Cette incursion intervenue entre les deux tours des élections présidentielles dans le pays a fait 100 morts dans deux villages frontaliers du Mali. L’Algérie condamne «avec force» ces «attaques terroristes sanglantes».

Les autorités nigériennes ont décrété un deuil national de trois jours et renforcé le dispositif sécuritaire dressé contre les incursions de groupes islamo-terroristes après cette attaque, samedi dernier, non encore revendiquée hier au soir et qui a ciblé deux villages de l’ouest du pays, Tchombangou et Zaroumdareye, deux villages frontaliers du Mali.
Elle est d’ores et déjà considérée comme la plus meurtrière commise par des jihadistes contre des civils au Sahel. C’est un nouvel exemple illustrant que les populations civiles, «particulièrement vulnérables car prises dans la violence des groupes armés et la réponse des armées», sont les premières victimes d’un conflit qui ne cesse de prendre de l’ampleur dans la région depuis 2012, estime pour l’AFP Ousmane Diallo, d’Amnesty international.
Lors d’une mission de terrain dimanche, le Premier ministre Brigi Rafini a affirmé que «le gouvernement prendra très bientôt des mesures pour que les populations de ces villages soient sécurisées dans les meilleures conditions». Les jihadistes sont venus à bord d’une «centaine de motos» samedi dans la matinée dans les villages de Tchoma Bangou et Zaroumadereye, selon le maire de la commune rurale de Tondikiwindi qui les administre, Almou Hassane. Avec la pose de mines artisanales, ces attaques éclairs à moto sont le mode opératoire préféré des jihadistes dans la région dite des «trois frontières», devenue depuis 2018 l’un des épicentres de la violence au Sahel. Dans la même bande frontalière entre Mali et Niger, sept soldats nigériens avaient été tués le 21 décembre à quelques jours du premier tour de la présidentielle du 27. Depuis les attaques meurtrières de plusieurs bases militaires au Niger et au Mali dans cette même région des trois frontières fin 2019-début 2020, la présence militaire y est faible même si de nombreux efforts ont été faits en 2020 par les armées nationales aidées par les partenaires.
Les violences jihadistes sont venues se greffer sur des tensions communautaires, notamment «depuis plusieurs années» à la frontière entre Mali et Niger, théâtre de «rivalités entre communautés pour le contrôle de l’espace», selon International Crisis Group (ICG). Selon Yvan Guichaoua, chercheur à l’Université de Kent, cette attaque «en dit long sur le degré de ressentiment de certains membres de communautés nomades, parmi lesquelles recrutent les jihadistes, vis-à-vis de communautés sédentaires souvent vues comme complices de l’Etat». «Les déclassés d’hier, qui s’estiment victimes de marginalisation, peuvent en partie régler leurs comptes depuis que le jihad s’est greffé sur une longue histoire locale de violences et de compétition», ajoute-il.