Le prix Nobel de médecine 2020 a été attribué, hier, à trois virologues, le Britannique basé au Canada Michael Houghton et les Américains Harvey Alter et Charles Rice, pour leur rôle dans la découverte du virus responsable de l’hépatite C.

Selon le jury Nobel, le trio anglo-saxon est récompensé pour sa «contribution décisive», à des années d’écart, à «la découverte du virus de l’hépatite C». A la fin des années 70, Harvey Alter avait identifié qu’une contamination hépatique mystérieuse avait lieu lors de transfusions alors qu’elle n’était ni liée à l’hépatite A ni l’hépatite B, a souligné le jury, ce qui a notamment contribué à réduire à quasi néant les transmissions par ce biais. Des années plus tard, en 1989, Michael Houghton et son équipe, basés au Canada, sont crédités de la découverte de la séquence génétique du virus. Quant à Charles Rice, 68 ans, il a ensuite décortiqué pendant de longues années la façon dont le virus se répliquait, des travaux qui ont notamment conduit à l’émergence d’un nouveau traitement révolutionnaire au tournant des années 2010, le sofosbuvir.
Selon le président du comité Nobel qui choisit les lauréats, M. Rice «a apporté la preuve finale que le virus de l’hépatite C pourrait provoquer à lui seul la maladie». «Je pense que c’est assez facile de faire le lien avec la situation actuelle. La première chose à faire est d’identifier le virus en cause, et une fois que cela a été fait, c’est le point de départ au développement de traitements de la maladie, ainsi que de vaccins. Donc la découverte virale est un moment critique», a souligné a souligné Patrik Ernfors, faisant allusion à la course au vaccin contre la Covid-19.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime à quelque 70 millions le nombre d’infections par l’hépatite C causant 400 000 décès chaque année, même si des traitements efficaces, quoique très coûteux, ont été développés ces dernières années. Le prix Nobel de médecine, cette année, est le premier directement lié à un virus depuis celui de 2008. En 1976, le Nobel était déjà allé à des travaux sur l’hépatite B. «Ils m’ont réveillé vers 4H15 du matin. Je n’avais même pas réalisé que c’était aujourd’hui. C’est époustouflant», a réagi à la radio publique suédoise Harvey Alter, qui devient à 85 ans un des lauréats les plus âgés du Nobel de médecine, sans battre le record (87 ans). Ils sont désormais 210 hommes à s’être vu décerner le prix «de physiologie ou de médecine» depuis sa création en 1901, et seulement 12 femmes. De la découverte il y a plus d’un demi-siècle de deux types de lymphocytes, B et T, essentiels dans la compréhension de notre système immunitaire, jusqu’à la percée des «ciseaux moléculaires» en génétique dans les années 2010, en passant par des travaux sur le cancer du sein, plusieurs grandes avancées médicales – et leurs auteurs – étaient cités par les experts comme nobélisables cette année.
D’autres scientifiques avaient été évoqués comme nobélisables pour leurs travaux sur l’hépatite C, l’Allemand Ralf Bartenschlager pour de la recherche fondamentale, et l’Américain Michael Sofia pour la mise au point du sofosbuvir, désormais vendu à prix d’or par le laboratoire Gilead sous le nom de Sovaldi. L’an dernier, le Nobel de médecine avait récompensé les Américains William Kaelin et Gregg Semenza, ainsi que le Britannique Peter Ratcliffe, spécialistes de l’impact de l’oxygène sur les cellules. Si les Nobel 2020 sont bien annoncés comme prévu cette semaine, le coronavirus a entraîné l’annulation de la cérémonie physique de remise des prix, le 10 décembre à Stockholm. Une première depuis 1944. Le ou les lauréats annoncés lundi, qui se partageront près d’un million d’euros, doivent recevoir leur prix dans leur pays de résidence. Cette édition 2020 des Nobel, qui se poursuit aujourd’hui mardi avec la physique et mercredi avec la chimie, est considérée comme particulièrement ouverte. <