Le dialogue entre le pouvoir et l’opposition au Nicaragua devait reprendre hier alors que le pays est encore sous le choc des violences qui ont provoqué la mort d’au moins 178 personnes. Les deux parties examinent une proposition de l’Eglise catholique

, qui joue le rôle de médiateur, d’organiser des élections générales anticipées en mars 2019, soit deux ans avant l’échéance prévue. L’opposition exige depuis deux mois le départ du président Daniel Ortega, 72 ans, « héros » de la révolution sandiniste qui a dirigé le pays de 1979 à 1990 après avoir évincé le dictateur Anastasio Somoza, et qui est revenu au pouvoir depuis 2007. Le chef de l’Etat s’est dit prêt à travailler à une démocratisation du pays, mais n’a pas dit s’il consentirait à écourter son mandat, valable théoriquement jusqu’en janvier 2022.
C’est dans ce contexte que le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme a estimé lundi que « la gravité de la situation pourrait bien mériter la création d’une commission d’enquête internationale » et a exhorté les autorités à envoyer « sans délai » une invitation à son bureau.
Le Nicaragua, pays le plus pauvre d’Amérique centrale, a basculé dans le chaos après la répression le 18 avril des manifestations contre l’insécurité sociale. Ces violences perpétrées «presque entièrement » par les « forces de police et des groupes armés pro-gouvernement, y compris à l’aide de l’utilisation présumée de tireurs d’élite », a relevé le Haut-commissaire, Zeid Ra’ad Al Hussein, à l’ouverture de la 38e session du Conseil des droits de l’Homme.
Vendredi dernier, le gouvernement et l’opposition ont trouvé un accord autorisant des observateurs des droits de l’Homme à venir enquêter sur les violences. Les représentants de l’opposition ont de leur côté accepté une demande clef du pouvoir du président Daniel Ortega : un plan visant à lever les blocages qui entravent les routes pour empêcher les forces anti-émeutes de passer, selon la conférence épiscopale, médiateur dans le conflit. Au début du soulèvement populaire, la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) a documenté « des arrestations massives et arbitraires ».
Des détenus sont dépouillés de leurs biens, privés d’eau et de nourriture, selon la CIDH, certains soumis à des coups. Le Centre nicaraguéen des droits de l’Homme (Cenidh) quant à lui a reçu en un seul jour des dizaines de témoignages dénonçant « des détentions illégales avec passage à tabac, avec des traitements cruels, inhumains et dégradants, et avec des signes évidents de tortures perpétrées par la police nationale », selon un avocat du Cenidh, Braulio Abarca. Certains des détenus n’ont pas plus de 15 ans, selon lui. . « La police est au service d’une famille et du pouvoir », s’insurge le directeur juridique de la Cenidh, Gonzalo Carrion.