A la veille de la réunion de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et ses alliés (Opep+), les analystes du marché sont unanimes à estimer qu’une réduction plus conséquente de l’offre est, aujourd’hui, nécessaire pour réduire de la chute des cours du pétrole provoquée par le coronavirus via une demande mondiale en recul.

Par Feriel Nourine
Parmi ces experts, l’ancien PDG de Sonatrach, Nazim Zouiouèche, qui dit ne pas s’attendre à une reprise « sensible » des prix de l’or noir d’ici au mois de novembre. C’est pourquoi « l’Opep et son allié russe peuvent évidemment décider d’une autre réduction, mais celle-ci ne doit pas être une réduction cosmétique mais une réduction importante et répétitive si nécessaire tout en étant scrupuleusement respectée », recommande M. Zouiouèche dans une déclaration à l’APS.
Cette démarche est plus que jamais recommandée, même si elle sera difficile à mettre pleinement à exécution face aux capacités des Etats-Unis de maintenir l’offre excédentaire par la voie du gaz de schiste, souligne toutefois l’ex-patron de la compagnie nationale d’hydrocarbures. Posant lui-même la question de savoir s’il est possible d’arriver au type de réduction qu’il recommande, il répond en estimant que le « résultat est difficile à imaginer d’autant plus que les USA disposent toujours de la possibilité d’augmenter leur production par un appel au schiste qui, semble-t-il, peut encore améliorer ses performances », explique-t-il. De plus, les Etats-Unis ont, cette année, rendez-vous avec l’élection présidentielle, et pour espérer décrocher un second mandat, Donal Trump axe sa campagne sur les performances économiques de son pays qui ont besoin d’un prix de baril plutôt faible, poursuit le même intervenant. Du coup « pour les Etats-Unis une augmentation sensible des prix du pétrole pourrait entraîner une inflation en hausse qui mettrait en danger leur économie actuellement florissante, alors que Donald Trump a répété à plusieurs reprises qu’il tenait à un prix contenu de l’énergie et qu’il ne voulait pas d’une hausse conséquente », souligne-t-il encore, précisant qu’une fourchette 50- 60 dollars serait la préférence du président américain.
Par ailleurs, M. Zouiouèche considère que la propagation du coronavirus n’est pas le seul facteur qui est en train de tirer les prix vers le bas. Il relève dans ce sens que « dès 2020, la couverture médiatique intense autour de l’épidémie de coronavirus en Chine a provoqué une réduction drastique des prix de l’ordre de 20%, alors que l’épidémie de Sras au début du siècle n’avait pas occasionné un tel écho négatif ».
En fait, le marché était déjà plongé dans une « morosité ambiante » et l’épidémie « a accéléré la tendance baissière », soutient-il, en rappelant que « la Chine, principal importateur, voyait ses activités réduites entraînant ainsi un risque de chute de la demande avec une offre constante (le marché pétrolier anticipe toujours très rapidement) même en hausse, si on tient compte des annonces des nouvelles performances du schiste américain ». A la question de savoir quel serait l’impact d’une nouvelle réduction de l’Opep+ sur l’Algérie, l’ex-P-DG de Sonatrach dira qu’il sera « marginal », puisque, explique-t-il, « nous produisons un peu en dessous du quota actuel, alors que les prévisions futures ne sont pas très encourageantes (la production chute depuis 2008).
Par contre l’impact financier des prix actuels et de nouvelles réductions se vérifiera aux dépens de l’économie nationale et la « réalisation des différents programmes risque de s’inscrire négativement », prévient-il. Partant de cette hypothèse, « il devient de plus en plus nécessaire de prendre les mesures ad hoc pour atténuer la dépendance aux hydrocarbures », préconise à son tour M. Zouiouèche. Dans cette logique, et « au-delà de la réduction des importations, qui s’avère difficile, il faudrait revoir notre politique de subvention et développer une diversification de notre économie en utilisant une partie de nos réserves restantes et créer les conditions pour accroître les IDE en améliorant le climat des affaires » soutient-il.
Il est aussi question d’assainir « au plus vite » les finances publiques et de développer les énergies renouvelables « largement disponibles » pour augmenter leur participation à la production d’électricité et « dégager ainsi au plus vite de larges quantités de gaz naturel », conclut le même ex-responsable.
Abondant dans le même sens, l’expert en énergie Mourad Preure estime que la situation de crise pétrolière devrait plutôt servir à l’Algérie pour s’affranchir de sa dépendance des hydrocarbures. Ceci d’autant que les prix risquent de poursuivre leur chute jusqu’à hauteur de « 40 dollars le baril », estime-t-il. Ajoutant que pareille dégringolade aura un fort impact sur les recettes d’exportations du pays. Estimées à 34 milliards de dollars en 2019, ces recettes risquent même de tomber à 20 milliards de dollars cette année, a souligné M. Preure sur les ondes de la Radio nationale. Il relèvera, à l’occasion, qu’« on est dans un contexte qu’on ne pouvait pas imaginer… L’arrêt de l’usine du monde [la Chine] nous met dans une situation imprévisible». Il s’agit d’une situation «très complexe» que traverse le marché mondial du pétrole. «Nous risquons un véritable choc baissier», a-t-il prévenu. D’après lui, le marché pétrolier ne fait pas, aujourd’hui, face à des « épisodes baissiers » comme c’était le cas sous la fluctuation des réserves américaines mais, il est guetté par le risque d’un «véritable choc baissier» qui peut fléchir le seuil des prix sous la barre des 40 dollars.<