L’augmentation des prix du pétrole qui pourrait découler de l’accord de réduction auquel est parvenu, jeudi, l’Opep+, ne devrait pas s’inscrire dans la durée, estime l’expert dans le secteur et ancien Président-Directeur général de la Sonatrach, Nazim Zouiouèche.
«L’accord annoncé par les membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et autres producteurs hors Opep, soit l’alliance Opep+, aura un impact de courte durée sur les prix de l’or noir qui baisseront à nouveau suite à la crise sanitaire de la pandémie du coronavirus qui continuera d’influer sur l’activité économique mondiale, d’où le maintien de la baisse sur la demande pétrolière», a-t-il dit dans ce sens.
Sauf que si l’on suit à la lettre, et aux chiffres, le compte-rendu de l’APS, l’expert évalue l’impact des seules coupes de 10 millions de barils par jour décidées pour les mois de mai et juin. Or, les réductions convenues dans le cadre de l’alliance se poursuivront jusqu’à avril 2021, avec 8 mbj pour le second semestre 2020 et 6 mbj de janvier 2021 à avril 2022. Ceci étant, l’intervenant fait remarquer que les cours de pétrole «reposent essentiellement sur la règle de l’offre et la demande, qui fixe la fluctuation des cours en Bourse», pour déduire qu’«il n’y aura pas d’équilibre des prix internationaux de l’or noir sur le marché, sauf en cas de réduction du stock mondial et de reprise de l’activité et de la croissance économique à travers le monde à une cadence normale».
Or, le stock mondial que M. Zouiouèche cite fait actuellement un plein rarement atteint dans l’histoire des transactions pétrolières, à la faveur des prix très bas qui permettent aux pays importateurs d’acheter sans compter et de remplir leur réserves pour les mois à venir.
Rappelant que la demande mondiale de brut a sensiblement reculé sous l’effet des mesures sanitaires anti-coronavirus à travers l’ensemble de la planète, l’ex-patron de Sonatrach notera que plusieurs secteurs ont été plombés par cette démarche, citant les moyens de transport collectif et individuel, c’est-à-dire un secteur classé plus grand consommateur de pétrole à travers le monde, avec un taux de 52%, rappellera-t-il, insistant sur «la persistance des mêmes facteurs qui donnera lieu à rebondissement «momentané» des prix du pétrole, répètera-t-il.
S’inscrivant dans une autre logique que celle de l’ex-PDG de Sonatrach, le ministre de l’Energie Mohamed Arkab a estimé, hier, que l’accord de jeudi «a envoyé des signaux forts au marché» et que ce marché pourrait retrouver son équilibre durant le second semestre 2020, a-t-il prédit dans une déclaration sur la chaîne TV Echourouk News. M. Arkab a appuyé ses prévisions par «la hausse significative de la dynamique économique en Chine». Toutefois, il a indiqué que ce n’est pas possible de prévoir les prix qui sont le résultat d’une offre et d’une demande sur le marché. «Nous avons donné un signal pour le marché avec la baisse de la production et les prix ne sont que le résultat de cette offre», a-t-il expliqué. Le ministre prévoit, cependant, «une saturation dans les capacités de stockage dans le monde», ce qui permettra, à travers l’accord, d’éponger progressivement la surproduction actuelle». Par ailleurs, M. Zouiouèche n’a pas manqué de mettre l’accent sur l’importance de l’adhésion des Etats-Unis à l’accord de réduction de la production dans le cadre de ce qu’il a, à son tour appelé «Opep++».
A propos de la position du Mexique, qui limite sa réduction à 100 000 barils par jour (bj), alors qu’il lui a été demandé une coupe de 400 000 bj, l’expert dira que l’approbation de ce pays qui n’est pas membre de l’Organisation «n’est pas une priorité», soulignant que l’accord de réduction de la production peut entrer en vigueur à partir de la date qui a été décidée lors de la réunion de l’Opep+. L’Opep+ avait déclaré, dans un communiqué, que l’accord final «est tributaire de la participation du Mexique à l’accord». Pour sa part, le président mexicain, Andrés Manuel Lopez Obrador, a indiqué vendredi être parvenu jeudi à un accord avec les Etats-Unis pour réduire la production de pétrole de ce pays de 250 000 bj supplémentaires par rapport à leurs engagements précédents pour compenser la part mexicaine.
Pour rappel, les pays de l’Opep et leurs alliés, à l’exception du Mexique, ont approuvé jeudi, tard dans la nuit, un accord portant sur une réduction massive et urgente de leur production pétrolière, s’étalant sur deux ans. Après une réunion extraordinaire, en visioconférence, qui s’est étalée sur 10 heures, de négociations serrées, les producteurs de pétrole, dont l’Algérie, ont convenu de réduire leur production de 10 millions de barils/jour (mb/j) durant les deux prochains mois, à compter du 1er mai et jusqu’à la fin juin 2020. Cette réduction devrait ensuite se poursuivre, du 1er juillet à la fin décembre 2020, mais avec une cadence inférieure, à savoir une baisse de 8 mb/j.
L’accord prévoit enfin que les pays concernés par la déclaration de coopération de l’Opep+, signée en 2016, continuent leurs efforts visant à équilibrer un marché fortement impacté par la pandémie de coronavirus, en appliquant une réduction de leur production de l’ordre de 6 mb/j à compter du 1er janvier 2021 et jusqu’à la fin avril 2022.
L’extension de cet accord, au-delà du 30 avril 2020, sera réexaminée en décembre 2021,
précise le communiqué de l’Opep qui avance que la prochaine réunion de l’Opep+ a été fixée au 10 juin 2020 pour «déterminer d’autres actions, si nécessaire, pour équilibrer le marché».
Les pays de l’Opep+ ont convenu de convaincre, lors de la conférence virtuelle des ministres de l’Energie du G20, qui s’est tenue vendredi, les autres producteurs pétroliers mondiaux d’adhérer aux présents accords.