Les joueurs du Heat ont dû faire des cauchemars dans la nuit de vendredi à samedi. Hantés par les présences d’Anthony Davis et LeBron James, même dans leur sommeil. Parce que les deux superstars sont partout depuis le coup d’envoi des finales NBA mercredi. Tellement dominants. Tellement au-dessus.
Nouvelle illustration la nuit dernière, avec la victoire des Lakers (124-114), la deuxième en deux matches.
La franchise mythique vibre au rythme des exploits de ses deux patrons. 32 points à 15/20 aux tirs et 14 rebonds pour AD. 33 points, 9 rebonds et 9 passes pour son aîné, encore une fois très proche du triple-double. Le premier a écrasé la rencontre pendant trois quart-temps, le second a pris le relais dans les dernières minutes en inscrivant 10 points dans le money time.
Davis et James forment le premier duo des Lakers à marquer chacun plus de 32 points sur un match des finales depuis les légendaires Shaquille O’Neal et Kobe Bryant en 2002. C’est bien évidemment symbolique.
Les performances exceptionnelles des deux stars actuelles de Los Angeles leur valent donc des comparaisons très flatteuses avec deux des plus grands monuments de leur sport. « J’étais au lycée », se souvient LBJ quand les journalistes lui évoquent Shaq et Kobe. « Je n’ai jamais vu un duo aussi dominant. C’est un honneur de pouvoir être mentionné avec eux. »
Deux Goliaths
Même son de cloche pour son camarade, flatté du rapprochement. Quitte à aller plus loin dans le raisonnement, autant se demander lequel incarne O’Neal, lequel incarne Bryant. Là, le discours change. Davis mise sur la logique des postes : « LeBron est Kobe parce qu’il porte la balle, je suis Shaq parce que je joue dessus. » James pense différemment : « Je pense qu’en termes de puissance et de vitesse pour sa taille, Shaq pourrait se rapprocher de mon jeu. Alors qu’avec son élégance, sa capacité à tirer, à jouer dans la peinture ou dans le périmètre, AD a des points communs avec Kobe.»
L’intérieur des Lakers n’est pas aussi grand ou aussi costaud que le « Big Shaq » mais l’évolution de la ligue fait qu’il domine en dégageant lui aussi une impression de facilité déconcertante, encore plus en l’absence de Bam Adebayo (blessé). Mais dans le fond, peu importe qui est qui. Ces deux hommes dominent. Et le Heat pourrait subir le même sort que les Nets en 2002 (4-0 pour L.A.).
Mais comment leur en vouloir ? Comment faire le poids en affrontant deux des meilleurs joueurs du monde, si ce n’est les deux meilleurs ? « On a Bron avec nous mais je pense qu’Anthony Davis est le basketteur le plus fort de la planète », déclarait même Markieff Morris après le Game 1. Avant de se reprendre, et de rajouter LeBron James dans le lot.
C’est comme si David se retrouvait soudainement contre, non pas un mais deux Goliaths. C’est juste injouable. Et si le duo continue d’évoluer à ce niveau, alors les finales sont déjà plus ou moins jouées.

ANTHONY DAVIS, LA SUPERSTAR PARFAITE
Plutôt de distinguer qui est le plus fort entre James et Davis, on peut se concentrer sur un autre débat qui offre un peu plus de certitudes : il est le meilleur coéquipier qu’a connu LeBron tout au long de sa glorieuse carrière. Plus fort et plus dominant que le Dwyane Wade 2010-2014, qui était déjà limité par des blessures et qui avait été obligé de repenser en partie son jeu pour vraiment fonctionner au côté du natif d’Akron. Plus sûr et plus efficace que Kyrie Irving. Plus complet que n’importe quel autre joueur avec qui il a partagé la balle. «Sans manquer de respect à Dwyane Wade, AD complémente LeBron mieux que quiconque», lâchait Kendrick Perkins. Pas d’offense puisque Wade lui-même validait le message en assurant qu’il faisait exactement la même analyse.
Anthony Davis tourne à 29,3 points de moyenne depuis le début des playoffs. Jamais un coéquipier de LeBron James n’avait dépassé les 26 unités. Pas même Wade, pas même Kyrie. Il monte à 33 depuis le début des finales. Une machine. Mais comme l’indiquait Perkins, ce qui fait leur force, c’est d’abord leur complémentarité. AD peut être lui-même au côté de LBJ. Et inversement. Chacun s’appuie sur les qualités de l’autre. Davis peut se contenter de finir – et c’est un excellent scoreur – avec un playmaker d’exception comme James. LeBron profite lui des nombreux espaces créés par son camarade. Depuis le début de la compétition, James a offert 62 passes décisives à Davis, qui lui en a rendu 37. Le signe d’un duo qui fonctionne à merveille. D’ailleurs, les Lakers affichent un bilan de 20 victoires pour une seule défaite quand leurs deux superstars cumulent 60 points ou plus.
« PAS JALOUX »
Les deux futurs Hall of Famers s’entendent à merveille sur et en dehors du terrain. C’est notamment ce que soulignait James en répondant subtilement à une déclaration lunaire de Kyrie Irving avant-hier : « Je pense que ce que le secret de notre succès, avec AD, c’est que nous ne sommes pas jaloux l’un de l’autre. C’est ce qu’il y a de mieux. Dans le sport professionnel, quand deux athlètes majeurs joignent leurs forces, (…) la jalousie s’installe souvent. Nous, c’est tout l’inverse. On sait qui on est. On sait ce qu’on veut. Et quand en plus il y a du respect, le ciel devient la seule limite. »
On comprend qu’ils ne se déchireront pas pour savoir lequel des deux sera MVP des finales d’ici quelques jours. Une lutte pour une récompense individuelle qui paraît plus disputée que la série en elle-même… En tout cas, cette relation saine, c’est justement ce qui différencie le plus Davis et James de Shaq et Kobe. Eux ne se retourneront pas l’un contre l’autre. Ça promet pour les deux ou trois années à venir. n