Par Sihem Bounabi
Nardjess Flici, 39 ans, doctorante en sciences politiques et relation internationale, professeur à l’Ecole supérieure des sciences politiques, mariée deux enfants, est candidate aux élections législatives du 12 juin dans la liste du parti Jil Jadid de la wilaya d’Alger.
La candidate nous explique son choix de participer à ses élections en tant que candidate : «Tout ce qui se fait jusqu’à présent avec le Hirak, c’est très bien mais à un moment donné, il faut s’organiser. Je suis de celles et ceux qui pensent que l’on ne peut pas continuer à vivre et maintenir la stabilité d’un pays sans une organisation.» Elle ajoute : «J’estime que la nouvelle loi électorale ouvre une brèche à tous ceux qui ont des revendications, un programme ou des propositions constructives pour la société algérienne.»
Ainsi la candidate de Jil Jadid souligne l’importance de participer à ses élections en déclarant : «Pour moi, c’est important car je pense que le changement commence au niveau du Parlement. Si on veut vraiment un changement, c’est par les textes de loi et revoir certains mécanismes pour améliorer et contribuer à de meilleures conditions de vie pour les Algériens au quotidien.» Concernant l’organisation de la campagne électorale, elle explique que la stratégie de campagne commence d’abord par des tournées de proximité. «Les candidats de Jil Jadid l’ont fait dans plusieurs quartiers de la capitale afin de rétablir la confiance entre le peuple et l’Etat et le sensibiliser sur l’importance des législatives et le rôle des élus en tant que médiateurs entre les aspirations du peuple et l’Etat». Nerdjess Flici précise à ce sujet qu’«il y a beaucoup de personnes qui ne savent pas que les élections sont pour des législatives et ne connaissent pas vraiment le rôle des élus. Donc notre premier travail sur le terrain, c’est de répondre au questionnement des gens que nous rencontrons lors de nos tournées, notamment à la Casbah, à Mahelma, Staoueli, Draria et d’autres quartiers».
En plus des tournées de proximité, il y a également des rencontres thématiques avec des cadres de l’Etat et des chercheurs universitaires pour sensibiliser sur l’importance des élections et partager leur expérience dans différents domaines abordés «à l’instar de l’agronomie, de l’économie, de la protection de l’environnement ou du système éducatif qui est un sujet qui me tient vraiment à cœur. Il s’agit à travers ces rencontres thématiques de sensibiliser les élites afin qu’elles participent au changement, notamment à travers des propositions et l’élaboration de nouvelles lois et de politique publique». Mettant en exergue : «Notre priorité est de faciliter le quotidien de l’Algérien à travers les différentes thématiques que nous avons dans notre projet.» Elle ajoute que les candidats sont accompagnés par la cellule de communication de la direction générale du parti qui s’occupe notamment de l’ouverture vers les médias. Précisant toutefois que «les candidats ont la liberté de choisir ou d’opter pour la stratégie qui les intéresse tout en restant dans l’esprit de la solidarité de groupe».
A propos de son clip de campagne diffusé sur les réseaux sociaux, Nerdjess Flici déclare : «C’est aussi un choix de campagne pour toucher toutes les franges de la société, notamment la jeunesse algérienne.» Elle explique que la séquence qui s’est déroulée dans sa cuisine, c’est aussi «une manière de dire que la femme algérienne est sur tous les fronts, autant au salon à voir les infos, dans la cuisine ou dans le bureau. C’est une manière de partager mon quotidien avec les électeurs».
Face aux opposants et aux appels au boycott des élections législatives qui dénoncent le fait qu’elles se déroulent dans un contexte liberticide où les détenus d’opinion sont toujours derrière les barreaux, elle estime que «personnellement, je suis contre l’emprisonnement des détenus d’opinion car j’estime qu’il y a d’autres procédures. Mais sincèrement, je ne pense pas que cela soit une raison pour arrêter tout le processus électoral. Justement, c’est en entrant à l’Assemblée populaire nationale que les élus du peuple pourront faire changer les lois et porter les revendications du peuple. Car si on veut vraiment changer les choses, il faut démarrer de la source, qu’est le Parlement».
La candidate nous annonce qu’en cas de victoire, il y a beaucoup de dossiers prioritaires à court et moyen termes pour le parti Jill Jadid, mais le dossier prioritaire pour la candidate est «celui de l’éducation, de la recherche scientifique, de la jeunesse et trouver des solutions à toutes les problématiques qui vont faciliter le quotidien des Algériens».
En parlant d’éducation nationale, évoquant l’agression des enseignantes de Bordj Badji-Mokhtar, elle dénonce cette agression en confiant : «Cela m’a mis en colère. C’est inadmissible, inacceptable et révoltant.»
Nerdjess Flici nous confie également ses réactions suite à l’assassinat de son père, médecin à la Casbah, il y a trente ans, par les islamistes : «J’ai été très affectée et j’ai toujours du mal à l’accepter. Ma mère a mis du temps pour atténuer ce désir de vengeance. Je ne pardonne pas et je ne pardonnerais jamais.» Enchaînant : «J’ai cette hantise que l’Algérie revive ce qui s’est passé dans les années 1990 car je ne souhaite pas à mes enfants de vivre la peur et les tragédies que l’on a vécues. Certes, maintenant, c’est derrière nous, mais la menace est toujours présente.»
La candidate de Jill Jadid a tenu à rendre hommage à son père, en déclarant : «Il a aimé l’Algérie et a tout donné pour l’Algérie. Il a refusé de partir en disant ‘je ne leur laisserai pas notre Algérie. On n’a pas fait la révolution pour leur céder la place et je ne céderais jamais la place’.» En concluant : «C’est ce qui m’a poussée vers cette aventure électorale car, pour moi, c’est un véritable combat pour occuper la place et construire une Algérie meilleure en améliorant le quotidien des Algériens.»