Des assaillants armés ont tué 12 membres des forces de sécurité nigérianes lors de l’attaque d’une base militaire dans l’État de Zamfara (nord-ouest du pays), avant de voler des armes et d’incendier des bâtiments, ont indiqué lundi deux sources sécuritaires à l’AFP.

L’identité des auteurs de l’attaque qui s’est produite samedi à Mutumji n’a pas été précisée dans l’immédiat, mais des opérations militaires sont en cours contre des bandes criminelles à Zamfara, notamment accusées de plusieurs enlèvements de masse ces derniers mois. Les télécommunications ont été coupées à Zamfara et dans certaines parties de l’État voisin de Katsina pour empêcher les groupes armés d’échanger entre eux sur les mouvements de troupes. «Les assaillants ont pris d’assaut la base vers 10h30 (locales) et ont engagé les troupes dans une violente fusillade», a déclaré une source sécuritaire. «Ils ont pris le dessus sur les troupes et tué 12 personnes, neuf membres de la marine, un soldat et deux policiers», a ajouté cette source. Une deuxième source au sein des forces de sécurité a confirmé ce bilan. Mutumji, dans le district de Dansadau, à environ 80 kilomètres de la capitale de l’État, Gusau, est une base militaire stratégique pour la logistique et la reconnaissance dans la lutte contre les bandes armées de la région. Dans le nord-ouest du Nigeria, les jihadistes qui mènent depuis 12 ans une insurrection ayant fait 40.00 morts, attaquent régulièrement les bases militaires de l’État de Borno. Plus récemment, les bandes criminelles lourdement armées qui pillent les villages et kidnappent les habitants contre rançon dans les États du nord-ouest et du centre ont elles aussi commencé à s’en prendre à des cibles militaires. En juillet, des «bandits» comme on les appelle localement, ont abattu un avion de l’armée de l’air au-dessus de Zamfara alors qu’il rentrait d’une opération. Le pilote s’est éjecté indemne et a réussi à échapper aux assaillants. Des hommes armés ont également attaqué une académie militaire qui forme l’élite du pays dans l’État de Kaduna le mois dernier, tuant deux officiers et en enlevant un autre lors d’un raid symbolique contre les forces armées. Ces groupes armés semblent avant tout motivés par l’argent, mais il existe des signes de liens croissants entre eux et les jihadistes du nord-est du pays.
Des hommes armés libèrent 240 détenus d’une prison
Autre signe d’insécurité, des hommes lourdement armés ont pris d’assaut une prison dans l’Etat de Kogi, dans le centre du Nigeria, dans la nuit de dimanche à lundi et ont libéré 240 détenus, a annoncé un porte-parole de l’administration pénitentiaire. L’identité des assaillants restait inconnue. Le centre et le Nord-Ouest du Nigeria sont terrorisés par des gangs criminels depuis des années. «Le centre de détention de moyenne sécurité de Kabba, dans l’Etat de Kogi, a été attaqué par des hommes armés qui n’ont pas encore été identifiés et 240 détenus ont été libérés par la force», a déclaré Francis Enobore, porte-parole de l’administration pénitentiaire nigériane, dans un communiqué. Vers 22H45 GMT dimanche, des assaillants venus en nombre «ont engagé de violents échanges de tirs avec les gardes armés» de la prison, selon lui. Les hommes armés ont ensuite envahi la prison, où se trouvaient 294 personnes en détention dont 224 en attente d’être jugées. Des recherches étaient en en cours lundi pour retrouver les détenus évadés, a précisé M. Enobore. Des évasions de prisonniers de grande ampleur ne sont pas rares au Nigeria. Le 5 avril, lors d’une attaque audacieuse, des hommes armés avaient pris le QG de la police d’Owerri (Sud-Est du Nigeria, capitale de l’Etat d’Imo) et libéré plus de 1.800 prisonniers. Les forces de sécurité nigérianes sont souvent surmenées et débordées, faisant face à une insurrection jihadiste depuis 12 ans dans le Nord-Est et de l’agitation séparatiste dans le Sud-Est.
Libération de dizaines d’élèves enlevés
Par ailleurs, des hommes armés ont libéré des dizaines d’élèves enlevés début septembre dans l’Etat de Zamfara, dans le Nord-Ouest du Nigeria, selon une source au sein du gouvernement local et une vidéo montrant des officiels avec les enfants, consultée par l’AFP. La libération des élèves de l’école de Kaya est intervenue dimanche, après le déclenchement d’opérations militaires contre des gangs criminels dans cet Etat et la coupure des télécommunications par les autorités pour les empêcher d’échanger des informations. Plus de 70 élèves et des enseignants avaient été enlevés à Kaya le 1er septembre, dernier épisode en date d’une série d’enlèvements de masse dans des écoles et des collèges perpétrés depuis le début de l’année par des hommes lourdement armés, qualifiés localement de «bandits». «Au total, 75 otages du lycée public de Kaya ont été libérés dimanche soir», a déclaré à l’AFP la source du gouvernement local. «Ils semblaient en forme et indemnes». Une vidéo publiée par le bureau du gouverneur de l’Etat de Zamfara, Bello Matawalle, le montre saluant des bus remplis d’élèves à la nuit tombée. Selon des sources sécuritaires, ils ont été libérés par leurs ravisseurs en échange de la promesse de laisser passer ces derniers hors de la forêt où ils s’étaient retranchés, l’armée ayant encerclé leur camp. Les gangs criminels sévissent depuis longtemps dans les Etats du Nord-Ouest et du centre du Nigeria, où ils mènent des raids violents pour piller des villages, voler du bétail et enlever des habitants pour obtenir des rançons. Ces derniers temps, ils s’en prennent tout particulièrement aux écoles et aux établissements scolaires. Plus de 1.000 élèves ont ainsi été enlevés cette année au cours d’une série d’attaques. La plupart de ces élèves ont été libérés après des négociations et certains se sont échappés, mais des dizaines d’entre eux sont toujours aux mains de leurs ravisseurs. (AFP)