de la Sûreté nationale et de la Délégation nationale à la sécurité routière (DNSR), indique un communiqué du département dirigé par Aïssa Bekkaï.
Plusieurs préoccupations soulevées par les opérateurs économiques et les transporteurs ont été recensées durant cette rencontre. A travers des observations effectuées sur le terrain, il est, en effet, reproché à la plupart des chauffeurs de véhicule de transport de marchandises le non-respect des dispositions du code de la route relatives à la charge». Le reproche émane des participants à la réunion qui, dans la même logique, n’ont pas manqué de relever «l’impact négatif de la surcharge sur l’état et la sécurité du réseau routier national», ainsi que «certains comportements et agissements nuisibles au trafic routier et à la libre circulation et préjudiciables à l’économie nationale».
Face à cette situation, et après évaluation de cette opération de sensibilisation et de contrôle, le groupe de travail composé des organismes et institutions susmentionnés s’attelle à «examiner les insuffisances enregistrées et les moyens d’y remédier et ce pour mettre en place les conditions idoines devant permettre d’atteindre les résultats escomptés». Pour rappel, l’opération de contrôle du respect des dispositions du code de la route relatives à la charge par les chauffeurs du transport de marchandises a débuté le 14 décembre 2021.
En évoquant «l’impact négatif» sur l’économie nationale, les membres du comité interministériel font visiblement référence au tout récent communiqué émanant, mardi dernier, de cinq producteurs de ciment pour alerter sur les obstacles auxquels se trouvent confrontées leurs opérations d’exportation. Il s’agit du groupe Gica, représenté par Sodisma, Lafarge Algérie, groupe Amouda, groupe Biskria qui ont dénoncé le «chantage» des transporteurs routiers qu’ils seraient en train de subir depuis que les pouvoirs publics ont décidé d’appliquer la loi relative à la surcharge des camions. Celle-ci a été mal accueillie par ces transporteurs qui ont exprimé leur insatisfaction en recourant à des mouvements de protestation mettant «en danger les efforts d’exportation de ciment des entreprises productrices», ont-ils affirmé.
«Depuis le début du mois de février, et suite à la décision des autorités algériennes de l’application stricte de la loi relative à la surcharge des camions (décision que nous saluons et que nous appuyons fortement), des mouvements de protestations et de blocage des routes se sont rapidement mis en place sur l’ensemble des trajets menant aux ports (spécialement à l’est du pays) afin de réclamer une augmentation des prix de transport», ont écrit les cinq producteurs, ajoutant que ces blocages de routes sont «accompagnés de menaces, d’intimidation et de violence à l’égard des chauffeurs qui souhaitent reprendre leur activité». Ces derniers ajoutent qu’ils ont pourtant «accepté d’augmenter le prix du transport pour compenser proportionnellement la baisse de charge après les négociations avec les transporteurs».
«Les différentes réunions tenues avec les représentants des transporteurs se sont soldées par une acceptation et une satisfaction totale de leur part», ont-ils précisé, non sans alerter sur les conséquences que pourrait avoir ce scénario sur leur activité. «Nous tenons à partager notre incompréhension et indignation par rapport à cette situation qui perdure depuis presque une semaine mais surtout notre crainte et peur pour l’avenir des exportations de notre pays, du fait que nos clients à l’étranger, très mécontents de cette situation, se dirigent rapidement vers d’autres producteurs voisins concurrents qui seront ravis de les récupérer et les servir avec un bien meilleur service», écrivent-ils