Quatre-vingt-neuf soldats nigériens ont été tués jeudi dernier dans l’attaque du camp militaire de Chinégodar (ouest, frontière malienne). Mais ce n’est que dimanche que le porte-parole du gouvernement à Niamey, Zakaria Abdourahame, a confirmé la tuerie avec ce lourd bilan. « Après ratissage, le bilan s’établit de la façon suivante. Côté ami: 89 morts. Côté ennemi 77 morts », a affirmé à la radio nationale le porte-parole en lisant un communiqué. Le précédent bilan annoncé jeudi faisait état de la mort de «25 soldats et de 63 terroriste».

Par Lyes Sakhi
Cette attaque, la pire subie au Niger depuis le regain des actions djihadistes en 2015, est survenue un mois après celle d’Inates le 10 décembre, dans la même région de Tillabéri, revendiqué par le groupe Etat islamique (Daech) et qui avait coûté la vie à 71 soldats. Un deuil national de 72 heures a été décrété à partir de lundi, précise le communiqué, et le Conseil national de sécurité a rendu un hommage aux 89 soldats morts officiellement lors des combats. Selon le porte-parole du gouvernement, Zakaria Abdourahame, le Conseil a réaffirmé sa détermination à lutter contre le terrorisme jusqu’à la victoire finale. Dans l’opposition, certaines voix regrettent le manque de transparence dans la gestion de cette crise. « Nous sommes surtout choqués que sur un sujet extrêmement grave, le gouvernement du Niger ait procédé par la manipulation de l’information. C’est le sursaut des Nigériens, c’est leur résistance. Le refus de la banalisation de cette catastrophe qui a fait que le gouvernement a été obligé de reconnaître ce bilan de 89 militaires qu’il a enterrés dans des conditions irrespectueuses de leur sacrifice. Jusqu’au bout, ils ont caché la vérité. Jusqu’au bout, ils ont voulu banaliser, faire comme si de rien n’était, explique à l’AFP l’opposant Ibrahim Yacouba, qui dirige le Front patriotique. « Il est temps que le gouvernement du Niger se remette en cause, a-t-il dit. Si nous sommes vraiment dans une démocratie, le président doit tirer les conséquences de son échec sécuritaire ». En raison du deuil décrété, le chef suprême des armées, Mahamadou Issoufou, a fait un aller-retour au sommet de Pau en France sur le Sahel pour « poser la problématique de l’insécurité dans le nord du Mali ». Depuis le début de la crise malienne, le Niger a toujours fait de cette question une affaire de politique intérieure. En effet, tous les malheurs qui ont été enregistrés aux frontières nord de la région de Tillaberi et de Tahoua proviennent, selon des sources nigériennes, des zones de Kidal, Akabar et Tabankort au Mali. Peu avant le départ du président Issoufou à Pau, le gouvernement nigérien a par ailleurs annoncé hier sur décision du Conseil des ministres le limogeage et le remplacement du chef d’état-major des armées, le général Ahmed Mohamed, et du chef d’état-major de l’armée de terre, le général Sidikou Issa. Tout le Sahel – en particulier le Mali, le Niger et le Burkina -, est visé par les assauts de plus en plus audacieux de groupes islamistes. Selon l’ONU, les attaques djihadistes au Mali, au Niger et au Burkina ont fait 4000 morts en 2019.n