Reporters : Certains observateurs font état d’une régression des partis islamistes lors des élections locales du 23 novembre, quelle lecture en faites-vous ?

 

Nasser Djabi : Il faut d’abord observer les résultats. Si on prend l’exemple du MSP, il est clair qu’Abdelmadjid Menasra, le chef du parti, voulait «sauver sa peau» alors que le MSP a participé à ces élections sous sa direction.

Si on reste justement avec ce parti, certaines lectures affirment que le MSP n’a pas évolué au cours des dernières années, d’où ces résultats considérés comme modestes. Qu’en pensez-vous réellement ?

Je ne pense pas que le parti a cessé d’évoluer et, même s’il n’a pas gagné, je dirais qu’il n’a pas perdu non plus. Par contre, la globalité du courant islamiste en Algérie, qui est constituée de plusieurs partis, a bel et bien régressé. Pour être plus précis, je dirais que c’est le courant des Frères Musulmans qui a régressé en Algérie.

A votre avis, quelles sont les causes de cette régression ?

Ce courant vit une crise de leadership ainsi qu’un manque d’efficacité. Cela est dû surtout à la confusion qui entoure son positionnement politique actuel. Il n’est ni franchement dans l’opposition ni clairement avec le pouvoir. Si les islamistes sont au sein du pouvoir, je dirais qu’ils n’en ont pas bénéficié, comme c’est le cas, par exemple, pour le parti TAJ. Par contre, s’ils sont dans l’opposition, ils n’ont pas eu le soutien populaire escompté. Cette situation du juste milieu n’est pas vendable dans la société. Je dirais aussi que leurs leaders n’ont plus le charisme d’antan. Ils n’ont vraiment pas évolué d’autant plus que les discordes internes sont devenues monnaie courante.

Pensez-vous que ce courant politique puisse rester dans cette situation, notamment après les résultats réalisés aux élections ?
Si on fait une comparaison avec ce qui se passe en Tunisie et au Maroc, où les islamistes participent au pouvoir, il faut sérieusement se poser des questions sur leur avenir dans notre pays. Sur leurs stratégies futures. Ça dépendra comment ils vont évoluer.