La question de l’insécurité alimentaire domine les débats à l’Assemblée générale des Nations unies. Les déclarations, les alertes et les annonces d’aide traduisent une double réalité : l’inquiétude de voir des pays consommateurs – au Moyen-Orient et en Afrique – manquer de produits agricoles et de provisions en céréales, la mobilisation de ce thème sensible dans le conflit opposant la Russie au camp occidental.

Synthèse Selma Allane
Le président américain Joe Biden a annoncé hier mercredi devant l’Assemblée générale des Nations Unies une nouvelle aide de 2,9 milliards de dollars pour lutter contre l’insécurité alimentaire dans le monde. Ce nouveau financement, qui s’ajoute à une somme de 6,9 milliards de dollars déjà promise cette année par Washington pour lutter contre la faim dans le monde, se décomposera ainsi: 2 milliards pour des interventions humanitaires d’urgence, 783 millions pour des projets de développement de plus longue haleine, et une contribution de 150 millions au «Global Agriculture and Food Security Program», une plate-forme internationale lancée au niveau du G20 après la grande crise financière et économique de 2008.
«Les conséquences cumulées de la pandémie, de la crise climatique qui s’aggrave, de l’augmentation des coûts de l’énergie et des engrais, et les conflits prolongés – dont l’invasion de l’Ukraine par la Russie – ont perturbé les chaînes d’approvisionnement alimentaire mondiales et fortement fait augmenter les prix de la nourriture au niveau mondial», constate pour sa part l’exécutif américain dans un communiqué publié avant le discours du chef de la Maison Blanche.
Les Etats-Unis ont fait de la sécurité alimentaire une priorité diplomatique, non sans arrière-pensées politiques, en ciblant la responsabilité de la Russie. C’est le cas des pays de l’Union européenne (UE) de considérer la Russie comme seule responsable des perturbations d’acheminement du blé ukrainien vers les pays consommateurs, en Afrique notamment.
Mardi 20 septembre 2022, des dirigeants du monde entier ont appelé mardi à redoubler d’efforts pour lutter contre l’insécurité alimentaire croissante dans le monde Dans une déclaration commune publiée à l’issue d’une rencontre ministérielle en marge de l’Assemblée générale de l’ONU à New York, les Etats-Unis, l’Union européenne, l’Union africaine, la Colombie, le Nigeria et l’Indonésie affirment leur «engagement à agir avec urgence, ampleur et de concert pour répondre aux besoins alimentaires urgents de centaines de millions de personnes à travers le monde».
Ces parties s’engagent notamment à augmenter leur aide financière aux organismes humanitaires et à ne pas mettre en place de restrictions aux marchés alimentaires et des engrais, dont ils veulent accroître la production. Cette réunion intervenait dans le sillage du G7 en juin au cours duquel les grandes puissances avaient promis de consacrer près de 5 milliards de dollars pour lutter contre l’insécurité alimentaire. Ni la Russie ni la Chine n’ont participé au sommet.
D’un autre côté, de nombreux pays du Sud insistent également sur ce thème dans le contexte élargi de la crise climatique et des prix de l’énergie. Les dirigeants ont souligné le caractère «vital» de l’accord dit de la «mer Noire», qui permet d’acheminer par bateau les céréales ukrainiennes.

Besoin d’engrais
Cet accord, signé par la Russie et l’Ukraine puis validé par les Nations unies et la Turquie en juillet, a permis la reprise de l’exportation des céréales ukrainiennes par un corridor sécurisé. «Contrairement à la désinformation en provenance de Moscou, ces céréales et autres produits alimentaires vont là où il le faut, soit aux pays les plus vulnérables, globalement dans le Sud», a assuré M. Blinken. L’accord a aussi permis de faire «baisser les prix» et «doit être reconduit, et urgemment», a-t-il dit. L’invasion de l’Ukraine par la Russie a contribué à aggraver les pénuries alimentaires auxquelles sont confrontés des pays parmi les plus pauvres du monde. Selon un rapport américain du Conflict Observatory, environ 15% de la capacité de stockage de céréales de l’Ukraine a été perdue depuis le début de la guerre en février, avec des effets néfastes pour la sécurité alimentaire mondiale.
«Il apparaît clairement que la perturbation actuelle des chaînes d’approvisionnement alimentaire et la guerre en Ukraine vont impacter les prochaines récoltes. Il y a environ une à deux récoltes par an et nous le voyons déjà», avait auparavant mis en garde Alvaro Lario, qui préside le Fonds international pour le développement de l’agriculture (Fida), en insistant sur la question des engrais dont la Russie est un important producteur. «Cela va être dévastateur l’année prochaine (…) peut-être pire que pendant le Covid», a-t-il dit lundi à l’AFP. La semaine dernière, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres avait averti: «Si nous ne stabilisons pas le marché des engrais en 2022, il n’y aura tout simplement pas assez de nourriture en 2023.» n