Le Premier ministre a conduit, vendredi, une délégation de haut niveau à Niamey, afin d’assister à la cérémonie d’investiture du nouveau Président élu de la République du Niger.

Par Sofiane Baroudi
Abdelaziz Djerrad, accompagné du ministre des Affaires étrangères Sabri Boukadoum, a félicité Mohamed Bazoum pour sa victoire électorale et lui a, également, remis une lettre manuscrite du Président de la République Abdelmadjid Tebboune.
Conjoncture régionale instable
Les élections nigériennes ont eu lieu fin février dernier dans un climat de haute tension.
La sous-région a connu récemment des troubles et de fortes contestations liés à des élections contestées. On citera l’exemple de la Côte d’Ivoire où le Président sortant Alassan Ouattara a imposé un troisième mandat anticonstitutionnel fortement contesté par l’opposition et donnant lieu à des manifestations populaires importantes et une répression violente dans ce pays d’Afrique de l’Ouest. La Guinée voisine a, également, connu une élection très mouvementée lors de la réélection du Président Alpha Condé, qui dénonce «des tentatives de déstabilisation de son pays». Le Sénégal a, lui aussi, tout récemment connu une grande vague de manifestations dénonçant la situation sociale et économique très difficile et demandant le départ du Président Macky Sall. Comme le Mali, où un mouvement populaire soutenu par les forces armées a vu le départ du Président Ibrahim Boubakar Keita et l’ouverture d’une période de transition avec, pour objectif, l’application des Accords d’Alger sur la paix ainsi que l’amélioration de la situation politique, économique et sociale de ce pays voisin. Tous ces éléments conjugués ont probablement convaincu Mohamadou Issoufou, Président sortant du Niger, à ne pas se représenter pour un troisième mandat.
Nous pouvons ajouter à cette note de conjoncture, la reprise de la guerre au Sahara occidental après la violation par l’Armée royale marocaine du cessez-le-feu en novembre dernier. Un facteur de complication à l’atmosphère nord et ouest africains. Pour finir, une nette flambée des actes terroristes a doublé durant l’année 2020 dans la région sahélo-saharienne, précisément dans la zone des trois frontières (Mali, Niger, Burkina Faso). Ce facteur pose des questions sur l’efficacité de l’action de Barkhane et jette le doute au sein du G5 Sahel, réuni dernièrement à Ndjamena, au Tchad, pour discuter du constat d’échec.

Succession sous haute tension et tentative de coup d’Etat au Niger
Dans la nuit de mardi à mercredi derniers, des tirs nourris à l’arme lourde ont retenti dans le quartier du palais présidentiel à Niamey. Des militaires ont été arrêtés et le porte-parole du gouvernement nigérien a qualifié les évènements de «tentative de coup d’Etat». Mohamed Bazoum, Président élu se voit ainsi mis devant une situation sécuritaire et politique compliquée à laquelle il devra faire face durant son mandat à la magistrature suprême inauguré officiellement vendredi.
Mohamed Bazoum a été reconnu vainqueur par la Cour constitutionnelle, à l’issue du second tour de l’élection le 21 février dernier, avec un tôt de 55,66% des voix exprimées.
Pourtant, son principal rival ainsi que des strates de l’opposition refusent de reconnaître les résultats électoraux. Ils ont appelé les politiques à ne pas siéger à l’Assemblée nationale et l’armée à ne pas obéir aux ordres «d’un pouvoir illégitime».
Un communiqué du gouvernement nigérien a décrit les événements ainsi que les mesures prises par les autorités : «Un acte lâche et rétrograde voulant mettre en péril la démocratie et l’Etat de droit dans lequel notre pays s’est résolument engagé». «Une enquête est ouverte» et «les investigations se poursuivent pour identifier et interpeller les auteurs et leurs complices afin de les mettre à la disposition de la justice». Le communiqué précise qu’«il en est de même pour les commanditaires internes et externes». «D’ores et déjà plusieurs personnes en lien avec cette tentative de coup d’Etat sont interpellées».
L’atmosphère sécuritaire, de plus en plus délétère, le jour de l’élection un attentat a été perpétré contre le véhicule d’agents électoraux qui a sauté sur une mine. Il est également à signaler que dans la semaine du 15 au 21 mars, plus de 200 civils ont été lâchement assassinés par des terroristes dans la zone des trois frontières.
Ce pays frère a connu dans son histoire plusieurs coups d’Etat 1974, 1996 et 2010, sanctionnés par des régimes autoritaires et une instabilité chronique souvent entretenue par des puissances étrangères.

Le paradoxe nigérien
Ce pays voisin est l’une des plus grandes réserves d’uranium du monde, la mine d’Arlit entre autres a notamment fait les beaux jours de la multinationale Areva, leader mondial dans le secteur de l’énergie nucléaire. En effet, une bonne partie de l’énergie électrique consommée en Europe est produite à base d’uranium venant du Niger. Pourtant, ce pays voisin continue d’être l’un des plus pauvres du monde et sa population continue de souffrir des affres de la misère, de la malnutrition, du stress hydrique, de l’instabilité et, maintenant, du terrorisme.
Plusieurs bases militaires étrangères y sont implantées, comme la France et les Etats-Unis ou encore l’Allemagne, et déploient des troupes dans ce pays voisin. Pris à partie sur cette question, le nouveau Président élu Mohamed Bazoum, alors ministre de l’Intérieur, a répondu : «L’opération Barkhane se sert de notre territoire comme d’un point d’appui naturel, eu égard à notre proximité avec le Mali. S’il s’agit d’une déchéance, nous la partageons alors avec le Mali, justement, mais aussi le Tchad, le Burkina Faso et même le Sénégal et la Côte d’Ivoire, pour ne citer que ces pays.» Il a ajouté : «Si des militaires de ces pays sont présents dans presque tous les pays du Sahel, aujourd’hui plutôt qu’hier, c’est tout simplement parce que la menace du terrorisme dans notre région connaît une acuité particulière, ces sept dernières années, et que le terrorisme djihadiste ne nous affecte pas nous seulement, mais eux aussi.» Enfin, réagissant aux critiques sur l’autorisation de l‘installation des bases militaires étrangères, il a répondu : «L’article 169 de notre Constitution ne prévoit l’autorisation de l’Assemblée nationale que pour les accords de défense. Or, les protocoles que nous avons signés en l’espèce ne sont pas des accords de défense. S’ils l’étaient, ils le seraient pour nos partenaires aussi», a-t-il dit sur le site Nimey il y a deux jours.