Le président nigérian Muhammadu Buhari sera le premier chef d’Etat africain à se rendre en visite officielle aux Etats-Unis. Alors qu’il s’apprête à mener campagne pour les présidentielles de février 2019 et briguer un deuxième mandat dans un contexte politique et économique crispé dans son pays, il aura aujourd’hui lundi un tête-à-tête à Washington avec le président américain Donald Trump pour une rencontre axée essentiellement sur les questions de sécurité et d’économie, selon un porte-parole de la Maison Blanche.

D’après la même source, les discussions entre les deux responsables vont se concentrer sur «la lutte contre le terrorisme» et l’insécurité, et le développement économique. Le Nigeria entre dans sa 9e année de lutte contre le groupe djihadiste Boko Haram, qui a dévasté le nord-est du pays. Le conflit a fait plus de 20.000 morts et des centaines de milliers de déplacés, y compris dans les pays voisins, Tchad, Cameroun et Niger. Le président Buhari affronte aussi une résurgence d’un conflit agropastoral récurrent entre agriculteurs et éleveurs, sur fond de divisions ethniques et religieuses.
Le 24 avril dernier, deux prêtres et seize paroissiens ont été tués dans une église catholique du pays, un massacre qui a valu aux évêques nigérians de publier, le 27 d’après, une lettre demandant au chef de l’Etat de quitter son poste et de partir. « Que son échec soit dû à l’incapacité d’agir ou au manque de volonté politique, il est temps pour lui de choisir le parti de l’honneur et d’envisager sa démission afin de sauver le pays d’un effondrement total », ont écrit les religieux. Il y a cinq jours, les membres de la chambre basse du Parlement ont voté en faveur de la convocation de M. Buhari pour s’expliquer sur la série de meurtres commis dans différents États de la Fédération du Nigeria et lui demander « le remplacement des chefs de service et conseillers en sécurité » de l’armée.
«Quelque chose à gagner»
Un appel que le président dit avoir entendu sans compter céder sa place ni renoncer à l’idée d’un nouveau mandat pour lequel il compte engranger des points lors de son séjour aux Etats-Unis. «Je pense que les deux pays ont une idée claire de l’ordre du jour de cette rencontre: il s’agit de la sécurité et des questions économiques. Les deux ont quelque chose à gagner», a déclaré à l’AFP
J. Peter Pham, directeur de l’Africa Center à l’Atlantic Council de Washington. «Du côté du président Trump, il s’agit de mettre définitivement fin à cette controverse» déclenchée par le chef de la Maison Blanche qui avait évoqué de manière grossière et ordurière les «shithole coutries» à propos de Haïti et de l’Afrique, avant de se rétracter. Les relations de Donald Trump avec le continent africain ont également souffert en mars du limogeage du secrétaire d’Etat Rex Tillerson alors qu’il se trouvait en pleine visite officielle au Nigeria pour sa première tournée africaine. «Du côté du président Buhari, il s’agit d’avoir la prééminence d’être le premier leader africain reçu à la Maison Blanche pendant cette administration». Malgré les remarques du président Trump, les relations entre le Nigeria et les Etats-Unis se sont améliorées depuis qu’il est arrivé au pouvoir, selon Lauren Blanchard, spécialiste de l’Afrique au sein du Congressional Research Service. La visite «a pour but de signaler que les Etats-Unis ont l’intention d’envoyer le message suivant: les Américains continuent de considérer le Nigeria comme un des partenaires les plus importants sur le continent». «La coopération s’est améliorée au cours du mandat du président Buhari, mais pas aussi vite que les deux côtés auraient souhaité,» a-t-elle ajouté.
Peu après son arrivée au pouvoir en 2015, M. Buhari, avait reproché au président Barack Obama d’avoir refusé de vendre des armes au Nigeria pour lutter contre Boko Haram. Mais l’administration Trump a changé de position en autorisant la vente au Nigeria d’avions Super Tucano d’une valeur de 496 millions de dollars, des appareils de surveillance et de soutien tactique, qui doivent être livrés en 2020. Cet accord a récemment été examiné avec attention au Nigeria, un pays où la corruption est endémique. Les élus nigérians ont accusé leur président d’illégalité au sujet des fonds utilisés pour acheter ces avions. Aucun accord commercial important n’est attendu, mais MM. Trump et Buhari parleront aussi des moyens d’approfondir leur coopération économique. «Il y a la sécurité et l’économie qui se rejoignent avec l’agenda de Trump pour pousser le monde des affaires américain,» selon M. Pham. En 2017, le Nigeria était le deuxième État le plus violent d’Afrique. Selon Armed Conflict Location and Event Data Project, une organisation américaine spécialisée dans les conflits armés, il représentait près de 10 % de tous les conflits politiques.