On en oublierait presque la performance étincelante du Bayern Munich. Vendredi, le FC Barcelone a subi une déroute historique, qui polarise l’attention des médias comme celle de nombreux fans de football. Qui symbolise un point de non-retour, aussi. C’est en tout cas souhaitable pour le club catalan. Mais pendant ce temps, de l’autre côté du ring, l’ogre bavarois chemine tranquillement vers le dernier carré de la Ligue des champions. Fort d’une démonstration seulement surprenante par les proportions qu’elle a prises (8-2). Vous connaissez le dicton. Si elles peuvent vous coller sept, huit ou dix buts… les grandes équipes le font. Est-ce une réalité ? Les grandes équipes allemandes ont tendance à le prouver. La Mannschaft l’avait fait lors du Mondial 2014, avec sa victoire 7-1 face au Brésil lors d’une demie mythique, sur les terres d’un public brésilien médusé. Le Bayern l’a imitée vendredi, dans le cadre feutré de Lisbonne. « Quand on a marqué cinq, six buts, continuer à jouer à fond, c’est juste formidable », s’est félicité Hansi Flick, le coach munichois.

« Intensité » et « mentalité »
« Je me suis réjoui de voir les joueurs qui sont entrés en jeu, qui se sont mis tout de suite dans le rythme et ont continué ce que les autres avaient fait avant eux », poursuit le technicien allemand, alors que Philippe Coutinho a notamment inscrit deux buts et délivré une passe décisive en sortie de banc. Cette capacité à appuyer sur l’accélérateur constamment est un point fort revendiqué par Flick : « Actuellement, c’est notre mentalité (…) On peut dire que c’est un signal aux adversaires.» Si l’on devait résumer la domination bavaroise en un mot, ce serait intensité. « On voulait continuer à presser même en sachant que c’est une équipe très bonne avec la balle, raconte Kingsley Coman, entré à la 67e minute, et dont l’équipe a marqué sur deux récupérations hautes lors du premier acte. On voulait les étouffer, mettre beaucoup de pression, de rythme, c’est ce qu’on a réussi à faire.» L’entraîneur du champion d’Allemagne abonde dans le sens de son ailier : « Je dois faire un compliment à toute l’équipe, pour l’intensité (…) On savait que si on mettait la pression aux Barcelonais, ils pouvaient faire une erreur.»

Müller réhabilité
Le succès écrasant du Bayern, c’est une ode au collectif. Pourtant, il est aisé de mettre en exergue quelques individualités. Alphonso Davies par exemple. Auteur d’un slalom stupéfiant pour offrir, sur un plateau, le cinquième but des siens à Joshua Kimmich. Ou encore Robert Lewandowski. L’avant-centre polonais a été décisif sur l’ouverture du score et crédité d’un but en fin de rencontre, comme si ne pas marquer lors d’une telle partie était impossible pour lui. Mais s’il ne fallait en retenir qu’un, ce serait Thomas Müller. Désigné homme du match, l’homme aux cent capes avec la Mannschaft a été grand. Il a lancé la machine dès la 4e minute, claqué un deuxième but, puis glissé un ballon délicieux à Coutinho pour le faire briller. Il a synthétisé en un soir tout ce qu’il démontre depuis l’arrivée de Flick sur le banc munichois, en novembre dernier. Remplaçant en début d’exercice, Müller signe ainsi une saison de haut standing (14 buts et 26 passes décisives en 48 rencontres).

Plus « brutalement dominateurs »
Interrogé après ce récital par Sky Deutschland, Müller l’a comparé à celui obtenu face au Brésil en 2014, auquel il avait participé et qu’il avait également enclenché d’un but précoce. « C’est une soirée très spéciale, a-t-il estimé dans des propos traduit par nos confrères de L’Equipe. La manière dont nous avons joué, c’est très particulier. Lors du 7-1 au Brésil, nous n’avions pas eu autant le contrôle. Nous avions été bons, certes, mais ce soir (vendredi soir, ndlr), nous avons été brutalement dominateurs.»
« Nous avions déjà, avant ce match, une grande confiance en nous », ajoute Thomas Müller, dont l’équipe fait office d’épouvantail de la compétition. Mais au milieu de tous ces discours positifs et optimistes, les membres du Bayern Munich disséminent des paroles plus prudentes.
« Le prochain match commencera à 0-0 » ont ainsi rappelé Müller, Coman et Flick dans leurs interviews respectifs. Il y a une part de communication évidente, dans ce holà de rigueur. Mais il peut aussi s’appuyer sur la partition impressionnante de vendredi. Légendaire mais imparfaite.
Un accroc : la défense
Face à un Barça dont le manque d’idées, criant toute la saison, a encore été à fustiger, le Bayern n’a pas été impérial derrière. Le secteur défensif bavarois n’est pas à la hauteur de son homologue offensif, ni plus globalement de l’animation du jeu des hommes de Flick. Le bloc allemand a parfois semblé friable à Lisbonne, notamment susceptible d’être mis en défaut dans son dos.
Cinq ans après avoir fait son entrée au panthéon d’internet à la suite de sa chute sur un drible de Lionel Messi, Jérôme Boateng a paru bien lent face à Luis Suarez, quand celui-ci l’a mystifié juste avant l’heure de jeu pour entretenir un semblant de suspense. Ce Bayern est une machine de guerre. Mais celle-ci à des failles. Manchester City se donnera le droit de chercher à les exploiter. n