Le secteur du BTP, notamment dans l’immobilier, est confronté à un grand manque de main-d’œuvre qualifiée, ce qui contraint nombre d’opérateurs à la délaisser au profit d’employés étrangers.

Des acteurs privés et publics tentent de rattraper le retard que connaît le pays en termes de formation dans ce secteur. Nadir Cherrouk, directeur général de Kit Construction est l’un d’eux.

Reporters : Pouvez-vous nous parler de Kit Construction et des difficultés que vous rencontrez en termes de main-d’œuvre ?
Nadir Cherrouk : La Sarl Kit Construction est une entreprise de BTP créée en 2009. Notre entité est spécialisée dans les aménagements, décorations intérieure et extérieure, ainsi que la maintenance et entretien des habitations et locaux. Kit Construction a subi, comme toutes les entreprises issues du secteur, les perturbations et le manque de sérieux dans la main-d’œuvre. On peut citer entre autres, maçon, plombier, plâtrier, étanchéiste, plaquiste, serrurier, vitrier, carreleur, manutentionnaire, technicien de surface, jardinier, tondeur de gazon, enduiseur, peintre menuisier.

Comment tentez-vous d’y remédier ?
Le besoin pressant de main-d’œuvre qualifiée pour la pérennité et le développement de notre entreprise nous a poussés à prendre ce problème sérieusement en charge en s’inspirant du modèle de la grande entreprise DNC, juste après l’Indépendance. Nous avons doté l’entreprise d’un centre d’apprentissage et de perfectionnement des métiers susmentionnés. Nous formons à travers des programmes universels issus de l’Organisation internationale du travail (OIT), de l’AFPA et de l’OCDE, des programmes développés en Europe, en particulier en France et en Espagne. Ce centre permet de faire évoluer l’ouvrier en permanence sur les techniques et équipements en développement continu. Chaque ouvrier en Algérie doit bénéficier de ce programme.

Quelles sont les lacunes de l’Algérie en termes de formation dans le secteur de la construction immobilière ?
Permettez-moi d’être direct et franc par rapport à cette question. Arrêtons de nous mentir. Nous, citoyens algériens, nous nous sommes tous laissés entraîner par la médiocrité, l’assistanat et le laisser-aller ! Je n’évoquerai pas de chiffres, ce langage trompeur. Le terrain est cédé à la main-d’œuvre chinoise, turque, espagnole, portugaise, égyptienne, marocaine pour les métiers techniques. La main-d’œuvre illicite non déclarée subsaharienne a remplacé la main-d’œuvre algérienne. Je suis contre et je dispose d’arguments de taille qui démontrent que la main-d’œuvre algérienne vaut mieux que cette étiquette « l’Algérien ne travaille pas et refuse de travailler ». Arrêtons de mépriser notre jeunesse délaissée et désorientée. Pour moi, on n’a plus le droit de rester dans les constats, nous devons agir tous, le temps n’est plus en notre faveur, il y a urgence.

Vous parlez de la nécessité d’un changement des mentalités pour que les entreprises investissent dans la formation…
Les organes de l’Etat doivent se secouer et se former pour être des régulateurs efficaces à travers le contrôle, l’orientation et la règlementation. Les acteurs économiques, organisations, fédérations, confédérations, forums, les chambres de commerce, d’artisanat, sans distinctions, doivent s’impliquer dans le financement et la gestion des centres d’apprentissage et la formations selon nos besoins nationaux. Ceci, sans démagogie ni prétention. Le problème de la main-d’œuvre du secteur BTP peut se régler définitivement dans les trois années à venir, la clé étant de faire de la main-d’œuvre algérienne une valeur ajoutée.

Sur quels axes doivent évoluer les entreprises algériennes pour devenir des entreprises citoyennes ?
Je propose les actions suivantes : chaque entreprise employant plus de 50 salariés doit disposer d’un petit centre en interne, sans demander l’aide de l’Etat. Cacobath, Cnas, Casnos, Diprobat, sous l’égide du ministère du Travail, doivent stimuler et encourager les entreprises du secteur à travers des abattements parafiscaux de 3 à 5%. Aussi, les centres de formation internes pourraient être exonérés de charges pendant une année.

Pouvez-vous nous parler de votre collaboration avec l’Organisation nationale des promoteurs immobiliers (ONPI) ? Quels en sont les objectifs ?
Nos sites immobiliers sont dans un état lamentable, une convention entre Kit Construction et l’ONPI a été mise en place pour former 5 000 agents de maintenance pour la gestion des sites, y compris la formation des syndics et l’encadrement des citoyens.