24 février1971-24 février 2021. Notre pays fête aujourd’hui le demi-siècle de la nationalisation de la richesse fossile. Un évènement fondateur et un tournant dans l’histoire de la jeune République algérienne. Des acquis indiscutablement considérables qu’il s’agit de conserver en épargnant la ressource existante menacée par une consommation effrénée et en s’orientant vers le renouvelable et la diversification de l’outil économique.

L’Algérie commémore, aujourd’hui le 50e anniversaire de la nationalisation des hydrocarbures, coïncidant avec le 24 février 1971. L’Algérie recouvrait alors sa souveraineté totale sur ses ressources naturelles. Les firmes pétrolières qui exploitent le sous-sol algérien étaient contraintes, à la faveur de cette nationalisation, de s’associer à Sonatrach pour pouvoir investir dans des activités de recherche et de production. Elles étaient également obligées de créer une société de droit algérien afin de bénéficier de ces avantages.
Le 12 avril 1971, la première «loi fondamentale» sur les hydrocarbures a été promulguée (Ordonnance 71-22), définissant le cadre dans lequel les compagnies internationales peuvent exercer des activités de recherche et de production des hydrocarbures en Algérie. Depuis, cette loi a été soumise à plusieurs changements aux fins de l’adapter aux impératifs algériens et aux évolutions de l’industrie pétrolière et gazière à l’international. Quatre années après la nationalisation des hydrocarbures, l’Ordonnance 75-13, qui augmente les redevances et les impôts à 20% sur les hydrocarbures liquides, 5% pour les hydrocarbures gazeux et 85 % pour le taux d’impôt direct pétrolier sur les bénéfices de la Sonatrach, a été promulguée en 1995.
En 1986, année marquée par le premier choc pétrolier, la loi sur les hydrocarbures ouvre l’amont pétrolier à l’investissement étranger. La loi a été par la suite révisée en 1991, en 2005, en 2006, en 2013 et en 2019, dernière révision en date de la loi sur les hydrocarbures, mais dont les textes d’application n’ont jamais été publiés. On en est là. Les derniers correctifs apportés à la loi fondamentale régissant le secteur de l’énergie n’ont pu – pour des raisons inexpliquées – être mis en application, 14 mois après le vote de la dernière loi sur les hydrocarbures par les deux chambres du Parlement. Cette loi, qui apportait de nouvelles concessions au profit des investisseurs étrangers, avait pour objectif de redynamiser l’activité du secteur, dont l’amont enchaînait les contreperformances depuis maintenant plusieurs années. La dernière en date fait état d’une baisse de 13,4% de l’activité du secteur de l’énergie à l’issue du premier trimestre de l’année dernière, une des pires contreperformances que le secteur n’ait jamais connu depuis maintenant plusieurs années. Cependant, la baisse des cours du brut sur le marché international a contraint la compagnie publique des hydrocarbures Sonatrach à réduire sa voilure en 2020, ce qui pourrait se traduire par un déclin plus prononcé de l’activité du secteur.

Les chocs pétroliers, source d’inquiétude
Bien évidemment, le ralentissement de l’activité dans le secteur des hydrocarbures va se répercuter sur l’ensemble des maillons de la croissance, étant donné que l’énergie joue un rôle de pourvoyeur de fonds de l’ensemble des autres activités économiques. Preuve en est que la baisse des prix du pétrole, en 2014, a mis des pans entiers de l’économie à genoux, mis à sec les circuits bancaires en raison d’une baisse drastique des dépôts du secteur, fragilisé de nombreuses entreprises dont la survie était tributaire du concours financier de l’Etat. Ce fut le cas aussi en 2008, lorsque la crise des subprimes, qui a fragilisé l’économie mondiale, s’est traduite par une chute des prix du pétrole, laquelle avait, à nouveau, remis au goût du jour les vulnérabilités de l’économie algérienne, plus que jamais dépendante, non plus des hydrocarbures, mais de la bonne rentabilité du baril de Brent sur le marché international. Avant 2008, ce fut le choc pétrolier de 1986 qui a précipité l’Algérie dans l’engrenage de la dette duquel elle n’a pu s’extirper avant 2004. Le dernier choc pétrolier en date, remontant à 2014, a fait fondre comme neige au soleil l’ensemble des avoirs en dinars cumulés dans le Fonds de régulation des recettes pétrolières (FRR) depuis le début des années 2000. Il a suffi d’un peu plus de deux années pour que les 5 000 milliards de dinars s’évaporent sous l’effet de la baisse des prix du pétrole, amorcée depuis la mi-2014.
Les réserves de change ont, quant à elles, chuté de près de 194 milliards de dollars à moins 50 milliards de dollars aujourd’hui. Les déficits jumeaux caracolent à des niveaux insoutenables, contraignant le gouvernement à faire appel à la planche à billets pour remettre les banques et les institutions de l’Etat à flot. La Banque centrale a mis ainsi à la disposition du Trésor un cash-flow de plus de 6 550 milliards de dinars sous forme d’une dette. La rechute des prix dès le début de l’année 2020 n’a fait qu’aggraver la situation financière et économique du pays, dont les indicateurs macroéconomiques virent au rouge vermeil, faute de réformes de nature à diversifier le modèle de croissance.
Le défaut de diversification aggrave de plus en plus la dépendance de l’Algérie à la rente pétrolière et réduit la résilience de l’économie aux chocs externes. Preuve en est qu’environ 1 000 milliards de dollars ont été dépensés depuis le début des années 2000 sans que cette dépendance ne soit réduite. Bien au contraire, 50 ans après la rationalisation des hydrocarbures, le pays n’a jamais été aussi dépendant du pétrole et de la dette.